Culture

Affaire Duhamel: nouveaux remous avant la nomination d'un président par intérim de la FNSP

C'est une nouvelle turbulence liée à l'affaire Olivier Duhamel, politiste visé par une enquête pour viols sur mineur: le préfet d'Ile-de-France Marc Guillaume a annoncé sa démission de Sciences-Po, juste avant la nomination attendue d'un président par intérim de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP).

"Fréquentant Olivier Duhamel depuis des années, je me sens trahi et condamne absolument ces actes", a indiqué mercredi Marc Guillaume dans un bref communiqué.

Secrétaire général du gouvernement de 2015 à 2020, le préfet renonce à ses fonctions au conseil d'administration de la FNSP, dirigée jusqu'ici par Olivier Duhamel. Il abandonne aussi la codirection de la revue Pouvoirs, fondée par M. Duhamel, et la vice-présidence du très élitiste club du Siècle, également présidé par Olivier Duhamel avant qu'il ne démissionne de toutes ses fonctions.

Cette décision intervient quelques heures avant la tenue d'un conseil d'administration de la FNSP, qui a la responsabilité des grandes orientations stratégiques et de la gestion administrative et financière de Sciences Po, et doit élire mercredi après-midi son président par intérim.

Ce mandat provisoire a une durée "maximum de 6 mois" avant la nomination d'un président permanent, explique-t-on à Sciences Po. Ne peuvent être candidats que les "membres fondateurs" du FNSP.

Parmi eux, le haut-fonctionnaire Louis Schweitzer, ex-patron du groupe Renault, âgé de 78 ans, a indiqué à l'AFP avoir déposé sa candidature.

Il a précisé qu'il "n'envisage pas d'être candidat à la présidence permanente".

L'affaire a été déclenchée début janvier par les révélations de Camille Kouchner dans son livre "La Familia grande", qui dénonce les agressions incestueuses qu'aurait imposées son beau-père, Olivier Duhamel, aujourd'hui âgé de 70 ans, à son frère jumeau quand il était adolescent à la fin des années 1980.

- Chape de silence -

Depuis lors, le débat fait rage sur le silence qui a longtemps entouré les actes reprochés à Olivier Duhamel, homme de réseaux et d'influence.

Dans ce cadre, des appels à la démission ont visé le directeur de Sciences Po Frédéric Mion, qui a admis avoir été alerté dès 2019.

Selon Le Monde, ce dernier avait initialement confié son intention d'avertir Marc Guillaume. Interrogé par le quotidien, Frédéric Mion a toutefois démenti l'avoir fait, arguant qu'un "secrétaire général du gouvernement n'est pas chargé de la prévention de crimes sexuels".

"J'ignorais totalement l'existence de tels crimes avant la parution de ce livre et des articles l'annonçant", a assuré Marc Guillaume dans son communiqué.

Lundi, Laurence Parisot, l'ancienne présidente du Medef et membre du conseil d'administration de la FNSP a penché pour la mise en place d'une charte éthique ou un code de déontologie "qui limitent le plus possible les risques".

Elle a en revanche refusé de demander la démission de Frédéric Mion. "Il ne faut pas confondre l'histoire d'Olivier Duhamel et l'histoire de Frédéric Mion, nous ne sommes pas dans la même catégorie de fautes", a-t-elle estimé auprès de Mediapart. "D'un côté on a un crime, de l'autre on est loin de cela, c'est une erreur, mais on a tous un droit à l'erreur et c'est une erreur qu'il a essayé de corriger au plus vite", a-t-elle plaidé.

Autre conséquence de cette affaire, le philosophe Alain Finkielkraut a été congédié mardi de LCI, où il intervenait comme chroniqueur, pour des propos lundi sur la chaîne d'information.

L'intellectuel s'y est dit "contre un lynchage généralisé" d'Olivier Duhamel. "Y a-t-il eu consentement ? A quel âge cela a-t-il commencé ? Y a-t-il eu ou non une forme de réciprocité ?", a-t-il demandé. "On parle d'un adolescent", pas d'un enfant, "et en plus même pour spécifier le crime, il faut savoir s'il y a eu consentement ou non", a déclaré le philosophe.