ALPHONSE BOUDARD, LE RETOUR !

Avec « Merde à l'an 2000 » (Éditions Le Dilettante), Alphonse Boudard nous revient et avec lui, son style inimitable. L'écrivain, disparu en janvier 2000, était un prince de la formule saisissante, un éleveur de mots, l'architecte d'une langue suave, tonique et tordante... Que du bonheur !

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"Merde à l'An 2000" de Alphonse Boudard

Merde à l'An 2000

ISBN: 9791030801071

Date de parution: 08/11/2023

Prix: 19€

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L'année 2023 finit bien : elle nous permet de retrouver la verve et le style inimitable de celui qui a « plié son parapluie », (comprenez : qui est mort) le 14 janvier 2000.
Un délice.

Parce qu'Alphonse Boudard, n'en déplaise aux grippés du stylo et autres fournisseurs d'eau tiède littéraire, compte parmi les auteurs les plus importants de l'après-guerre. L'ex-taulard, voyou Pied-Nickelé, avait le scepticisme comme religion. Il savait l'habiller avec un sens du cocasse parfaitement irrésistible.
Prix Renaudot cuvée 1977 pour Les Combattants du petit bonheur et Grand prix du roman de l'Académie française pour Mourir d'enfance, il nous laisse une œuvre magistrale que ni le temps ni les modes n'ont abimée.

J'ai voulu te regarder jusqu'au dernier moment. J'ai eu cette consolation affreuse et aussi celle de baiser ton front glacé.

Alphonse Boudard


Aujourd'hui, avec Merde à l'an 2000  (Éditions Le Dilettante), l'éditeur Dominique Gaultier a eu la riche idée de collecter les articles parus, au gré de diverses publications, mais aussi de réunir des notes privées. On y découvre avec émotion les coulisses de plusieurs de ses romans (La Cerise, L'Hôpital, Mourir d'enfance… ) et ses mots écrits en prison, des mots directement puisés du cœur  quand il évoque la mort de sa mère, prostituée de luxe qu'il adorait par-dessus tout :  «  J'ai voulu te regarder jusqu'au dernier moment. J'ai eu cette consolation affreuse et aussi celle de baiser ton front glacé. Après, que m'importait le regard réprobateur des gens qui ne me trouvaient pas vêtu comme il se doit pour un enterrement et que m'importaient les flics à la porte de l'église ! »


Au fil des pages, nous croisons toute une galerie de noms prestigieux : le peintre Gen Paul mais aussi Blaise Cendrars, Clouzot, Marcel Aymé, Piaf, Fernandel, Albert Simonin... La lecture de cet ouvrage nous fait marcher à leurs côtés. Nous mesurons l'immense amour qu'il avait de Paris et son insatiable curiosité des femmes. Nous écoutons son verbe évoquer les changements d'époque et donc de mœurs.

Pour ne pas perdre ses illusions, le mieux est d'en avoir le moins possible

Alphonse Boudard dans "Le Café du pauvre"


Ce diable de bonhomme ne se met jamais en valeur. Dans ces textes ressuscités, on cherche en vain la moindre fanfaronnade, la plus petite autosatisfaction. Boudard regarde le monde avec un étonnement sans cesse renouvelé : un œil constate, l'autre s'interroge.  Ce résistant de hasard, casseur maladroit, chasseur émérite de petites culottes, est parvenu à la seule force de son talent à se hisser parmi les grands des Lettres.
Un exploit.
Né de père inconnu, élevé en jeune paysan dans une ferme du Loiret puis recueilli par sa grand-mère dans le 13ème arrondissement, ce petit voyou au grand cœur n'avait, statistiquement parlant, aucune chance de s'en sortir. Et pourtant...
Sa mémoire était son coffre-fort. Sa vie durant, il a puisé dedans des souvenirs qu'il a subtilement agencés pour construire une œuvre magistrale.
Merde à l'an 2000 est un excellent plateau d'amuse-gueules pour déguster ensuite ses romans qui se dévorent comme autant de somptueux plats de résistance. Oui, avec cet ouvrage, l'année 2023 s'achève en beauté.