Culture

Au Qatar, la ruée vers l'art

La rose des sables de l'architecte français Jean Nouvel : le Musée national du Qatar inauguré en mars 2019 à Doha (ici en mai 2018)
La rose des sables de l'architecte français Jean Nouvel : le Musée national du Qatar inauguré en mars 2019 à Doha (ici en mai 2018)
© AP Photo/Kamran Jebreili

Après l’Inde et avant les États-Unis, la France est le pays invité dans une année culturelle sous le label Qatar-France2020. Préparée au plus haut niveau, cette « année croisée » devrait consacrer, par un volet culturel et artistique entre les deux Etats, un partenariat stratégique déjà bien établi.

Quel meilleur lieu pour le coup d’envoi de l'année Qatar - France 2020 que le Palais de Tokyo, qui a accueilli, mi-février, une exposition organisée par le Musée national du Qatar, un élégant monument conçu par l’architecte français Jean Nouvel.

Sous le titre « Notre monde moderne brûle », le public parisien peut y découvrir des artistes africains, européens et arabes dont deux Qatariens, peintres, graphistes, sculpteurs et vidéastes, aux talents prometteurs. Séduits par l’effort français de promouvoir la « diversité culturelle », les Qatariens font montre d’un engouement croissant pour la langue de Molière.

Le pays accueille un quart de million de francophones et abrite deux établissements d’enseignement. Aux lycées Bonaparte et Voltaire, plus de 3000 élèves suivent des cours en français, langue introduite dans l’enseignement public dès l’adhésion du Qatar à l’organisation internationale de la francophonie (OIF) en 2012.

Une coopération en plein essor porte également sur l’enseignement supérieur et la recherche, le Qatar ayant invité de grandes institutions académiques internationales à installer une branche délocalisée à la Cité de l’Education sise à Doha.

HEC Paris y est déjà bien implantée et il a même été question, un temps, d’y ouvrir une antenne de l'école militaire Saint-Cyr ainsi qu’une autre du prestigieux lycée parisien Louis le Grand ! Enfin, des dizaines de boursiers qatariens suivent des cours dans les centres de langue et les universités françaises.

Paris et Doha y voient un partenariat gagnant-gagnant. Diplomates et hauts fonctionnaires français se félicitent de diffuser, via l’art et la culture, les « valeurs françaises ». Satisfecit auquel semble faire écho le ministre qatarien de la Culture et des Sports, Salah bin Ghanem bin Nasser Al Ali, qui estime quant à lui que le français est une voie « d’accès à l’universel ».

Féru du siècle des Lumières, admirateur de Voltaire, diplômé de la Pacific University de l’Oregon aux États-Unis, le Monsieur Culture du Qatar a bien voulu s’en expliquer auprès de TV5MONDE. Rencontre à Doha.

Entretien :  Salah bin Ghanem bin Nasser Al Ali,  ministre qatarien de la Culture et des Sports

Salah bin Ghanem bin Nasser Al Ali, le ministre qatarien de la culture et des sports.
Salah bin Ghanem bin Nasser Al Ali, le ministre qatarien de la culture et des sports.
© CC


TV5MONDE : Il est rare de voir un ministre en charge à la fois de la culture et des sports. Quel lien pertinent y voyez-vous ?

Salah bin Ghanem bin Nasser Al Ali : Il saute aux yeux : c’est la jeunesse, celle qui a la vie devant soi, qui se préoccupe de demain et non pas d’hier. Plus de la moitié de mes compatriotes sont des jeunes. Ils vivent dans un univers inconnu de leurs parents. Ils sont connectés autant que leurs aînés étaient isolés, enclavés. Pensez qu’une de mes filles qui n’a que 17 ans, a déjà des amis aux quatre coins de la planète, du Japon au Canada en passant par l’Europe et le Machrek. C’est là notre force, notre chance. Et notre défi. Loin de moi de confondre les loisirs, l’« entertainment », avec la culture, mais il faut s’occuper de nos héritiers à tous les niveaux et nous soucier autant du corps que de l’esprit.

Quel message aimeriez-vous adresser aux Français, à l’occasion de l’année culturelle Qatar-France ?

Un message d’amitié, une amitié que je m’efforce d’enrichir par le biais de l’art et de la culture…. Vous savez, il y a une véritable histoire d’amour entre 
nos deux pays. Notre émir parle le français, et il est le seul dans notre région à l’avoir étudié et à encourager son entourage à suivre son exemple. Pour nous, Paris 
c’est la capitale de l’art, de tous les arts, culinaire inclus, cela va de soi. C’est la ville des musées les plus somptueux, la métropole du bon goût, en un mot comme en mille, c’est un modèle unique, vu de Doha. Et on n’est pas les seuls au monde de cet avis, vous avez presque 100 millions d’étrangers qui s’y rendent chaque année !

Pour nous, la francophonie est la voie royale pour aller vers l’universel.

Salah bin Ghanem bin Nasser Al Ali

Votre pays a rejoint l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) en tant qu’Etat associé. Quel rôle y entendez-vous jouer ?

Nous y sommes aux côtés de tant Etats arabes et musulmans que nous avons l’impression d’être à la maison, chez nous. Bien entendu, nous n’avons pas 
eu d’expérience coloniale française et c’est tant mieux, un tel héritage n’aurait pas manqué de « polluer » nos rapports. Nous avons deux lycées français à Doha. Un 
quart de million, soit un dizième de nos expatriés dont beaucoup de franco-maghrébins, sont francophones. Pour nous, la francophonie est la voie royale pour aller vers l’universel, notre commun horizon.

Doha abrite instituts de recherche, universités, musées et « think tanks ». Quelle mission assignez-vous à ces institutions dotées de puissants moyens ?

Il s’agit avant tout pour nous de nous mettre au diapason de notre époque. Nous aimerions offrir aux chercheurs et intellectuels arabes mais aussi musulmans et 
non-musulmans, un cadre matériel stable et ouvert où ils pourront à loisir développer leurs facultés, aller au bout de leur quête de savoir, innover et s’épanouir 
tout en se « frottant » à des collègues qui viendront du monde entier.

Il faudrait pour ce faire garantir une liberté académique sans entraves autres que les normes régissant la recherche et la création, ce qui veut dire, en clair, mettre 
chercheurs et créateurs à l’abri des pressions politiques ou religieuses.


Cela va de soi, nous en sommes conscients et déjà en route vers cet objectif. Ce ne sera pas chose aisée mais le jeu vaut amplement la chandelle. Nous sommes à la fois un peuple ancien et un Etat jeune, nous ne vivons pas seuls dans la région, il nous faut tenir compte de notre voisinage immédiat, mais notre choix de l’avenir est inscrit dans le marbre. Ce ne sera pas facile, il faudra surmonter ou contourner plus d’un obstacle, nous y pensons et, pour ma part, je suis très optimiste.

Logo officiel de l'année Qatar - France 2020
Logo officiel de l'année Qatar - France 2020

L'année culturelle Qatar - France


Tout le programme des festivités et expositions
http://institutfrancais-qatar.com/qatar/culture/programme-annee-culturelle-qatar-france-2020

À découvrir jusqu’au 17 mai 2020
https://www.palaisdetokyo.com/fr/evenement/notre-monde-brule