Culture

Avignon : la revanche de Léa Girardet, l'actrice qui rêvait d'être la "Zizou" du théâtre

Léa Girardet donne sa première interview télévisée à TV5MONDE, en juillet 2018.
Léa Girardet donne sa première interview télévisée à TV5MONDE, en juillet 2018.
© TV5MONDE

Il y a quelques mois encore, Léa Girardet était peu connue. Son nom est désormais sur toutes les lèvres à Avignon, où cartonne sa pièce  "Le Syndrome du banc de touche" qui raconte comment, actrice au chômage, elle a remonté la pente grâce à un certain... Aimé Jacquet. Nous avions rencontré Léa Girardet en juillet 2018. L'actrice avait accordé sa première interview télévisée à TV5MONDE.

Un des coups de coeur parmi les 1 600 pièces du festival "off" d'Avignon : "Le Syndrome du banc de touche" est l'histoire d'une revanche, d'un pseudo-échec transformé en "success story" d'une comédienne qui fait un parallèle percutant entre ses déboires et le statut de footballeur remplaçant.

Nous avions rencontré Léa Girardet en juillet 2018. C'est à TV5MONDE que l'actrice a accordé sa première interview télévisée :
 

"Jusqu’à mes 20 ans, je suis persuadée d’être le numéro 10. Je ne suis pas Cantona. Je ne suis pas Papin. Je ne suis pas Ginola. Je suis Zinedine Zidane. Je suis la prochaine grande comédienne du XXIe siècle", clame au début de la pièce Léa Girardet, aujourd'hui âgée de 31 ans.

Mais deux ans après son diplôme de l'École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre à Lyon, cette Parisienne est une "comédienne qui ne joue pas".

"Tu ne vends pas du rêve"

Elle devient serveuse, assistante de casting, professeur de théâtre, babysitter. "J'allais approcher les 30 ans et je me suis dit, "ce n'est pas possible", je suis extrêmement malheureuse et je ne vais pas passer ma vie à espérer une place dans ce milieu", confie-t-elle à l'AFP.

"Tu n'es pas le profil du moment"; "si tu essayais d'être un tout petit peu plus féminine"; "Tu ne vends pas du rêve, là"; autant de phrases que Léa a entendues de metteurs en scène et réalisateurs.

Elle se donne une dernière chance, celle d'écrire un seul en scène racontant ses déconvenues à travers la métaphore de la victoire de la France en 1998, en évoquant notamment Lionel Charbonnier, troisième gardien des Bleus, devenu champion du monde sans avoir mis un pied sur le terrain.

Pour écrire sa pièce, elle rencontre l'entraîneur Pierre Mankowski qui l'aiguille vers Raymond Domenech qui... la met en contact avec Aimé Jacquet, son idole.

"Je l'ai appelé plusieurs fois et lui ai posé des questions sur comment gérer un remplaçant, c'est une question qui l'intéressait beaucoup, il a dit qu'un remplaçant, c'est aussi important qu'un titulaire", affirme la jeune femme qui inclut dans la pièce un véritable" message de "Mémé" laissé sur son répondeur.

En plus de l'inévitable tube "I Will Survive" et d'images mémorables de la finale projetées sur scène, la pièce est émaillée d'interventions enregistrées d'Aimé Jacquet en 1998 remontant le moral de l'équipe.

"Vous pensez qu’Aimé Jacquet a rabaissé l’un de ses joueurs pendant la Coupe du monde? (...) ! Vous n’avez aucune idée du dévouement qu’un comédien a pour son métier, aucune idée du nombre de réflexions douteuses qu’il se prend sur son physique, sa voix ou sa putain de taille. Pourquoi vous nous rabaissez les uns après les autres?"; s'indigne Léa dans la pièce, maillot bleu sur les épaules.

"Invincible"

Le théâtre du Train Bleu n'a pas désempli et le spectacle partira en tournée en France et même.. à San Francisco en novembre.

"Je me sens invincible, j'ai retrouvé le mental en me plongeant dans les conseils d'Aimé Jacquet. Il me disait que tout est une question de mental", précise la comédienne qui écrit déjà sa deuxième pièce.

Sa réussite est d'autant plus frappante que c'est son premier Avignon, où seules quelques dizaines de pièces du "off" émergent comme des succès parmi les centaines de spectacles, grâce notamment au bouche à oreille.

"Avignon est un fantasme, tous les artistes viennent en pensant qu'ils vont casser la baraque", affirme à l'AFP le metteur en scène Jean-Philippe Daguerre, dont la pièce "Adieu Monsieur Haffmann" a été un véritable succès ces dernières années.

"Ça fait des heureux mais aussi de très malheureux avec des artistes qui dorment dans la rue; on n'en sort jamais indemne", précise le dramaturge qui y présentait sa nouvelle pièce "La famille Ortiz". "Il faut savoir rebondir."