Culture

Belgique : le musée de Tervuren prêt à restituer des œuvres africaines ?

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© P. Bourgaux, J. DeVanna, F. Rassinoux / TV5 MONDE

Pour la première fois, l'un des plus grands musées dédié à l'Afrique centrale, envisage de rendre une partie de ses collections. Fondé par Léopold II pour glorifier les conquêtes coloniales, le Musée de Tervuren en Belgique, va bientôt rouvrir ses portes. Pour ses équipes, le défi est immense. Comment décoloniser un musée colonial Reportage.

Un tableau spécialement commandé à l'artiste congolais Chéri Samba fait partie de la nouvelle scénographie du musée de Tervuren. 

« Le tableau montre un conflit entre deux parties. Il y a d'un côté, les employés du musée et de l'autre, la diaspora congolaise, au milieu la statue de l'Homme-Léopard, que tous les Belges connaissent », explique Bambi Ceuppens, co-commissaire générale du musée Africa.

« Le ministère des Colonies utilisait le musée comme un outil de propagande, explique Bambi Ceuppens, le message était très clair : cette statue était destinée à montrer aux Belges que la colonisation était nécessaire pour civiliser ces Congolais soit disant sauvages. »

La statue de l'Homme-Léopard et d'autres de la même époque sont désormais exposées dans une petite salle annexe, une manière symbolique de les enterrer une fois pour toutes.

Un musée colonial à décoloniser ? 

Ces gestes de décolonisation muséale seront-ils suffisants ? Le débat fait rage parmi la diaspora... Emmanuel Kasongo, chercheur congolais travaille au musée Africa depuis 5 ans. Il n'en reste pas moins très critique. « Il faut présenter des excuses, c'est la première des démarches, une démarche ultime qui pourrait apaiser la tension, cette passion, comme un sentiment de quelqu'un qui a été meurtri. »

Ici, en Belgique, on suit de près l'évolution du dossier en France. C'est le cas du directeur général du musée Tervuren devenu musée Africa. 

« Le Président Emmanuel Macron a entièrement raison quand il dit que 80% du patrimoine culturel africain se trouve en Europe, qu’il faut trouver des moyens pour assurer un accès beaucoup plus facile, assurer des moyens pour qu’une partie, au moins une partie de ce patrimoine culturel soit présenté en Afrique », raconte Guido Gryseels, le directeur général du musée de Tervuren. 

Restituer des oeuvres à l'Afrique ?

Ce haut-responsable est-il vraiment prêt à restituer une partie des 180.000 pièces de son musée ? Petit test en direct...

« Quand je regarde cette pièce, explique-t-il, Je suis de bonne humeur. J’entends la musique, les gens sourirent, l’ambiance, je trouve que c’est une pièce qui me donne toujours la joie de vivre. » 

Et si vous deviez la rendre ? L'interroge notre journaliste. Il réfléchit : « ça me ferait mal au coeur mais je comprendrai la question. Si les Congolais trouvent que cette pièce a une importance telle qu’ils en demandent la restitution… Je la donnerai mais je demanderai si je peux l’emprunter pour des expositions temporaires pour que je la vois encore de temps en temps dans notre musée. » 

Avec émotion et lucidité, le directeur de l'un des plus grands musées coloniaux du monde vient de faire avancer un débat, qui, en Belgique ne fait que commencer.