Culture

“Beyond  Borders” : à Bruxelles, une exposition sans frontières

Tony Cragg, <em>Wirbelsäule/Articulated Column</em>, 1997 / Markus Hoffmann, <em>Zirkon Kompass</em>, 2015 / Jaume Plensa, <em>Untitled</em>, 1996 / Jannis Kounellis, <em>Untitled</em>, 1996.
Tony Cragg, Wirbelsäule/Articulated Column, 1997 / Markus Hoffmann, Zirkon Kompass, 2015 / Jaume Plensa, Untitled, 1996 / Jannis Kounellis, Untitled, 1996.
©Fondation Boghossian

La Fondation Boghossian à Bruxelles présente sa nouvelle exposition consacrée au thème de la frontière au sein de la Villa Empain. 37 artistes de renommée internationale proposent un voyage intérieur qui questionne un sujet complexe, plus que jamais d’actualité en pleine crise migratoire.

Il y a des lignes un peu partout. On les distingue lorsqu’on se balade d'une pièce à l'autre de l’exposition. Sur un tableau, uniquement des lignes. Sur une autre œuvre, une vidéo faisant défiler des phrases chocs, les unes après les autres, avec pour bruit de fond, des vagues : “because there is no way for someone like me to get a visa” (traduction : "parce qu’il n’y a aucun moyen, pour quelqu’un comme moi, d’obtenir un visa"). Ces vagues peuvent rappeler la traversée maritime de nombreux migrants, passant de l’Afrique du Nord au continent européen. En quête d’une vie meilleure... au delà des frontières...
 

Un dialogue entre l’Orient et l’Occident

C'est le nom que porte en anglais - "Beyond Borders"- la nouvelle exposition proposée dans la très belle Villa Empain à Bruxelles par la Fondation Boghossian. Une exposition réunissant des œuvres d'art issuses de la collection de la Banque européenne d'Investissement, et d’autres sélectionnées par Michket Krifa, commissaire en arts pour le Moyen-Orient à l’IMA, l’Institut du Monde Arabe de Paris. Avec pour principal objectif : faire “dialoguer les cultures d’Orient et d’Occident”.

Alors, quoi de mieux qu’une exposition autour de la frontière pour rassembler les peuples ? Les visiteurs ont l’embarras du choix : œuvres contemporaines abstraites, œuvres multimédias ou photographiques. L’exposition permet une divagation de l’esprit sur un sujet particulièrement brûlant. La thématique de la frontière est abordée dans son ensemble : frontières géographiques, culturelles ou psychologiques. Le visiteur est aussi interpellé sur la notion d'appartenance et d'identité. 
 

"A la fin, la Syrie disparaît" 

Plusieurs visiteurs restent silencieux quelques minutes, devant une œuvre déroutante. “Je suis bouleversée par cette vidéo. Celle où l’on supprime les frontières. Je trouve cela choquant”, confie une amatrice d’art. Anthony, artiste parisien venu découvrir l’exposition, est tout aussi interpellé : “plusieurs mains déchirent et gomment, gribouillent comme des enfants qui sont inconscients et suppriment des frontières, sans se rendre compte des conséquences”.

Cette œuvre est celle de l’artiste franco-syrien Bady Dalloul, intitulée “Discussion Between Gentlemen” (2016). Une vidéo mettant en scène plusieurs mains, coloriant et découpant des Etats sur une carte du Moyen-Orient. L’artiste imagine les discussions que les puissances coloniales, la France et la Grande-Bretagne, ont eues en 1916, pour se répartir le Moyen-Orient. Des discussions qui ont abouti aux accords de Sykes-Picot, créant ainsi des frontières artificielles ne se souciant guère des diversités ethniques et religieuses des peuples sur place. 
 
© Bady Dalloul, Discussion Between Gentlemen (2016) à propos des accords Sykes-Picot ratifiés par les diplomates Sir Mark Sykes, représentant la Grande-Bretagne, et François Georges-Picot, pour la France. Ces accords redéfinissent les frontières du Moyen-Orient. 
© Bady Dalloul, Discussion Between Gentlemen (2016) à propos des accords Sykes-Picot ratifiés par les diplomates Sir Mark Sykes, représentant la Grande-Bretagne, et François Georges-Picot, pour la France. Ces accords redéfinissent les frontières du Moyen-Orient. 
 

L’art, plus fort que le message politique ? 

Le néon de Pravdoliub Ivanov, œuvre intitulée Border By Memory (2006), a aussi beaucoup attiré l’attention. “Cela montre bien le contexte actuel, le fait que les frontières se dissolvent. Cela montre qu’on doit oublier les nationalités, les frontières, et qu’on doit devenir plus souple dans notre approche”, confie une habituée des expositions.

© Pravdoliub Ivanov - Border by Memory (2006) - l’artiste a voulu retracer la frontière géographique, le Danube, entre la Bulgarie et la Roumanie, en faisant appel à ses souvenirs. 
© Pravdoliub Ivanov - Border by Memory (2006) - l’artiste a voulu retracer la frontière géographique, le Danube, entre la Bulgarie et la Roumanie, en faisant appel à ses souvenirs. 


Une approche artistique qui peut davantage toucher les visiteurs sur un sujet aussi brûlant : “Je suis très sensible aux artistes, ils peuvent faire passer des messages qui ne sont pas politiques et qui passent mieux” confie Marc (son prénom a été changé), admiratif. 

Infos pratiques 
Exposition « Beyond Borders » du 6 septembre au 24 février 2019
Villa Empain, Avenue Franklin Roosevelt, 67 Bruxelles, Belgique 
> Ouvert du mardi au dimanche de 11 heures à 18 heures