Cinéma : le réalisateur espagnol Carlos Saura est mort à 91 ans

Figure du cinéma européen et réalisateur notamment de "Cria cuervos" en 1975, le cinéaste espagnol Carlos Saura est décédé ce 10 février à l'âge de 91 ans. Il devait recevoir ce samedi un Goya d'honneur de l'Académie espagnole du cinéma.
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Carlos Saura en 2009 à Rome
Carlos Saura lors du Festival du cinéma de Rome le 20 octobre 2009 où il présentait son film "Moi, Don Giovanni".
© AP Photo/Andrew Medichini, File
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Ironie du sort, le cinéaste devait être récompensé pour l'ensemble de sa carrière samedi 11 février. L'Académie espagnole du cinéma allait lui remettre un Goya d'honneur lors de la cérémonie des récompenses du cinéma espagnol qui se tient à Séville.

"L'Académie du cinéma a le profond regret d'annoncer le décès de Carlos Saura (...), l'un des cinéastes fondamentaux de l'histoire du cinéma espagnol, mort aujourd'hui à son domicile à 91 ans, entouré de ses êtres chers" a-t-elle annoncé sur Twitter.
 

"Carlos Saura nous a quittés. Cinéaste, photographe, artiste total (...) il avait reçu tous les prix imaginables durant sa carrière et surtout l'affection et la reconnaissance de tous ceux qui ont apprécié ses films", a réagi sur Twitter le ministre espagnol de la Culture, Miquel Iceta.
 

Réalisateur en 1975 de "Cria cuervos", allégorie de la dictature qui a asphyxié son pays, prix du jury à Cannes et nommé au César du meilleur film étranger, Carlos Saura a d'abord placé son oeuvre sous le signe du réalisme social avant de privilégier des films musicaux, notamment sur le flamenco.

Prolifique, Saura était un cinéaste du jeu et de l'imaginaire, à l'esthétique sophistiquée, au style à la fois lyrique et documentaire, centré sur le sort des plus démunis. Il a souvent dépeint des personnages, issus de la bourgeoisie, tourmentés par leur passé, flottant entre réalité et fantasmes.

Il était né le 4 janvier 1932 à Huesca (nord) dans une famille d'artistes : sa mère était pianiste et son frère, Antonio, est devenu un peintre célèbre. Adolescent, il se passionne pour la photo, puis suit des études de cinéma.

En 1966, il obtient sa première reconnaissance internationale (Ours d'argent pour "La Chasse" au Festival de Berlin). Il réalise ensuite "Peppermint frappé" (1967, encore primé à Berlin l'année suivante), première collaboration (sur neuf au total) de Carlos Saura avec Geraldine Chaplin, qui deviendra sa muse et la mère d'un de ses enfants.
 
Carlos Saura avec Geraldine Chaplin
Jose Luis Gomez, Geraldine Chaplin et à droite sur la photo le réalisateur Carlos Saura lors de la projection"Los Ojos Vendados" (Les yeux bandés) lors du 31ème Festival de Cannes le 29 mai 1978.
© AP Photo/Levy

D'une difficulté - contourner la censure franquiste - il fait un atout : avec force métaphores, ellipses et images symboliques, il s'attaque aux piliers du régime que sont l'église, l'armée et la famille, dans "Le Jardin des délices" (1970) ou "Anna et les loups" (1972). A cette époque, il tourne aussi des drames à succès comme "La Madriguera" (1969) ou "La cousine Angélique" (1974), prix du jury du Festival de Cannes.

Cria Cuervos

En 1975, il réalise le funèbre et somptueux "Cria Cuervos", prix du jury à Cannes, nommé au César du meilleur film étranger.
Une enfant vit dans une atmosphère irrespirable, à l'image de la dictature qui asphyxie son pays. Elle résiste, grâce au monde fantasmagorique qu'elle s'est inventé. Une des chansons du film, "Porque te vas", interprétée par Jeanette, devient un tube international, notamment en France.

Carlos Saura revisite ensuite ses thèmes favoris de la mémoire et de la mort avec "Elisa, mon amour" (1977) ou "Maman fête ses cent ans", conte cruel sur les névroses de la société post-franquiste, nommé à l'Oscar 79 du meilleur film étranger.

Trilogie flamenca 

Dans les années 1980, il enchaîne une trilogie flamenca avec "Noces de sang", "Carmen" et "L'Amour sorcier", où le grand danseur Antonio Gades crève l'écran.
 
 
Ensuite, lors de la décennie suivante, il réalise "Sevillanas", "Flamenco" et "Tango".
"Lors de la nomination de 'Carmen' aux Oscars, j'ai rencontré à Hollywood Robert Wise, le réalisateur de 'West Side Story', qui me disait que j'étais en train d'inventer un nouveau type de films musicaux, car ce ne sont ni des fictions, ni des documentaires", disait-il alors au site CineEspagne. "Oui, je suis un cinéaste heureux. J'ai fait toute ma vie les films que je voulais faire", assurait-il en 2017 à l'hebdomadaire culturel français Télérama.

En 2002, il met en scène la danseuse Aida Gomez dans "Salomé" et, en 2010, livre une adaptation historique avec "Don Giovanni, naissance d'un opéra".

Il revient parfois au film dramatique avec "Ay, Carmela!" (Goya du meilleur réalisateur 91), puis "Goya à Bordeaux" (1999) ou "Le septième jour" (2004), tiré d'un fait divers sanglant dans l'Espagne rurale.

Photographe depuis toujours, Carlos Saura, plusieurs fois marié et père de plusieurs enfants, avait collaboré à de nombreux magazines spécialisés et participé à de nombreuses expositions.

Il avait mis en scène le film officiel des Jeux olympiques de Barcelone en 1992, "Marathon".