Culture

Constance Michel, lauréate du Concours général, un goût pour l'Histoire grâce à ses frères et aux romans

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Destiné à récompenser les meilleurs lycéens de l'Hexagone, le Concours général dévoile jeudi la liste des lauréats de la session 2018. Distinguée en Histoire, Constance Michel, doit son goût pour cette discipline à ses frères ainés et aux romans.

"Ce qui m'a poussée, ce sont mes frères", raconte la jeune fille de 17 ans en Première économique et sociale (ES) au lycée Hector-Berlioz de Vincennes (Val-de-Marne). "Ils ont 10 et 6 ans de plus que moi, l'un est littéraire et l'autre scientifique, et ce qui nous a rapprochés, c'est l'Histoire".

Petite, pour "(se) démener" et "faire (sa) place dans la famille", elle se faufile dans la chambre de l'ainé et lui pique ses livres d'histoire. Au fil des années, "c'est devenu notre point commun à tous les trois, ce qui nous lie".

L'Histoire ne se résume pas à "des livres poussiéreux et d'austères ouvrages historiques", insiste-t-elle. Cette discipline "se comprend à travers les oeuvres artistiques", et notamment les romans, "qui permettent de comprendre comment fonctionne l'esprit d'un individu --l'auteur-- à son époque".

La lecture est d'ailleurs son passe-temps favori, un goût transmis par ses parents, qui exercent des professions scientifiques et sont aussi de grands lecteurs.

Après une période Harry Potter et de livres de science-fiction pour ado du type "Hunger games" ou "Le labyrinthe" ("J'étais à fond là-dedans"), elle s'empare d'ouvrages plus classiques à l'entrée au lycée.

Elle "adore" Baudelaire mais "déteste" Zola, qu'elle "lâche au bout de 30 pages", dit-elle d'un débit saccadé, ponctuant ses phrases de gestes vifs. "Peut-être faut-il que je grandisse" pour l'apprécier.

La jeune lycéenne a pourtant une prédilection pour les auteurs de la fin du 19e siècle et de la première moitié du 20e, qui racontent chacun à leur manière sa période historique préférée, la Troisième République (1870-1940).

- Cinq minutes à sourire -

De la Commune à la veille de la Deuxième guerre mondiale, cette période fut souvent "très sombre, très noire", mais elle s'accompagnait aussi d'un bouillonnement artistique et politique avec "les premières tentatives anarcho-syndicalistes" et la naissance d'idéologies qui vont irriguer le siècle. Une période qu'il faut connaitre "pour comprendre le monde dans lequel je vis", dit-elle.

C'est cet intérêt qui lui a permis de briller lors du Concours général d'histoire (dont les candidats sont des élèves des classes de Première). Car le sujet était cette année: "Penser la République des années 1880 aux années 1970".

"Quand je l'ai lu, je n'ai rien fait d'autre que sourire pendant cinq minutes. Le brouillon m'a pris une heure puis je me suis lancée dans la rédaction de la copie pendant cinq heures. Quatorze pages... Je n'avais plus de main à la fin", raconte-t-elle. "J'étais la dernière à sortir de la salle et je me suis dit que je n'étais pas venue pour rien".

Contrairement au Concours général de Français, qu'elle a aussi passé. "Je n'ai rien compris au sujet", reconnait-elle, et a séché plusieurs heures sur sa copie.

Le Concours général récompense depuis 1747 les meilleurs élèves dans toutes les disciplines, y compris, depuis quelques années, les apprentissages en lycée professionnel.

Les romans préférés de Constance sont "Aurélien" de Louis Aragon et "1984" de George Orwell. Big Brother de "1984" l'a d'ailleurs longtemps rendue "parano" vis-à-vis des réseaux sociaux.

Elle ne veut pas toutefois "s'enfermer dans une grotte" et est désormais sur WhatsApp, une messagerie instantanée qu'elle considère, pragmatique, comme "une manière de limiter les SMS et le montant du forfait téléphonique".

Que pense de notre époque la lauréate de 2018? "Je ne sais pas si je suis optimiste ou pessimiste. Mais ce que je sais, c'est que le monde d'aujourd'hui participe à l'Histoire, que nous en sommes tous acteurs et que nous pouvons tous en influer le cours".