Culture

Coronavirus en France : Emmanuel Macron tente de rassurer le monde culturel

Le président français, Emmanuel Macron, lors de sa visioconférence avec divers acteurs du monde culturel, ce mercredi 6 mai.<br />
 
Le président français, Emmanuel Macron, lors de sa visioconférence avec divers acteurs du monde culturel, ce mercredi 6 mai.
 
​©Ludovic Marin / POOL via AP

La culture a été l'un des premiers secteurs touchés par la crise du coronavirus en France. Avant même le confinement, théâtres, cinémas, salles de concert, musées... ont limité le nombre de visiteurs. Puis ils ont dû se résoudre à baisser leur rideau. Les propositions du président français pour leur venir en aide les ont-ils convaincus ? Et quelles sont-elles ? Revue de détails...

Si retourner dans une salle de cinéma ou voir une pièce de théâtre ou encore assister à un festival de musique, ce ne sera pas possible avant plusieurs semaines, il fallait néanmoins répondre aux inquiétudes légitimes des artistes et acteurs du monde culturel au plus vite. Aujourd'hui le secteur fait vivre  1,3 million de personnes en France et se considère comme "l'oublié" de la crise.

Ainsi, Emmanuel Macron s'est entretenu par visioconférence avec une douzaine de représentants du monde artistique (cinéastes, écrivains, musiciens, etc.), ce mercredi 6 mai, depuis l'Elysée. Le président français assure que "le 11 mai beaucoup de choses pourront reprendre", mais en s'adaptant au nouveau coronavirus, entre "bon sens et innovation". Voici ce qu'il propose.
 

Les mesures à retenir

  • Mesure très attendue : une aide en faveur des intermittents du spectacle (artistes ou techniciens du spectacle qui alternent des périodes d'emploi et de chômage). Avec un début d'année calamiteux et un été  - pourtant tant fort de la saison culturelle pour les intermittents - d'ores et déjà raté, Emmanuel Macron s'est engagé à ce que leurs droits soient prolongés jusqu'en août 2021, conformément à la demande des intermittents eux-mêmes, qui réclamaient une "année blanche". 
  • Autres mesures financières : des fonds d'indemnisation mis en place pour les tournages annulés et pour les artistes-auteurs en difficulté. Le président français a aussi indiqué que l'Etat serait présent avec un "apport en fonds propres" - via la Banque Publique d'Investissement - à destination des "petits festivals" et des "petites structures", qui seront largement impactés par l'annulation des festivals cet été. Une indemnisation qui se fera toutefois au cas par cas.
Il faut que les lieux de création revivent.
Emmanuel Macron, le 6 mai 2020
  • Dès le 11 mai, "on doit pouvoir rouvrir les librairies, les musées sans qu'il y ait trop de brassages, les disquaires, les galeries d'art", a par ailleurs affirmé Emmanuel Macron, si les recommandations en termes de distanciation physique sont respectées. Les théâtres et les cinémas restent pour le moment fermés.
  • Emmanuel Macron souhaite également lancer un "grand programme de commandes publiques", impliquant notamment "les jeunes créateurs de moins de 30 ans" et avec la volonté d'aller chercher les publics parfois oubliés de la culture.
  • "Utilisons cette période pour faire une révolution de l’éducation à la culture" : le chef de l'Etat français demande aux artistes de se mobiliser pour le secteur périscolaire. Les internmittents pourraient être appelés à aller dans les classes pour faire de l'animation culturelle. 
(Re)voir les explications de Nicolas George : Coronavirus en France : la réponse d'Emmanuel Macron au secteur culturel​
 
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Une riposte à la hauteur ?

"Quand on a des grands mots, on doit avoir des grands gestes". Le rappeur Abd Al Malik, qui a participé à l'échange avec Emmanuel Macron, assure qu'il s'agissait là déjà d'un "signe fort pour le monde de la culture". "On a le sentiment d'être pris au sérieux", explique-t-il dans un entretien avec nos confrères de l'AFP. 

Le temps nous est compté, nous devons maintenant avoir du concret dans le court et le moyen terme. Dans cette période d'incertitude, nous attendons la suite.
Abd Al Malik, rappeur, écrivain et réalisateur


D'autres personnalités ironisent. C'est le cas de l'actrice Aure Atika qui fait preuve d'humour sur le réseau social Twitter.
 


Principale annonce d'Emmanuel Macron : l'attribution d'une "année blanche" pour les intermittents du spectacle, accueillie avec prudence par les professionels du secteur. "C'est un début de bonne nouvelle", estime Christophe Pommier, directeur technique musical. Mais, nous précise-t-il, "nous aurions aimé qu'Emmanuel Macron nous annonce une date de reprise et des conditions de reprises".

Spécificité française, le régime des intermittents concerne 100.000 artistes et techniciens indemnisés chaque année. Pour obtenir l’assurance chômage, ils doivent avoir travaillé 507 heures sur douze mois. Or avec les annulations, très peu pourront cumuler les cachets nécessaires. 
 

La librairie, secteur sinistré


Du côté des libraires, ils accueillent avec soulagement l'ouverture le 11 mai. La librairie Les Parages, à Paris, par exemple, a déjà reçu une aide financière de 1 500 euros de l’Etat - "ce qui nous permet de payer une partie du loyer", nous explique Nicolas Fargette, son co-gérant. Mais un mois sans chiffre d’affaires "ce n'est clairement pas simple", ajoute-t-il.

Peu après les annonces d'Emmanuel Macron, son ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a estimé qu'il fallait apporter "un soutien total, très déterminé aux libraires, parce que c'est la vie culturelle de la France qui est en jeu". Selon le ministre, il faut éviter que les libraires ayant eu recours à un prêt pour pallier un problème de trésorerie se retrouvent avec "un problème de solvabilité quand il faudra rembourser l'emprunt".

A la librairie Les Parages, "nous invitons Bruno Lemaire à contacter les plus gros distributeurs sur ce point et leur demander leur position quant à la possibilité d’accompagner les libraires en augmentant la remise, allonger les délais de paiement. Et ceci afin de pouvoir faire un travail sur les fonds (ce qui est capital pour une librairie, cela représente plus de 40 pourcent de notre chiffre d'affaires). Il faut aussi défendre notamment les livres parus entre février et mars qui ont de forte chances de ne pas avoir de visibilité", plaide Nicolas Fargette.

Le syndicat de la librairie française évalue entre 20 et 26 millions d'euros les charges fixes demeurant à la charge des libraires, dont l'activité a chuté de plus de 90% durant le confinement, entre la mi-mars et la mi-mai.