Culture

Covid-19 en France : les lieux culturels sont fermés ? Un plan du métro parisien les ressuscite

Le plan de métro parisien revisité par Lucas Destrem avec l'autorisation de la RATP.
Le plan de métro parisien revisité par Lucas Destrem avec l'autorisation de la RATP.

Géographe, Lucas Destrem a voulu à sa manière redonner vie à des lieux culturels fermés pour cause de pandémie. Il a recréé, avec l'accord de la RATP, un plan du métro parisien. Les stations sur son plan prennent le nom d'un lieu culturel desservi par ce moyen de transport.

À première vue, c'est un plan de métro parisien ordinaire. Mais si les lignes sont bien les mêmes, si facilement identifiables par leurs codes couleurs fixés à jamais par la Régie autonome des transports parisiens (RATP), les noms des stations nous déroutent complètement ! Théâtre du Bélier, Point éphémère ou Musée Henner ! Où sont passés "Jules Joffrin" ou "Courcelles" ?

Lucas Destrem s'est amusé à les remplacer par des lieux artistiques. Une façon pour le jeune géographe et chargé de mission d'inventaire du patrimoine industriel pour le Pays d'art et d'histoire des Pyrénées Cathares, de faire revivre ces lieux de culture fermés jusqu'à nouvel ordre par la pandémie.
 
Lucas Destrem - Instagram
Lucas Destrem - Instagram

Au départ, ce plan de Paris artistique et culturel était un cadeau de Noël pour son frère venu s'installer dans la capitale pour y suivre des études de théâtre.

"Je n'avais pas idée d'en faire quelque chose qui sorte de ce cadre." nous explique-t-il. "Mais à partir du mois de janvier, je me suis dit que ça pourrait intéresser d'autres gens, notamment avec le contexte de la fermeture des lieux de culture. Je me suis dit qu'il fallait faire les choses correctement et je me suis rapproché de la RATP (Régie autonome des transports parisiens) pour leur demander comment partager ce plan et le rendre public."

En effet, le plan est disponible en format PDF sur le site de la RATP. Lucas Destrem nous explique qu'il est très facile de le télécharger et de modifier ensuite les noms des stations avec un logiciel de dessin "basique". Ce qui lui a pris un certain temps et une patience extrême car il s'est attaqué à plus de 500 toponymes ! Obtenir l'autorisation, après avoir bien expliqué qu'il n'avait aucunement l'intention de commercialiser son œuvre, fut simple bien que long et le jeune géographe partage son plan sur son compte twitter en mars.
 
Lucas Destrem a tenu à expliquer sa démarche dans un "thread" (déroulé de tweets) informatif et plein d'humour qui a suscité de nombreuses réponses :

Ainsi un internaute lui faisait la remarque suivante :

Une autre personne se demandait pourquoi ne pas avoir mentionné le Théâtre des Champs Elysées :

Les réactions ont été très nombreuses et positives. "Même si on n'habite pas Paris, le plan du métro parle à tous. Il évoque des souvenirs partagés et chacun va chercher ce qui lui parle d'avantage. Et autour de cet objet d'usage très large, chacun va y trouver sa madeleine de Proust...", se rejouit le jeune géographe.

Quelques structures culturelles qu'il n'a pas pu faire figurer sur le plan l'ont contacté. "Pour certaines ça a été une vraie frustration de ne pas apparaître sur le plan. Ce qui révèle aussi la crainte de ces institutions culturelles de ne pas être assez visibles, surtout dans un contexte comme aujourd'hui, où elles ne savent pas trop quand elles pourront à nouveau être accessibles au public."

Mais comment a-t-il fait son choix ? Lucas Destrem nous avoue que ça n'a pas été facile d'autant plus qu'il n'est pas parisien ! Il a croisé beaucoup de sources. "Des inventaires des lieux culturels, les sites de tourisme, les sites institutionnels et évidemment google maps."

Pour certains lieux ça a été vraiment difficile car ils étaient très nombreux "comme dans le centre de Paris et le quartier des grands boulevards" et il a fallu faire une sélection. D'autres endroits c'était le contraire, "il y avait une densité plus faible, il a fallu aller chercher un peu plus loin ou m'ouvrir aux centres socio-culturels..." 

Conservatoire de musique du 18ème arrondissement - Rue Baudelique, Paris
Conservatoire de musique du 18ème arrondissement - Rue Baudelique, Paris
© Elena Lionnet - TV5MONDE

Lucas Destrem a aussi "débordé" sur la périphérie parisienne, "je voulais montrer que la culture ce n’est pas que Paris, il y a aussi la petite couronne". Il a renommé le terminus du RER A Marne-la-Vallée en "Parc Disneyland". Le terminus ouest de la ligne C, Versailles Rive Gauche s'appelle "Château de Versailles - Opéra royal".
Le géographe a cherché le plus grand nombre de disciplines artistiques : ainsi la station Simplon, sur la ligne 4, est devenue "Conservatoire du 18ème", Grand Boulevards est devenue "Le Grand Rex" qui est à la fois un cinéma et un lieu emblématique d'un point de vue architectural de la capitale. Nous découvrons que sur la ligne 7, Danube s'appelle désormais "Ligue d'improvisation française"

J’ai mis un point d’honneur à valoriser l’ensemble des champs du patrimoine et de la création culturelle, du théâtre de marionnettes aux lieux d’histoire, des espaces de création contemporaine aux lieux d’éducation à l’art…Lucas Destrem, géographe

Une façon poétique et très visible de rendre compte combien ces lieux sont nombreux dans la capitale française et aussi de combien ils nous manquent en ce temps de fermeture obligatoire.

Laurent Destrem ne s'en cache pas comme il l'explique au Journal des anciens élèves du Lycée Gay-Lussac de Limoges (où il a fait ses études) : "L’objectif de ce plan est donc aussi devenu de valoriser des institutions, des objets et des acteurs et actrices culturel.le.s durement touchés par la crise sanitaire du Covid-19, dont les perspectives économiques et psychologiques sont souvent bien sombres."