Culture

Dans la rentrée littéraire, un ancien combattant: Genevoix

Dans la mêlée des plus de 500 romans de la rentrée littéraire française, les éditions Plon tentent un pari à contre-courant: relancer un auteur connu mais décédé, un ancien combattant enterré au Panthéon, Maurice Genevoix.

"Un jour", roman de 1976, ressort jeudi avec cette mention "Rentrée littéraire" sur le bandeau, dans ce qu'on appelle "grand format", celui (en principe) des nouveautés.

À 19 euros pour 200 pages, c'est trois à quatre fois plus que le prix probable d'une édition poche, dont ce titre n'a jamais bénéficié.

Plus original encore: l'auteur de "Raboliot" (prix Goncourt 1925) fait partie, à cette occasion, des quelques écrivains qui... changent d'éditeur. L'original était paru au Seuil, un concurrent qui fait partie d'un autre groupe. Chez lui, ce titre est épuisé depuis longtemps, et on ne s'est visiblement pas battu pour en garder l'exclusivité.

Le petit-fils de Maurice Genevoix, Julien Larere-Genevoix, a simplement écrit au Seuil, qui ne s'est pas opposé au projet.

Rééditer de cette manière, "ce n'est pas courant", confirme-t-on chez Plon. "Julien Larere-Genevoix tenait à le faire paraître en rentrée littéraire, assorti d'une préface. Il a choisi Plon parce que nous avons publié de nombreux livres de cet auteur. Et pour nous c'est un texte très moderne, qui s'intégrait bien dans notre rentrée".

- "Peintre animalier" -

Maurice Genevoix (1890-1980), jeune officier grièvement blessé sur le front en 1915, et survivant de l'épidémie de grippe espagnole de 1919, s'est d'abord fait connaître comme écrivain de guerre. C'est à ce titre que le président Emmanuel Macron l'a fait entrer au Panthéon en novembre 2020.

"Un jour" est son antépénultième livre. Développant les pensées et souvenirs d'un vieil homme solidement ancré dans sa campagne du val de Loire, il avait été très bien accueilli. Malgré la minceur de l'intrigue, et une poésie hors des modes.

"Un style minutieux de peintre animalier qui saisirait formes et teintes dans leur mouvement", écrivait Bertrand Poirot-Delpech pour Le Monde.

"Dans +Un jour+, qui fait de lui, jusqu'à la fin, une des plus authentiques vedettes de la radio et de la télévision, Maurice Genevoix met en scène, avec un art consommé du suspens et de la litote, un homme, un non-conformiste, un irrégulier qui lui ressemble comme un frère", disait en 1981 Jacques de Bourbon Busset, au moment de lui succéder à l'Académie française.

Pour le petit-fils de l'écrivain, le texte méritait la prise de risque.

"Ce que je voulais, c'était éviter une réédition en poche. Elles se vendent peu, alors que les livres sur lesquels on a fait un effort éditorial se voient mieux", explique Julien Larere-Genevoix à l'AFP.

Le même jour sortent des titres sur lesquels la concurrence a misé gros.

Le Seuil publie ainsi le cinquième roman d'Edouard Louis, "Changer: méthode", les éditions XO le dernier thriller d'un écrivain qui monte, Nicolas Beuglet, avec "Le Passager sans visage", et Zones, un essai qui a fasciné la presse de gauche, "Réinventer l'amour: comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles" de Mona Chollet. À l'époque de la sortie d'"Un jour", le premier n'était pas né, et les deux autres n'avaient pas l'âge d'apprendre à lire.

Plon met en vente 5.500 exemplaires.