Culture

"De chaque instant": le documentaire de Nicolas Philibert sur le milieu infirmier en France

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© Nicolas George, Julien Muntzer / TV5MONDE

Nicolas Philibert revient avec son onzième long-métrage “De chaque instant”, en salle depuis le 29 août, en France. Un documentaire qui raconte les coulisses de la formation des infirmiers. Rencontre avec le réalisateur lors du Festival international du film de Locarno.  

Après avoir réalisé un documentaire sur les enfants sourds “ Le pays des sourds” en 1992 et sur une petite école primaire en Auvergne “Être et avoir” en 2002, le réalisateur Nicolas Philibert filme cette fois des étudiants infirmiers.

Durant près de deux heures, le spectateur est plongé dans leur quotidien. Au programme : des cours théoriques, des exercices pratiques et des stages, parfois difficiles.
 
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“Le milieu hospitalier est devenu une usine à produire du soin”


Nicolas Philibert ne s’est pas intéressé à cette profession par hasard. Il y a deux ans, il a souffert d’un problème de santé qui l’a amené aux urgences. Après cette hospitalisation, il décide de réaliser un documentaire, “l’idée était de faire un film qui rendrait hommage au monde infirmier à travers ceux et celles qui l'apprennent”,  raconte-t-il.

Avec près de 330 centres de formation des infirmiers en France, c’est à l’Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) de la Croix-Saint-Simon à Montreuil qu’il décide de poser sa caméra pendant 6 mois, “j’en ai visité 6, 7 ou 8 et j’ai assez vite choisi parce que l’institut de formation s’est montré tout de suite réceptif à mon projet, avec une équipe soignante et pédagogique déterminée. J’ai été bien accueilli", explique-t-il.

Dans son long-métrage, il dépeint des professionnels dévoués et courageux malgré des conditions de travail de plus en plus difficiles, “les étudiants infirmiers ont un certain cran, il sont assez engagés car c’est un métier mal payé, souvent peu considéré et dégradé. Il faut aller de plus en plus vite, il y a de moins en moins de personnel et le milieu hospitalier est devenu une usine à produire du soin. Pourtant ils choisissent ce métier car il y a quand même cette l’idée qu’on va se rendre utile et qu’on fait quelque chose de pas trop mal de ses journées.
 
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Une profession en difficulté


Selon le Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI), la France comptait environ 600 000 infirmiers, en 2016. Chaque année, ils sont environ 30 000 à se former. Malgré l’augmentation du nombre de professionnels de la santé ces dernières années, au quotidien, les difficultés sont nombreuses.

Ils réclament une amélioration des conditions de travail et une revalorisation de leur profession. En cause : les restrictions budgétaires des hôpitaux qui entraînent un manque de personnel et de moyens.

Comparé aux autres pays européens, le salaire des infirmiers en France est un des plus bas. Selon un rapport de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) en 2017, en moyenne, un infirmier du premier échelon gagne 1615 euros brut par mois et 2796 euros, au dernier échelon, c’est-à-dire après 31 ans de carrière.

“Un documentaire n’est jamais la réalité brute”


Pour le réalisateur, “un documentaire n’est jamais la réalité brute, ce sont des choix qu’on a fait. Si vous mettez 10 cinéastes en face des mêmes événements, vous aurez 10 films différents les uns des autres”.

Comme ses précédents documentaires, il a souhaité réalisé un film authentique, “sans fioriture, il n’y a pas d’esthétisation, on est dans quelque chose de très simple, il n’y a pas d’ajout de musique par exemple”,  souligne-t-il.

La clé de son succès ? Sa discrétion lors des tournages qui laisse une certaine liberté aux autres, “je ne suis pas quelqu’un qui filmerait avec un téléobjectif pour essayer de capter des choses un peu à l’insu des gens. Je suis dans une relation affirmée à ce que je filme, je suis proche, je suis présent, je suis là, j’essaye d’être avec”,  ajoute-t-il.
 
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