Culture

Festival Lumière: dans "Adieu Paris", Edouard Baer à table avec "les cadors" du cinéma français

A 54 ans, Edouard Baer, dandy et enfant terrible du cinéma français, parvient dans "Adieu Paris", sa quatrième réalisation présentée en avant-première au Festival Lumière de Lyon, à réunir les "cadors" du cinéma français.

"C'est des gens que j'ai admiré quand j'avais 20 ans (...) j'étais fasciné par ce monde-là, par les grandes gueules, par ces personnages, les guerres de serviettes en papier, qu'on s'amuse avec les mots, à se battre, à s'engueuler", confie à l'AFP Edouard Baer, chevelure ébouriffée, barbe taillée et "parisianisme très assumé".

Ces "vieux messieurs" pour lesquels ce trublion, admirateur de l'écrivain Patrick Modiano, a tant de tendresse sont Gérard Depardieu, Pierre Arditi, Daniel Prévost, Jackie Berroyer, Benoît Poolvoerde ou encore François Damiens.

Ils incarnent, sous la direction d'Edouard Baer, de grandes figures du Tout-Paris qui se retrouvent à la Closerie des Lilas, célèbre café parisien, dans un rituel singulier qui sera dévoilé au fil d'un déjeuner.

A l'issue de la première projection au public, un spectateur lui fait remarquer que ce huis clos aurait pu faire une pièce de théâtre. "C'est un des échecs du film", ironise en étouffant un rire celui qui mène une carrière théâtrale en parallèle de ses apparitions sur grand écran.

Ce film, qui sortira le 26 janvier 2022, "aurait pu s'appeler +J'aurais voulu être ami avec les amis de mon père+", ajoute ce fils de bonne famille né dans une banlieue chic.

Pour Benoît Poolvoerde, qui a déjà partagé l'affiche avec Edouard Baer mais aussi tourné sous sa direction dans "Akoibon" en 2004, "les cadors des cadors" sont réunis dans un "bal des mesquins".

"Ces gens-là tiennent salon. C'est situationniste", ajoute l'acteur belge. "Le premier jour de tournage, tout le monde se dit: +ça ne va jamais tenir+ et on ne tient que par l'envie, l'enthousiasme et l'amour d'Edouard et son texte", poursuit-il, très en verve.

- "Petits accidents" -

Le réalisateur autodidacte n'en est pas moins comédien - il apparaît quelques minutes dans son film - et "quand on est acteur, on veut être à la table des grands acteurs". Pourtant, au cinéma, il s'est "longtemps trouvé très mauvais".

"J'avais du mal à oublier la caméra, ça va à peu près depuis deux, trois ans", confie-t-il lors d'une masterclass à Lyon. Il parle de sa carrière comme d'une série de "petits accidents".

"De navets en petits films potables, on arrive à faire une petite carrière", lance-t-il faussement modeste lors de la soirée d'ouverture.

C'est notamment son monologue lunaire dans "Astérix et Obélix: Mission Cléopatre", qui le révèle au grand public. Sa façon de déclamer, d'un ton docte et avec rapidité dans cette improvisation devenue culte, des propos à la limite de l'absurde, devient sa marque de fabrique.

L'applaudimètre montre sa popularité : son arrivée à la soirée d'ouverture du festival Lumière vendredi, suivi par un guitariste flamenco comme un prince de son troubadour, a suscité une tempête d'applaudissements des 5.000 spectateurs.

Toute la soirée, il tient avec brio son rôle d'amuseur, sur scène en s'emparant du micro après la photographie officielle d'ouverture du festival, ou en coulisse, debout sur une chaise pour un flamenco débridé pendant le dîner de gala.

"Beaucoup de gens disent qu'Edouard est quelqu'un de la rapidité, de l'improvisation, faux ! Edouard est très littéraire", assure Benoît Poolvoerde.

Après ses débuts en 1993 comme animateur sur Radio Nova puis à la télévision sur Canal+, sa réputation d'ambianceur déjanté l'amène à endosser le costume de maître de cérémonie à plusieurs reprises des César et du Festival de Cannes.

Côté théâtre, le texte de sa dernière pièce, écrite par cet ancien élève du Cours Florent, "Les élucubrations d'un homme soudain frappé par la grâce" a paru en février aux Editions du Seuil.

Ses projets ? Il évoque une adaptation cinéma d'un récent podcast, "L'affaire Benoît Poolvoerde", promettant un "cocktail explosif" avec son complice qu'il veut emmener sur les routes du Sénégal.

Il annonce aussi une série de podcasts sur "un complot entourant des chanteuses françaises prenant l'accent québécois". Est-il sérieux ? Qu'importe, le public de sa masterclass est hilare.

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