Culture

Guillaume Nicloux s'amuse en filmant Depardieu et Houellebecq en thalasso

Le réalisateur Guillaume Nicloux (G) et l'écrivain Michel Houellebecq posent le 4 avril 2016 à Paris
Le réalisateur Guillaume Nicloux (G) et l'écrivain Michel Houellebecq posent le 4 avril 2016 à Paris
afp.com - MARTIN BUREAU
Gérard Depardieu (G) et le réalisateur Guillaume Nicloux après la projection à la Berlinale du film The End le 14 février 2016
Gérard Depardieu (G) et le réalisateur Guillaume Nicloux après la projection à la Berlinale du film The End le 14 février 2016
afp.com - John MACDOUGALL
Le réalisateur Guillaume Nicloux pose le 26 novembre 2018 à Paris
Le réalisateur Guillaume Nicloux pose le 26 novembre 2018 à Paris
afp.com - JOEL SAGET

C'est la rencontre de deux monstres sacrés, l'un du cinéma, l'autre de la littérature: dans "Thalasso", le réalisateur Guillaume Nicloux filme un huis clos comique entre Gérard Depardieu et Michel Houellebecq, se plaisant à explorer le "trouble permanent" entre réalité et fiction.

Dans cette comédie loufoque aux allures de faux documentaire, en salles mercredi, l'écrivain Houellebecq, connu pour ses romans à la fois polémiques et visionnaires, et l'acteur Depardieu, célèbre pour son talent autant que ses excès, dans leur propre rôle, se rencontrent en cure de thalasso en Normandie, à Cabourg.

Pas vraiment convaincu par la cure, et frustré par le régime sans alcool et sans tabac qui lui est imposé, Houellebecq tombe sur Depardieu alors qu'il fume en cachette. Ils vont dès lors commencer à se donner rendez-vous dans leur chambre pour boire des bons vins et discuter de la vie, de la mort ou de la politique, tandis que, cinq ans après son enlèvement (dans un précédent film), Michel Houellebecq va entendre à nouveau parler de ses anciens ravisseurs.

Avec "Thalasso", l'atypique Guillaume Nicloux signe son troisième film avec Michel Houellebecq (après "L'Affaire Gordji: histoire d'une cohabitation" et "L'Enlèvement de Michel Houellebecq") et le quatrième en cinq ans avec Gérard Depardieu (après "Valley of Love", "The End" et "Les Confins du monde").

"On avait vraiment envie de se retrouver sur un projet, en s'appuyant sur +L'enlèvement de Michel Houellebecq+", a expliqué le réalisateur de 52 ans dans un entretien avec l'AFP.

"J'avais surtout très envie que Michel et Gérard rentrent tous les deux dans ce processus de fabrication qui est très particulier, parce qu'il y a un scénario, un document écrit, mais aussi tout ce qui est en périphérie", avec notamment "ce qui jaillit de façon très spontanée", ajoute Guillaume Nicloux, qui a déjà joué de cette ambiguïté entre réalité et fiction dans plusieurs de ses films.

- "Michel, c'est un oiseau" -

"Il y a une porosité entre ce qu'ils sont censés interpréter dans le film et ce qu'ils sont", dit-il. "Ce qui m'intéresse, c'est d'explorer ces zones ambigües, parfois troubles. Et l'avantage de ce procédé, c'est que ça leur laisse la possibilité d'être encore plus eux-mêmes que si j'avais souhaité faire un documentaire sur eux, parce qu'ils peuvent à tout moment se cacher derrière l'alibi du film".

Déambulant en peignoir dans les couloirs de l'hôtel, plongé dans une cuve de cryothérapie ou en séance de pressothérapie, tentant d'ouvrir de force l'armoire à vins du restaurant ou d'amadouer le serveur, confondu avec Yann Queffélec, Houellebecq est souvent irrésistible en chien triste à l'air un peu perdu.

La rencontre haute en couleur entre les deux compères crée ensuite un vrai duo comique, entre confessions, truculence et ruses enfantines. Guillaume Nicloux ne cache pas sa fascination pour ses acteurs, même si, une fois passé l'effet réjouissant des premiers gags, l'intrigue tend à s'essouffler.

"Je crois qu'on aime filmer les gens qui ont la grâce. Il y a des personnes anonymes dans la rue dont je me dis que j'aimerais beaucoup les filmer, faire un bout de chemin avec eux pour ce qu'ils sont, la façon dont ils marchent, dont ils regardent. La temporalité qui leur appartient raconte déjà une histoire. Ils ont déjà un monde en eux. Michel a ça, comme Gérard", souligne le réalisateur.

Pour lui, l'auteur des "Particules élémentaires" et de "Sérotonine", dont il veut adapter au cinéma le roman "Soumission", est "un oiseau, avec une temporalité bien à lui", et Gérard Depardieu "un enfant et un ogre".

Il y a cinq ans, "il y a eu une rencontre qui nous a donné beaucoup d'émotion et d'intensité" avec Depardieu. "Ces aventures ne nous laissent pas indemnes", ajoute le prolifique cinéaste, qui aime s'entourer plusieurs fois des mêmes acteurs.

Après "Les Confins du monde", il a aussi tourné à nouveau avec Gaspard Ulliel dans une mini-série, "Il était une seconde fois", mélange d'histoire d'amour et de fantastique, qui sera diffusée le 29 août sur Arte.