Culture

Jean-Marc Barr revient au théâtre dans « La sonate à Kreutzer »

<p>Jean-Marc Barr dans « La sonate à Kreutzer », d'après la nouvelle de Léon Tolstoï.<br />
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Jean-Marc Barr dans « La sonate à Kreutzer », d'après la nouvelle de Léon Tolstoï.
 

©DR

Créée en 2014, en anglais, à Belgrade, en Serbie, par la pianiste et comédienne serbe Irina Dečermic, l'adaptation française de « La sonate à Kreutzer », d'après la nouvelle de Léon Tolstoï, fait escale à Paris, au Studio Hébertot Paris, jusqu'au 07 octobre prochain. 

Nous nous sommes donnés rendez-vous dans un petit café, rue des Dames, dans le XVIIe arrondissement parisien, non loin de la rue de Lévis, bien connue des habitants pour son marché de produits frais. Les retrouvailles sont chaleureuses, comme toujours, avec Jean-Marc Barr.

Notre première rencontre fut entourée de la même chaleur. C’était à Valence, en Espagne, à l’occasion de la 32ème America’s Cup, au cours de laquelle, Jean Galfione et lui, avaient été choisis comme parrains du bateau français « Areva Challenge ».

Depuis, nous lie une très affectueuse amitié. Et pour son grand retour au théâtre, après une parenthèse de 25 ans, c’est l’occasion d’échanger sur quelques-unes des questions qui le préoccupent depuis le début de sa carrière.

Un pavé dans la marre des rapports hommes-femmes

D’emblée, Jean-Marc Barr clame son bonheur d’être père. Il y a tout juste quatre ans, sa compagne et lui ont donné naissance à un petit garçon. Au même moment, son ex-femme, la pianiste et comédienne serbe Irina Dečermic, lui propose de jouer ensemble dans une pièce de théâtre, « La sonate à Kreutzer », qu’elle vient d’adapter de la nouvelle éponyme de l’immense écrivain russe Léon Tolstoï.

Sans hésiter, il accepte. Et ça tombe plutôt bien. La paternité l’a aidé à se débarrasser de ses derniers oripeaux de mâle à la virilité revendiquée. Inspirée de « La sonate à Kreutzer » de Beethoven, la nouvelle de Léon Tolstoï suscita un très vif débat, dès sa parution, en 1890, sur ce qu’il convenait alors d’appeler « la question sexuelle ». 
Les trois personnages de la pièce (Jean-Marc Barr, Irina Dečermic, Tijana Miloševic).
Les trois personnages de la pièce (Jean-Marc Barr, Irina Dečermic, Tijana Miloševic).
D.R.

En réalité, avec ce texte, Tolstoï jeta un pavé dans la marre des rapports hommes-femmes, marqués à l’époque – et encore aujourd’hui à des degrés différents, selon les endroits du globe – par une domination sans partage de la gent masculine.

Dans son adaptation, conçue à la fois comme une représentation théâtrale et un concert classique, Irina Dečermic mêle avec brio les mots de l’écrivain russe, et ceux du journal de son épouse, Sofia. Grâce à la mise en scène soignée et sobre du comédien et producteur serbe Goran Šušljik, la pièce nous plonge dans ce fameux train de la nouvelle de Léon Tolstoï, avec son personnage principal, Pozdnychev.

Un miroir tendu aux hommes

Un pauvre hère, qui a une haute idée de lui-même, et tient les femmes pour quantité négligeable. D’ailleurs, il a tué la sienne, et raconte, par le menu, les raisons, plus obscures les unes que les autres, et les circonstances de cet horrible drame.

 
Avec sa barbe poivre et sel, Jean-Marc Barr incarne évidemment cet odieux personnage, mais aussi Léon Tolstoï, en particulier lorsqu’il fait face à Irina Dečermic, qui campe Sofia, l’épouse de l’écrivain russe.

Autre prouesse de cette nouvelle version de « La sonate à Kreutzer », la présence de la musique, qui n’est pas seulement jouée ici, mais qui est aussi incarnée par une violonniste déguisée en homme. Cette dernière joue aussi le rôle de « rival » de Pozdnychev.  

Créée en anglais, en 2014, à Belgrade, en Serbie, cette pièce apparaît comme un miroir tendu aux hommes, qu’elle fera sans doute plus réfléchir que les femmes. A l’heure où les mouvements ⋕MeToo, ⋕BalanceTonPorc… impulsent des dynamiques nouvelles au combat pour l’égalité hommes-femmes, cette adaptation de « La sonate à Kreutzer » apparaît comme une petite pierre à ce vaste édifice, qui reste à construire.