Culture

Liban: le Hezbollah prêt à discuter d'un nouveau "pacte" politique proposé par Paris

<p>Le Président français, Emmanuel Macron, lors de sa visite à Beyrouth, sur le site dévasté du port, le 6 août 2020.</p>

Le Président français, Emmanuel Macron, lors de sa visite à Beyrouth, sur le site dévasté du port, le 6 août 2020.

 (AP Photo/Thibault Camus, Pool)

Le chef du puissant Hezbollah pro-iranien a annoncé dimanche 30 août, que sa formation était disposée à discuter d'un nouveau "pacte politique" au Liban, proposé par le président français, à la veille du retour d'Emmanuel Macron à Beyrouth.

Au cours de sa deuxième visite à Beyrouth en moins d'un mois, à la suite de l'explosion dévastatrice du port de Beyrouth, le chef de l'Etat français va presser les dirigeants politiques libanais d'entreprendre des réformes politiques vitales.

Les responsables occidentaux qui se succèdent à Beyrouth se sont joints aux appels des Libanais, dans le pays et à l'étranger, pour un changements politique profond après la catastrophe du port de Beyrouth qui a fait au moins 188 morts, et dont la classe politique est rendue responsable par négligence et corruption.

"Nous avons entendu l'appel du président français au cours de sa dernière visite au Liban à un nouveau pacte politique", a déclaré le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah dans un discours.

"Nous sommes ouverts à toute discussion constructive sur le sujet (...) mais à la condition qu'il s'agisse d'un dialogue libanais et que ce soit la volonté de toutes les parties libanaises", a-t-il ajouté.

Dans son allocution, qui intervient quelques heures avant un discours du président Michel Aoun adressé aux Libanais, à l'occasion du centenaire du Grand-Liban célébré mardi 1er septembre, Hassan Nasrallah n'a pas précisé quels changements son mouvement était prêt à considérer.

Il a précisé avoir "entendu des critiques de sources officielles françaises au sujet du système confessionnel" libanais et de son incapacité à résoudre les problèmes du pays.

Visant à répartir le pouvoir entre les différentes communautés du pays qui en compte 18, le système politique est accusé d'être la source de blocages politiques. 

Emmanuel Macron avait été le premier dirigeant étranger à se rendre à Beyrouth deux jours après le drame du 4 août qui avait dévasté des quartiers entiers de la capitale libanaise. 

Il avait annoncé qu'il allait proposer un "nouveau pacte politique" avec des réformes nécessaires, sans quoi "le Liban continuera de s'enfoncer".

Vendredi 28 août, il a évoqué les "contraintes d'un système confessionnel" qui, "ajoutées - pour parler pudiquement - aux intérêts liés", ont conduit "à une situation où il n'y a quasiment plus de renouvellement (politique) et où il y a quasiment une impossibilité de mener des réformes".

- Nouveau Premier ministre -

Le président français, attendu lundi 31 août au soir à Beyrouth, doit rencontrer mardi 1er septembre à nouveau les représentants des principaux partis politiques, dont le Hezbollah.

Dans le même temps, des consultations parlementaires doivent se tenir lundi matin pour désigner un nouveau Premier ministre, le chef du gouvernement Hassan Diab ayant démissionné le 10 août, sous le coup de l'explosion meurtrière.

Le chef du Hezbollah a assuré que son parti se montrerait "coopératif" à ce sujet alors que les divergences politiques empêchent jusqu'à présent un accord sur le choix du nouveau chef de gouvernement.

Due à la présence d'une énorme quantité de nitrate d'ammonium au port de Beyrouth au vu et au su des responsables, la catastrophe a fait plus de 6.500 blessés et détruit ou endommagé les domiciles de quelque 300.000 personnes, qui n'ont reçu aucune aide du gouvernement.

Le drame a donné un nouveau souffle au mouvement de contestation populaire qui avait éclaté en octobre 2019 pour demander le départ de toute la classe politique, sous le slogan "Tous, sans exception".

Hassan Nasrallah s'est demandé dimanche s'il fallait "considérer que les revendications de centaines de manifestants expriment la volonté du peuple libanais".

Le drame a également enhardi les Etats-Unis qui réclament un changement politique, et dont le secrétaire d'Etat adjoint pour le Proche-Orient David Schenker est attendu mercredi 2 septembre à Beyrouth, dans la deuxième visite d'un responsable américain depuis le 4 août.

Il doit "exhorter les dirigeants libanais à appliquer des réformes qui répondent aux aspirations du peuple libanais et un gouvernement dénué de corruption", selon un communiqué.

L'explosion a mis à genoux le pays qui ployait déjà sous le poids d'une grave crise économique aggravée par la pandémie de coronavirus.

Dimanche, l'ONU a averti que plus de la moitié de la population risque de manquer d'alimentation de base d'ici la fin de l'année en raison de l'aggravation de la crise économique et de la destruction des silos de blé au port de Beyrouth.