"L'île rouge" : le cinéaste Robin Campillo filme la fin d'une époque à Madagascar

Six ans après le succès de "120 battements par minute", Robin Campillo se tourne une nouvelle fois vers son passé et filme la fin d'une époque, en évoquant dans "L'île rouge", en salles mercredi, le sort de Français vivant à Madagascar au début des années 70.

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AFFICHE L'ÎLE ROUGE
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S'il s'appuie sur ses souvenirs et anecdotes d'enfance, le réalisateur en profite aussi pour traiter en creux de la colonisation et des rapports entre Malgaches et Français.

"Ce film, c'est une façon de retourner à Madagascar, mais aussi de retourner la nostalgie post-coloniale, d'aller chercher ce qu'il y avait dans les coulisses", affirme-t-il à l'AFP. "Je voyais bien que quelque chose clochait", confie-t-il à propos de ses années malgaches. 

Bande-annonce officielle du film "L'île rouge" de Robin Campillo

Colonie française depuis 1896, le pays a connu en 1947 un sursaut nationaliste réprimé dans le sang par les colons et leurs troupes. Il obtient son indépendance en 1960 mais maintient une étroite coopération avec la France, avec des bases militaires sur place jusqu'en 1972.

Le film de Campillo suit une famille installée sur la base d'Ivato (centre de l'île): le père est militaire, la mère jouée par Nadia Tereszkiewicz ("Les Amandiers", "Mon crime") est femme au foyer, elle s'occupe des trois garçons, dont le petit Thomas qui aime épier les conversations des adultes... et se déguiser en Fantômette. 

Ils mènent une vie tranquille entre expatriés, une vie faite de grandes tablées, de soirées arrosées, mais aussi de commérages et de médisance. Une vie d'où les Malgaches sont quasi-absents, relégués au rôle de domestiques, de petites mains ou de prostitués. 

Émancipation

Cette mécanique bien huilée se grippe parfois, comme quand Bernard, un militaire français, s'éprend de Miangaly, une jeune Malgache. Ou quand les familles apprennent que la parenthèse va bientôt s'achever, avec un retour prévu en France.

Pour réaliser ce film, Robin Campillo tenait à tourner à Madagascar, où il a remis les pieds pour la première fois depuis son enfance. Le tournage a eu lieu sur la base même où il a grandi. Sans nostalgie, dit-il. 

Pour donner naissance à ce long-métrage, il s'est entouré d'une équipe sur place et a travaillé avec l'écrivain malgache Jean-Luc Raharimanana. 

Car, tout en racontant une histoire familiale, le film met en scène des personnages prenant leur destin en main: Colette, la mère, mais aussi Miangaly, jouée par Amely Rakatoarimalala, "découverte" seulement deux mois avant le début du tournage.

A travers ces deux portraits de femmes, Campillo mêle l'intime et le politique, décortique les rapports de domination jusqu'à mettre, au final, les Malgaches au premier plan. "Un peu comme s'ils faisaient le procès-verbal d'un roman familial auquel on a assisté", analyse-t-il. 

Après le Grand Prix du jury pour "120 battements par minute" à Cannes en 2017, ce nouveau film a longtemps été sur les listes des pressentis pour la 76e édition du Festival, dont le palmarès sera connu samedi soir, mais n'a pas été retenu. Pas de regret, promet Robin Campillo, sauf peut-être pour le coup de projecteur qui aurait été braqué sur Madagascar. 

Lui a, dans tous les cas, envie d'y retourner et aimerait montrer l’œuvre sur l'île, en salles et pourquoi pas lors de projections en plein air.