Culture

Musique : Serge Beynaud, rencontre avec l’icône de la jeunesse ivoirienne

Serge Beynaud
Serge Beynaud
©D.R.

Depuis son entrée tonitruante sur la scène musicale ivoirienne, en 2009, Serge Beynaud, le petit prince du coupé-décalé, connaît un succès qui ne se dément guère. Quelques mois après la sortie de son troisième album, « Accelerate », il sera en concert le 20 octobre prochain, à L’Elysée Montmartre, à Paris. 

Lunettes de vue plutôt strictes, look "sportswear", Serge Beynaud, la jeune star de la scène musicale ivoirienne, affiche un visage bien juvénile. Grand et filiforme, ce jeune trentenaire n’a pourtant rien d’un adolescent attardé, bien au contraire.

A voir la relative timidité avec laquelle il s’exprime, l’on peine à croire qu’il fait aujourd’hui partie des artistes qui font danser l’Afrique tout entière, rendant parfois hystériques les jeunes filles. Une consécration pour cet enfant de Yopougon, l’une des quinze communes du district d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, et surtout l’une des plus populaires.

Des prédispositions naturelles et une passion précoce

Fils de marin, souvent absent, mais très proche de ses deux enfants et de son épouse, Serge Beynaud a tout juste sept ans, lorsque son père lui offre un petit piano.

A l’époque, une incongruité pour le voisinage, dans un environnement où la plupart des enfants pensaient surtout à jouer au football.
Ce qui était aussi le cas du jeune Serge. Mais à l’abri des regards indiscrets, comme s’il cultivait son jardin secret, il apprend à jouer, seul, essayant tant bien que mal de reproduire les sons qu’il entendait à la radio. 

Très vite, le père de Serge a la conviction que son fils a des prédispositions musicales particulières. Il décide alors de le confier aux musiciens de la chorale de l’église locale. Dès lors, Serge Beynaud s’initie au solfège et perfectionne sa technique.

Devenu ensuite le pianiste titulaire de la chorale, il se passionne chaque jour davantage pour la musique. Les études deviennent alors secondaires. Ses parents restent compréhensifs et l’encouragent, surtout son père, qui n’hésite pas à lui dire que l’essentiel, c’est qu’il s
’applique à faire ce qu’il sait faire.

Un autodidacte doté d’une grande créativité artistique

Serge Beynaud a à peine dix-huit ans lorsqu’il décide d’arrêter ses études, pour se consacrer entièrement à la musique. Une carrière qu’il embrasse avec la bénédiction de sa famille.

Au même moment, en ce début des années 2000, un autre jeune artiste, feu Doug Saga, de treize ans son aîné, popularise un rythme ivoirien que toute l’Afrique a adopté depuis : le coupé-décalé. Considéré depuis sa mort, en octobre 2006, comme le pionnier de ce genre musical, il se dit qu’il serait aussi à l’origine des pas de danse dont dérive cette musique. 
Serge Beynaud
Serge Beynaud
© D. R.


A cette époque-là, Serge Beynaud a soif de nouveaux horizons. Il écume alors les cabarets d’Abidjan. Une expérience qui ne stimule pas sa créativité artistique, mais qui lui permet d’améliorer sa virtuosité au piano. Puis, un jour, il fait la connaissance de Touré Sound, un producteur local qui lui confie son studio, en lui promettant de l’aider à devenir un beatmaker.

Fidèle à sa culture autodidacte, Serge Beunaud apprend l’informatique musicale et devient un arrangeur plutôt talentueux. Il réalise même des maquettes d’artistes. Ce sera notamment le cas de Soum Bill, l’un des quatre membres du groupe « Les salopards », fondé au début des années 90, et dont le producteur n’était autre que Touré Sound.

 

Meilleur artiste de musique urbaine 

Cette collaboration permet à Serge Beynaud d’ouvrir encore davantage son esprit, et de côtoyer quelques-unes des vedettes de la scène musicale d’alors. En 2007, à vingt ans tout juste, il crée son propre studio, avec le soutien de ses proches, en particulier sa mère. Deux ans plus tard, pour s’amuser, dit-il, il pose sa voix sur l’une de ses productions.
 

Le succès est immédiat. Son premier album, intitulé « Seul Dieu », paraît quelques mois plus tard. Intitulé « Accelarate », le troisième opus de celui qui est considéré aujourd’hui comme l’une des icônes de la jeunesse ivoirienne est paru l’année dernière.

Lors des « Primud d’or » 2018, l’équivalent des Victoires de la musique en Côte d’Ivoire, il a été sacré meilleur artiste de musique urbaine. Une reconnaissance qui en appelle d’autres, assurément.