Culture

Nicaragua: Ortega finira par "tomber", espère l'écrivain Sergio Ramírez

Sous le coup d'un mandat d'arrêt dans son pays, l'écrivain nicaraguayen Sergio Ramírez s'est dit persuadé mardi que la "dictature" de Daniel Ortega finirait par "tomber", dans un entretien accordé à l'AFP à Madrid.

"Ortega est visiblement très fort mais les évènements de 2018 lui ont asséné une blessure irrémédiable", a dit le prix Cervantes 2017, en référence aux manifestations anti-gouvernementales d'avril 2018 dont la répression a fait plus de 300 morts.

Daniel Ortega est "un dictateur (...) le Nicaragua est une dictature dont lui et son épouse sont à la tête", a ajouté Ramírez. "Il pourra continuer un certain temps mais il tombera".

L'écrivain, qui a quitté son pays pour le Costa Rica, a confié ne voir "aucune possibilité" de rentrer dans son pays "pour le moment".

"Au Nicaragua, le système répressif est très enraciné dans les structures de l'Etat. Tout dépend d'une seule volonté", celle d'Ortega, et il faudra que le régime "disparaisse pour que je me sente en sécurité et puisse vivre au Nicaragua", a-t-il encore dit.

La justice du Nicaragua a demandé la semaine dernière l'arrestation de l'écrivain, lauréat du prix Cervantes, le plus important dans le monde littéraire espagnol.

Ancien proche d'Ortega, Ramírez est accusé d'"incitation à la haine" et de "conspiration", des chefs d'accusation souvent utilisés à l'encontre d'opposants ou de candidats à l'élection présidentielle, prévue en novembre.

Il a également été accusé d'avoir reçu des fonds de la Fondation Violeta Barrios de Chamorro, accusée d'atteinte à la souveraineté du pays et de blanchiment d'argent.

Sergio Ramirez, 78 ans, a été membre du gouvernement après la prise du pouvoir par les sandinistes en 1979. Il avait occupé les fonctions de vice-président pendant le premier mandat de M. Ortega (1985-1990).

Mais l'écrivain a ensuite rompu en 1995 avec le Front sandiniste de libération nationale du président Ortega.

Il a quitté le Nicaragua en juin après avoir été entendu comme témoin dans le cadre de l'enquête sur la Fondation Violetta Barrios de Chamorro.

A deux mois des élections en novembre, la justice du Nicaragua a déjà renvoyé devant un tribunal plus de 20 opposants arrêtés, dont cinq prétendants à la présidence.

Au total, le gouvernement nicaraguayen a accusé d'atteinte à la souveraineté ou de complot contre l'Etat quelque 34 opposants dont sept candidats à la présidence, en vertu de lois approuvés en décembre par le parlement.