Culture

Nos expos de l'été (1/4) : les "Silences" dans l'art au musée Rath en Suisse

Nature morte de Liotard présentée au musée Rath de Genève dans le cadre de l'exposition "Silences". 
Nature morte de Liotard présentée au musée Rath de Genève dans le cadre de l'exposition "Silences". 
©Musée Rath

Natures mortes, autoportraits au seuil de la disparition, paysages, abstractions… Tout est représentation du silence au musée Rath de Genève en Suisse. Jusqu’au spectateur face à l’œuvre, plongé dans l’introspection, explorant à la fois le silence des salles et son silence intérieur. Voici notre premier coup de coeur expo de l'été. 

Etonnant concept que le silence pour approcher l’art pictural, d’autant que la première salle de cette exposition genevoise semble plutôt bruyante : chiens de chasse, chanteurs, combat naval… Se souvenir néanmoins de l’expression « Poésie muette » utilisée dès l’antiquité pour parler de la peinture.

Silence définition : absence de bruit dans un lieu calme, fait de se taire. Nous y sommes : l’approche muséale du silence est si pertinente qu’elle en devient presque un pléonasme. Elle a caractère d’évidence. 

Avec cet accrochage, Lada Umstätter, la nouvelle conservatrice des Beaux-Arts genevois impose son style et montre son efficacité. L’énergique commissaire d’origine russe a réussi en quelques mois à réveiller le Musée Rath et à souder ses équipes autour d’un projet. Se mettre tous autour d’une table, jeter des idées et des noms, en tirer la substantifique moelle et se mettre au travail. Une dynamique qui a surpris mais qui a fonctionné.  « C'est vite devenu très riche, il a fallu se limiter », avoue t-elle.

Vallotton, Patrick Neu, Matt Collishaw...

Résultat : en 9 mois, 130 œuvres ont été réunies. Beaucoup sont issues du riche fonds du Musée Rath que la conservatrice contribue à faire redécouvrir, ou du Musée de la Chaux de fonds qu’elle a dirigé durant 10 ans. Quelques toiles sont venues de l’étranger comme celles d’Hammershoi. Les murs repeints en noir par l'Atelier Oï qui signe la scénographie, et le silence s’est emparé des salles. 

A découvrir la série « Intimité » de Vallotton qui illustre en 10 tableaux rarement rassemblés et autant de non-dits tue-l’amour la vie amoureuse de la comédienne Misia Sert. De Vallotton toujours, ce couple versant dans la haine, nu dans toute sa vilenie.

Ou encore, l’armure de cristal de l’artiste français Patrick Neu dans la salle Vanité(s). Memento Mori : souviens-toi que tu vas mourir et ainsi rejoindre le silence éternel.

Glaçantes les œuvres du britannique Matt Collishaw reconstituent à la manière des peintres flamands du XVIIème les derniers repas des condamnés à mort des prisons américaines.

Terribles autoportraits du slovène Zoran Mušič passé par le camp de Dachau. Seul le dessin lui aura permis de survivre à la déportation, disait-il. Ses portraits de la série Nous ne sommes pas les derniers en témoigne, personnage au bord de la disparition, décharné, spectre à taille humaine.

Ou celui du Suisse François Barraud, déjà malade de la tuberculose qui l’emportera en 1934 à 34 ans, autoportrait marqué par la mélancolie et la lassitude.

Ne pas oublier de descendre au sous-sol pour découvrir l’étrange embarcation du genevois Alexandre Joly, rempli d’eau noire qui s’illuminant révèle des baffles réduites au silence. Evidemment….

"Silences" - Musée Rath de Genève.
Du 14 juin au 27 ocotbre 2019.