Culture

Quand les comics et la politique s'emmêlent

© DC Comics/ Urban Comics

Philippines, États-Unis, Italie... De plus en plus de pays voient des politiques qualifiés de "populistes" se faire élire. La maison d'édition DC Comics a décidé de s'emparer du phénomène et de le traiter à travers un récit, celui de Batman : White Knight.

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Où se situe la frontière entre le Bien et le Mal ? Jusqu'où peut-on aller pour servir l'intérêt commun ? Voilà deux des questions que soulève la bande-dessinée Batman : White Knight. Car, s'il s'agit d'une oeuvre de culture "populaire", elle traite malgré tout, tout en finesse, de politique.

L'idée de départ est simple et efficace : qu'adviendrait-il si le Joker devenait sain d'esprit ? Cet ennemi juré de Batman, popularisé grâce aux films, est l'incarnation même du chaos et sa folie en a fait un personnage mythique. Sean Murphy s'aventure donc à nous présenter un monde où toutes les lignes entre Bien et Mal deviennent floues.

Car, une fois guéri de sa folie, Jack Napier (c'est le nom accordé au Joker dans cette histoire) demande un procès pour être libéré. Il y tient un discours dénonçant la violence de Batman et l'inaction des forces de l'ordre face à l'auto-justice.

Libéré, il décide de rembourser la dette qu'il a envers Gotham après les méfaits qu'il a accompli en tant que "Clown Prince du Crime". Pour ce faire, il entreprend de débarasser la ville du plus grand danger à ses yeux : Batman.

L'idée de Bien mise à mal

De fait, le Chevalier noir provoque d'énormes dégâts dans sa lutte contre le crime. La ville a un budget de trois milliards de dollars par an pour réparer les quartiers affectés. Ce budget alloué à la ville est financé par Batman qui malgré tout agit dans la plus grande illégalité puisqu'il n'est affilié à aucune organisation gouvernementale et ne rend de compte à personne.

Porté par son ancienne compagne et partenaire dans le crime Harleen Quinzel (la première Harley Quinn), Jack Napier se lance en politique et cherche à être élu au conseil municipal pour faire bouger les lignes. Il candidate dans le quartier de Backport, le plus touché par la guerre de Batman contre le crime. Et c'est là que Sean Murphy traite du phénomène du populisme.Jack Napier utilise la colère des gens pour les fédérer et être élu. Mais, de fait, les constats qu'il pose sont justes et les solutions qu'il propose intelligentes. Une mesure en particulier est mise en avant puisque appliquée et étant un élément clé du scénario : la mise en place d'une unité de police spéciale, équipée d'erstaz de Batmobiles et dans laquelle s'enrôlent les protégés du Chevalier Noir, Batgirl et Nightwing.

Dans ces conditions, pourquoi Batman continuerait-il sa croisade avec des méthodes illégales quand l'État l'imite et lui propose même de rejoindre cette opération ? Le Chevalier noir finit par être arrêté et incarcéré à Arkham, refusant de se rendre ou de rejoindre l'unité spéciale car, à ses yeux, Jack Napier restera toujours le Joker et Gotham aura toujours besoin de lui. 

Populisme et contre-pouvoir

Jack Napier, dans cette histoire, est un archétype du populiste. Le contexte n'est pas anodin : le début de la publication épisodique a commencé en octobre 2017... Un an après l'élection de Donald Trump. D'ailleurs, lors de son discours inaugural, le président américain avait repris la structure du discours de Bane, le méchant de The Dark Knight Rises :
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© Pulp culture

Parmi les interrogations que soulève cette bande-dessinée, on peut retrouver des débats moraux anciens mais terriblement actuels : l'état doit-il tout contrôler ? Où se situe la ligne à ne pas franchir pour faire le Bien ? Peut-on confier à n'importe qui du pouvoir politique ? Un autre élément important du récit pousse à la réflexion : certains hommes d'affaires profitent des dégâts provoqués par Batman pour générer énormément de revenus, quitte à ruiner la vie des gens sur place. Parce que, après tout, comme le dit le personnage qui use de cette pratique financière, "le crime, à Gotham, c'est un bon cheval."

Se pose aussi la question des contre-pouvoirs. Certes, Batman est dans l'illégalité, mais sans lui, qui pourrait arrêter Jack Napier avec le risque qu'il se retransforme en Joker ? Ces questions soulèvent la problématique des pouvoirs politiques et judiciaires et de leur répartition dans nos sociétés dites démocratiques...

Comics et féminisme

Au delà de la dimension politique politicienne, Batman : White Knight traite aussi d'un sujet clef de la société moderne : le féminisme. Le personnage d'Harley Quinn qui a fait couler beaucoup d'encre lors de la sortie du film Suicide Squad, à cause de sa tenue et de sa sexualisation, retrouve ici ses lettres de noblesse.

Sean Murphy, l'auteur de cet opus, développe une idée simple : la première Harley Quinn, issue de la série animée des années 90, a quitté le Joker et une autre femme a pris sa place. C'est cette deuxième Harley qui est bien plus sexualisée et dont le costume est plus aguicheur. La première Harley revient lorsque le Joker est guéri, elle recadre alors la deuxième et, au fil du récit, influence les hommes qui l'entourent pour atteindre un objectif : pacifier Gotham.

Cette dynamique du personnage féminin comme étant à l'origine de l'évolution des personnages masculins (que l'on retrouve dans de nombreuses oeuvres de culture populaire, comme le film Mad Max : Fury Road) est appuyée par la figure de Batgirl. Mais là où le personnage d'Harleen Quinzel prend toute son ampleur, c'est à la fin, puisque l'on comprend alors que c'est elle qui est à l'origine de toute l'histoire...