Culture

Québec : quand l'humoriste Boucar Diouf déclare sa flamme au fleuve Saint-Laurent

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Reportage : C. François, JP Roy, A. Ethier, H. Lalonde
© TV5MONDE

Magtogoek, « le chemin qui marche », les Algonquins appelaient ainsi le fleuve Saint-Laurent. Magtogoek c'est aussi le nom du nouveau spectacle de Boucar Diouf. 
Ce biologiste de formation, qui est aussi écrivain, chroniqueur et
humoriste, a voulu rendre hommage à ce fleuve majestueux qui l’a
accueilli en 1991 pour faire son doctorat en océanographie. Son spectacle sera présenté un peu partout au Québec au cours de l’année. Rencontre.

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« Je suis arrivé ici pour l'océanographie, j'ai fait un doctorat à l'Université du Québec à Rimouski, donc le fleuve, c'est le chemin qui a guidé mes pas jusqu'au Québec et 26 ans plus tard, j'essaie de lui dire merci dans ce spectacle ». Boucar Diouf trouve que le nom que lui donnaient les Algonquins, Magtogoek, « le chemin qui marche » est bien plus poétique et significatif que « Saint-Laurent » et il propose que l’on se mobilise tous pour lui redonner ce nom d’origine. Il croit aussi que si le Saint-Laurent pouvait parler, il nous en raconterait des choses, parce qu’il en a vu passer, des hommes, des bateaux, des histoires depuis des millénaires ! C’est ce que nous explique justement Boucar dans ce spectacle, en remontant des origines du fleuve, jusqu’à l’arrivée des explorateurs européens, leur accueil par les premières nations. A ce sujet, le spectacle rend aussi hommage à ces autochtones qui ont accueilli les Européens et leur ont ouvert la voie dans leur pays. Boucar veut leur rendre justice : « les Québécois sont des métis culturels. Quand on regarde la façon de vivre des gens d'ici, la façon d'envisager la vie, ça a été beaucoup teinté par la façon de faire des premières nations, mais cette partie de l'Histoire a été occultée après la conquête, donc c'est important d’y revenir de temps en temps et de dire, les premières nations ici, ce sont les frères et les sœurs des Québécois ». 

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Une place unique dans le cœur des Québécois

Dans ce spectacle, Boucar Diouf a voulu aussi dire merci aux Québécois, aux gens d’ici, pour leur accueil et pour tout ce qu’ils lui ont apporté depuis son installation au Québec. 
« Mes racines sont profondément africaines, mon tronc est sénégalais, et mes feuillages... très québécois aujourd'hui, parce que j'ai passé un peu plus de temps de ma vie au Québec qu'en Afrique maintenant... Mon cœur, mon sang il est profondément québécois et une partie de ce sang, c'est le fleuve Saint-Laurent qui coule dans mon corps, de plus en plus je pense. Alors ce spectacle, c'était une façon aussi de dire merci aux gens aussi, parce que le Boucar que je suis, ce n'est pas celui qui a quitté le Sénégal, j'ai évolué beaucoup et cette évolution je la dois à tous les gens que j'ai rencontrés ici, sur ce territoire. Je voulais leur dire qu'on peut venir de très loin, s'intéresser aux gens et s'intégrer à la société. »
C’est une belle histoire d’amour que celle qui unit Boucar aux Québécois. Ce Sénégalais d’origine a décidément une place à part sur la scène culturelle québécoise et dans le cœur des gens d’ici. D’ailleurs la majorité de ces spectacles affichent déjà complet. 
Boucar n’en oublie pas son Afrique pour autant. Il a de plus en plus, dit-il, « l’appel du placenta », selon la tradition dans son village qui dit que quand un enfant nait, on enterre son placenta sous la maison. Et quand il vieillit, peu importe où il vit, son placenta l’appelle pour qu’il revienne à lui. « Je pense que tous les immigrants vous le diront, en vieillissant, on vit ce que l'on appelle l’appel de la terre d'origine, quelle que soit la durée, le temps qu'on a passé ici. Moi en tous cas, en vieillissant, l'Afrique m'appelle de plus en plus. Je vais trois fois par année au Sénégal et ça ne me suffit pas ». Des racines africaines, un tronc sénégalais, un feuillage québécois et du sang teinté de bleu par le Saint-Laurent, oui, vraiment, Boucar Diouf est un être unique… 
 

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Une profonde humanité

Boucar Diouf est un être à part, quelqu’un d’exceptionnel : on s’en rend compte très rapidement quand on le rencontre. Il est empreint d’une profonde humanité qui transpire dans tous ses écrits, livre ou chronique dans le quotidien montréalais La Presse, et dans tous ses spectacles. Cet homme a un regard unique sur le monde dans lequel il vit. 
Il se désole tout particulièrement ces derniers temps de tout ce qui se passe au sud de notre frontière : « Les États-Unis, c'est horrible : cette grande nation est devenue le théâtre de la plus grande réalité planétaire. Mon grand-père disait un jour qu'un singe restera toujours un singe même assis sur un trône en or : il ne se doutait pas que l'Amérique lui ferait à ce point la démonstration en couronnant quelqu'un qui a les manières du gorille, l'agressivité du chimpanzé, la couleur de l'orang-outan et la sexualité débridée des Bonobos parce que moi, c'est comme ça que je vois Donald Trump...Il y aura un avant et un après-Trump dans l'échiquier planétaire ».
Boucar, biologiste de formation, s’alarme également du réchauffement climatique : il traite de ce sujet à plusieurs reprises dans son spectacle, le tout avec beaucoup d’humour bien sûr, en comparant notamment les « climatosceptiques » au « clito-sceptiques »…