Culture

RETOUR SUR Il y a vingt ans, "Kirikou", symbole du renouveau de l'animation française

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Le 9 décembre 1998, le tout-petit héros Kirikou, imaginé par Michel Ocelot, faisait son apparition sur grand écran. Avec son succès inattendu, il allait devenir le symbole d'un nouvel élan de l'animation française, et reste 20 plus tard un personnage culte auprès des enfants.

"Kirikou n'est pas grand mais il est vaillant, Kirikou est petit mais il peut beaucoup": la chanson du film "Kirikou et la sorcière", inspiré d'une légende africaine, a traversé les années.

Sur une musique de Youssou N'Dour, elle accompagne l'histoire d'un enfant minuscule et très rapide, Kirikou, "l'enfant nu, l'enfant noir", qui parle déjà dans le ventre de sa mère. Il naît dans un village d'Afrique sur lequel la puissante sorcière Karaba a jeté un sort. Sitôt né, Kirikou va décider de délivrer le village, et affronter les redoutables fétiches qui entourent Karaba pour découvrir le secret de sa méchanceté.

Avec sa réalisation française, son dessin naïf - inspiré notamment du Douanier Rousseau -, son héros africain entièrement nu et ses femmes aux seins nus - qui poseront problème dans les pays anglo-saxons -, le premier long métrage de Michel Ocelot détonne à l'époque, dans un paysage de l'animation où les longs métrages français sont quasiment inexistants, et la présence américaine écrasante.

"C'était un ovni, parce que les derniers films d'animation français dataient de plusieurs années", avec comme grande référence "Le Roi et l'oiseau" (1953) de Paul Grimault, explique Marc Bonny, distributeur du film avec sa société Gebeka, créée en 1997.

"Il n'y avait pratiquement jamais de films d'animation français. Sauf de rares exceptions, il y avait un Disney annuel et rien d'autre".

- "bouche à oreille" -

Cette année-là, cependant, le Disney de Noël, "Mulan", sort pour la première fois en même temps qu'un film Dreamworks, "Le Prince d'Egypte", signe que "le monopole Disney commençait déjà à être battu en brèche", se souvient Didier Brunner, producteur du film.

Face à ces deux mastodontes, le rôle d'outsider va être joué par "Kirikou", film à petit budget qui a mis cinq longues années avant de voir le jour. "On a été à deux doigts de déposer le bilan, et finalement on a héroïquement terminé ce film", résume Didier Brunner.

"Kirikou et la sorcière" sort au départ dans 60 salles art et essai. "Dès les premiers jours, on a vu l'impact de la presse et du bouche à oreille sur le film", raconte Marc Bonny.

"On a rajouté un peu de salles chaque semaine, en décembre, janvier, février. Le point culminant, ça devait être en févier, autour de 150 salles. Le film a continué de marcher comme ça pour arriver à un million d'entrées en juin", poursuit-il.

"Ça a été une heureuse surprise pour tout le monde", se réjouit le distributeur, pour qui "peu de personnages de films d'animation ont acquis la notoriété de Kirikou".

- "petit miracle" -

Au final, le film - qui ressort en salles le 26 décembre dans une soixantaine de salles pour ses vingt ans - dépassera les 1,5 million d'entrées, sans compter son succès en DVD et dans les écoles.

Michel Ocelot continuera sur sa lancée avec "Kirikou et les bêtes sauvages" en 2005 (2 millions d'entrées) et "Kirikou et les hommes et les femmes" en 2012 (plus de 1,1 million).

Mais, avec son succès, le film encouragera aussi une série d'autres longs métrages français d'animation, des "Triplettes de Belleville" à "Persepolis", en passant par "La prophétie des grenouilles", marquant le passage à une nouvelle ère.

"Dans la foulée de +Kirikou+, il y a eu une désinhibition des producteurs français et toute une déferlante de films d'animation made in France", note Didier Brunner.

"C'est un petit miracle de Kirikou. Alors qu'avant on n'en produisait presque pas, maintenant on produit plusieurs longs métrages d'animation en France chaque année", se réjouissait également Michel Ocelot récemment auprès de l'AFP.

Pour le spécialiste de l'animation Bernard Genin, "Kirikou, l'enfant africain impatient de venir au monde, a conquis la planète. Et est devenu le symbole du renouveau de l'animation européenne".

slb/rh/tes

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