Culture

Rokia Traoré chante le prologue de l'opéra "Didon et Enée" à Aix-en-Provence

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©TV5MONDE / Reportage : J-B. Urbain - Images & montage : M. Vanden Bossche

Mis en scène par Vincent Huguet sur la scène de l’Archevêché, au Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence, "Didon et Enée", le chef d'oeuvre baroque du compositeur britannique Henry Purcell, est précédé par un prologue commandé à Maylis de Kerangal et interpreté par Rokia Traoré, auteure-compositrice et guitariste originaire du Mali. 

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C'est l'une des pièces les plus courtes de l'histoire de l'Opéra : elle dure à peine une heure... Didon est reine de Carthage. Énée est Troyen en exil. Ils s’aimeront le temps d’une partie de chasse. Ils se déchireront l’espace d’un récitatif. Et la reine mourra le temps d’une sublime plainte.

Sur cette simple trame puisée dans L’Énéide de Virgile, Purcell a composé un des premiers opéras anglais, qui fait partie des chefs-d’œuvre du genre. En une forme concentrée d’une heure, c’est un destin qui bascule. Un destin que le metteur en scène Vincent Huguet a souhaité placer dans une perspective plus large en commandant à Maylis de Kerangal un prologue pour narrer les voyages de Didon avant son installation à Carthage.
 

Texte de Maylis de Kerangal, voix de Rokia Traoré

Mais dans cette production aixoise, sous les étoiles du théâtre de l'Archevêché, Didon et Enée est précédée par un texte de Maylis de Kerangal : qui est cette femme de pouvoir, reine de Carthage qui meurt quand le héros troyen annonce son départ ?

C'est la chanteuse malienne Rokia Traoré qui habite les mots de la romancière et chante aussi l'amour, la douleur, la mélancolie en bambara.

"Ce prologue donne une image de la femme plus équilibrée, pas forcément celle qui doit pas mourir par amour. C'est finalement une belle image par rapport à l'émancipation de la femme et à l'égalité des sexes", confie Rokia Traoré à TV5MONDE.

Après le texte en français de 2018, place à l'opéra en anglais de 1689. On y croise des marins, des sorcières, Mercure, un peuple agité et aussi à nouveau Rokia Traoré, dans un rôle muet, mais qui, en quelques gestes, donne un nouveau sens à l'histoire.

"Rokia Traoré est comme un double de Didon. Elle est comme son passé, son enfance, sa mauvaise conscience, qui peut revenir de façon fantomatique ou réel, elle incarne en fait la mémoire", souligne le metteur en scène Vincent Huguet.

Avec ce port, sa jetée et au loin, la mer, la mise en scène insiste sur la dimension méditerranéenne de l'opéra d'Henry Purcell. Elle rappelle aussi qu'avant d'être des héros antiques, Didon et Enée, sont des exilés qui ont migré d'une rive à l'autre.