Culture

Sting : "Quand j'entends parler du Brexit, ça m'énerve !"

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© TV5MONDE / Nicolas George

De passage à Paris pour la promotion de son album « My Songs » qui sort le 24 mai et dans lequel il revisite ses tubes, Sting s’est confié à TV5MONDE. Le chanteur britannique aux plus de 100 millions d’albums vendus dans le monde, est aussi un homme engagé qui ne reste pas indifférent aux préoccupations de notre époque : Brexit, changement climatique, mais aussi francophonie… ​Rencontre.

TV5MONDE : Dans votre nouvel album « My Songs », vous revisitez vos propres chansons… Vous dites : « Voici ma vie en chansons, à travers un prisme contemporain ». Était-ce un exercice plus difficile que de créer de nouveaux titres ? 

Sting : Non, ça a été un album très facile à créer... Il a presque été fait par accident ! Je devais chanter mon titre « Song of a Brand New Day » à Times Square à New York au Nouvel An. J'ai dit : « OK, je vais le faire ! ». Mais je voulais un nouvel arrangement pour cette chanson, quelque chose de plus contemporain. Parce que cette chanson a 20 ans, alors je me suis dit que ça pouvait être amusant de la refaire, qu'elle sonne plus moderne... Et au final je me suis posé la question : pourquoi ne pas faire la même chose avec mes autres chansons mais en version plus moderne, également !

Pourquoi ? Parce que j'ai une voix différente, de celle que j'avais il y a 20 ou 30 ans. Elle est plus riche, avec plus de texture... J'ai aussi une autre sensibilité musicale. Les techniques d'enregistrement ont évolué également, le son n'est plus le même qu'il y a 20 ans. L'idée finale, c’était vraiment que les chansons sonnent plus claires, plus actuelles. Et je pense que l'on a réussi. Et surtout le principal, on s'est marré, on s'est fait plaisir !

Je voulais redonner un contexte à mes chansons, parce que le streaming ne le permet pas !

Dans le livret du CD, vous écrivez des anecdotes ou des explications personnelles sur chacune des chansons : pourquoi ?
Les gens, aujourd'hui, écoutent la musique en streaming. Une chanson n'est plus qu'une simple chanson, désormais, souvent sortie de son contexte. Pourtant, chaque chanson a une histoire : il faut savoir où elle a été écrite, dans quel environnement, savoir ce qu'il se passait dans le monde ou même dans ma tête au moment où je l'ai écrite... Je voulais leur redonner un contexte, parce que le streaming ne permet pas ça ! C'est peut être vieux jeu de penser comme ça, mais c’était important de le faire.

Durant votre carrière, vous avez parfois eu des temps d’arrêt où vous ne trouviez pas l’inspiration… Comment on la retrouve justement, l’inspiration ?
Avant, quand j'écrivais une chanson, je me disais : « C’est peut être la dernière ! ». Mais maintenant, je suis beaucoup plus détendu par rapport à ça... Il y a des moments où l'on capte les choses puis on les restitue facilement. Parfois, c'est plus difficile. Mais ces dernières années, l'inspiration est là. J'ai écrit plein de nouvelles chansons, trois albums... Et là je suis déjà en train de composer mon prochain album ! Ce projet de reprises, c'était vraiment pour le plaisir. Et j'ai adoré le faire !

Je suis très touché par la musique française.

Parmi les musiciens français qui vous ont inspiré, vous citez souvent Ravel, Debussy, Satie…
Oui, j'aime la musique classique française et particulièrement la période romantique. C'est l'une de mes principales influences. Je joue un peu d'Erik Satie ! Bon des morceaux simples, hein ! J'adore les arrangements de Ravel et les compositions au piano de Debussy. Je suis très touché par la musique française. Comme Jacques Brel, même s'il est Belge, je sais. J'aime aussi Souchon. Et puis la culture française en général !
 

Charles Aznavour était un ami, un exemple pour moi.

Vous dites même que Charles Aznavour est un exemple pour vous !
Il était un ami, un exemple pour moi. Il a chanté jusqu'à la fin de sa vie. Ça montre son courage, son engagement. Je voudrais faire comme lui. Mais bon, pas tout de suite quand même !

Quel est votre lien justement avec la France ?
J’y suis venu tellement de fois, depuis les années 70. J'ai un vrai lien avec la France. Mon fils est né ici en 1995, à Clamart, près de Paris. Et puis j'ai joué partout, ici, dans toutes les salles, dans tous les stades : du Gibus au Palais des Glaces, en passant par le Bataclan, Bercy, le Stade de France... Oui, j'ai vraiment joué partout !

À chaque fois que je sors un album, je viens le tester ici à Paris. J'ai aussi appris le français à l'école, durant 7 ans. Et je peux parler français mais… c'est vraiment dangereux ! Je parle suffisamment français pour avoir des ennuis mais pas assez pour m'en sortir. (rires) C’est pour ça que je préfère les interviews en anglais !

Vous êtes un grand amateur des œuvres de Camus et Sartre…
Je préfère Camus, quand même... J'aime sa philosophie. Il raconte bien les histoires. Mes romans préférés sont La Peste et L'étranger. C'était un homme incroyable. Il est mort très jeune et de manière tragique (ndlr : dans un accident de voiture).

Le public français n'est pas un public facile.

Et composer, un jour, un album en français : cela pourrait être possible ?
Non, je ne pense pas. Ce serait bien trop difficile !

Dans la version deluxe de votre nouvel album, vous avez inséré plusieurs morceaux enregistrés lors de concerts à l’Olympia à Paris. Pourquoi ?
L'Olympia est une salle mythique à Paris. Je suis toujours attaché à l'histoire du lieu quand je viens y jouer : Edith Piaf a joué ici, Jacques Brel, Yves Montand... Je suis sensible à ce passé. C'est toujours un honneur de jouer là-bas. D'ailleurs ce concert que j'y ai donné était excellent. Et l’un des meilleurs enregistrements que j'ai entendu, c'était justement ici. Un enregistrement du pianiste jazz Thelonious Monk, dans les années 60. Et je m'en suis beaucoup inspiré pour ma musique.

Pour toutes ces raisons, l'Olympia est une salle importante pour moi ! Le public français n'est pas un public facile. Il est très attentif à ce que tu joues. Et s'il n'aime pas, il le dit. Heureusement, les gens sont très sympas avec moi. Et je me sens comme à la maison, ici ! Je pense que le public français comprend ce qui me touche, mes engagements... C'est toujours important d'avoir un public sensible et à l'écoute.
 

Quand j'entends parler du Brexit, ça m'énerve ! 


Vous prenez régulièrement position pour la défense de l’environnement… Dernièrement contre le Brexit… Avez-vous un rôle d’éveilleur de conscience ?
Je me suis engagé dernièrement contre le Brexit, pour que le Royaume-Uni reste en Europe... Il ne doit pas quitter l'Union européenne. Parce que le principal problème auquel nous sommes confrontés à l'échelle de la planète, c'est le changement climatique. Et il ne peut être combattu que si l'on reste unis, avec une politique globale. Un pays tout seul ne peut rien faire ! Un individu seul ne peut rien faire. Les gouvernements doivent agir et nous avons besoin d'une politique globale. Mais elle arrive trop tard... Alors quand j'entends parler du Brexit, ça m'énerve ! Il faut s’attaquer à l'avenir de la planète, au changement climatique... C'est vraiment urgent !

Qu’est-ce-que le Sting de 2019 aimerait dire au Sting des années 70 ?
Oh… Je suis toujours le même que dans les années 70... Sans doute un peu plus sage... Mais je n'ai pas vraiment changé ! (rires)