Culture

« Sur mes pas » de Madeleine Autet ou l’obsession de la transmission

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© TV5MONDE

Pour son cinquième film, intitulé « Sur mes pas », Madeleine Autet nous invite au voyage et à la découverte du patrimoine culturel de son Cameroun natal. En janvier 2019, ce documentaire sera projeté au public camerounais, en attendant une diffusion télévisuelle.  

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Derrière sa voix douce et fluette, se cachent une détermination et une volonté de fer. Et il en fallait assurément, pour aller au bout de sa nouvelle aventure audiovisuelle. Avec son dernier film documentaire intitulé « Sur mes pas », Madeleine Autet nous invite à partager l’une de ses préoccupations : la transmission des savoirs.
Madeleine Autet, réalisatrice du film documentaire "Sur mes pas".
Madeleine Autet, réalisatrice du film documentaire "Sur mes pas".
© Georges Alexandre & DA Sala Njoya

Et pour cela, elle nous convie à suivre ses pas dans son Cameroun natal, à la découverte de la musique, de la médecine traditionnelle ou encore de la cuisine du terroir.

La volonté de transmettre le savoir que l’on a reçu

Comme le souligne l’épistémologue camerounais François Bingono Bingono, « la transmission des savoirs c’est de ne pas mourir sans avoir légué à des héritiers, ce que l’on avait comme connaissances patrimoniales ».

Dans le film, Emmanuel Apot, tradi-praticien, incarne parfaitement cette volonté de transmettre le savoir qu’il a reçu, à tous ceux qui sont prêts à l’accueillir. Lorsqu’il reçoit l’équipe de tournage, là où il soigne ses patients, il prend le temps de leur présenter l’endroit, et de leur expliquer les raisons pour lesquelles il a fait ce choix.

De la même façon, il leur montre comment il prélève une écorce par exemple. Pour cela, en guise de bénédiction, il pose sa main gauche sur l’arbre, s’adresse à celui-ci, en précisant qu’il effectue ce prélèvement pour des soins, et ce, au nom du Père qui les a créés.

A l’évidence, Emmanuel Apot appartient à la catégorie des tradi-thérapeutes initiés. Son immense savoir, il a le bonheur de le transmettre d’ores et déjà à son fils. Agé d’une dizaine d’années, il soigne notamment son père, lorsque celui-ci est malade.  

Nos patrimoines culturels sont riches et vivants

Selon Emmanuel Apot : « La vie est un cercle, si vous avez observé, on entre par la droite, et on sort par la gauche. Nous oublions que c’est ce que nous faisons sur terre. Nous naissons, nous vivons et nous mourrons. C’est inévitable et c’est aussi réel. La médecine traditionnelle est la mère de la médecine moderne. Cette dernière s’inspire d’abord de ce qui avait été traditionnellement utilisé ».

Au quotidien, de nombreuses familles africaines ont recours à cette médecine, qui, malgré la multiplication des charlatans, constitue une alternative peu coûteuse. Autre domaine où la transmission des savoirs peut être essentielle : les arts culinaires. Le film nous conduit à Efok, petite bourgade située à trente-six kilomètres de Yaoundé, la capitale camerounaise.

 
"Sur mes pas", film documentaire de la réalisatrice camerounaise Madeleine Autet
"Sur mes pas", film documentaire de la réalisatrice camerounaise Madeleine Autet
© Georges Alexandre & DA Sala Njoya

L’on y voit des jeunes femmes qui préparent des plats pour un mariage, sous l’œil vigilant de l’une de leurs ainées et mère, Christine Ada Awono. A soixante-dix ans, elle a déjà transmis à ses filles, les secrets de fabrication des mets de courge et d’arachide. 

A travers ce documentaire, Madeleine Autet montre à quel point nos patrimoines culturels sont riches, vivants, et ce, grâce aux expériences fécondes de nos populations.

Un film au budget modeste, comme un appel à poursuivre ce travail de dévoilement de nos richesses. En janvier prochain, il sera projeté aux populations de Yaoundé, en attendant d’être diffusé par les chaînes de télévisions. 

Ramener des jeunes filles nées en France vers leur pays d’origine

Arrivée en France en 2005, à l’âge de treize ans, pour y rejoindre sa mère, Madeleine Autet ne s’imaginait sans doute pas documentariste. Après ses études secondaires, elle va pourtant rentrer à  l’Institut Supérieur de l’Audiovisuel, à Paris. Elle en sort diplômée il y a quatre ans. Aujourd’hui, elle en est à son cinquième film ; et elle fourmille d’idée pour les prochains.
 
Ela Mvolo Evina Alegue, Miss Cameroun France 2017, lors de la remise de tables bancs à l’école primaire de Bertoua, à l'est du Cameroun. 
Ela Mvolo Evina Alegue, Miss Cameroun France 2017, lors de la remise de tables bancs à l’école primaire de Bertoua, à l'est du Cameroun. 
D. R.

Avec l’association PROBEC, qu’elle préside, elle continue aussi d’organiser l’élection « Miss Cameroun France ». Elle parvient ainsi à faire d’une pierre plusieurs coups : ramener des jeunes filles nées en France vers leur pays d’origine, tout en leur permettant d’aider des villages démunis.

Une tâche difficile, souvent coûteuse financièrement, mais ô combien gratifiante, assure-t-elle. A voir la passion avec laquelle elle en parle, l’on ne peut que la croire, et l’encourager.