Culture

"Tire le coyote", le poète-chanteur du Québec

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©TV5MONDE / Catherine François

C’est son amour des mots qui conduit à la musique ce Québécois à la voix unique. Cette dernière année, Tire le coyote s'est particulièrement illustré, avec une tournée de spectacles aux salles pleines et un dernier album qui lui vaut une nomination dans la catégorie « meilleur album francophone » aux Prix Junos, qui chaque année récompensent les artistes de la musique au Canada. Rencontre. 

Les yeux pétillent d’intelligence et de malice, le sourire est timide sous la barbe à la mode hipster, la poignée de main ferme et la voix douce : Tire le coyote, alias Benoît Pinette, dégage la robustesse d’un jeune homme dans la trentaine en pleine forme, sportif, amoureux du plein air et de la nature, mais aussi une sorte de fragilité et une grande sensibilité.

La fragilité et la sensibilité d’un poète. Car c’est ce qu’il est d’abord et avant tout, Tire le coyote : un poète, un amoureux de la langue française, qui a un besoin viscéral d’écrire depuis tout jeune. « Je suis arrivé à la musique, à la chanson davantage par les mots, par le besoin d'écriture que par la musique en tant que telle. J’ai toujours été mélomane, mais autodidacte à ce niveau-là. C’est vraiment ce désir d'écrire qui m'a amené à mettre mes textes en chansons et je dis souvent que c'est un paquet de petits accidents qui ont fait que je me suis rendu-là finalement ». 
 

La poésie est partout

Jeune, il faisait beaucoup de sports et se voyait dans une équipe professionnelle de baseball, mais sa passion de la poésie l’a amené à faire des études en littérature et puis à écrire. « Les mots et la poésie devraient se retrouver davantage partout dans notre société, la poésie ce n'est pas juste les mots c'est tout ce qui nous entoure », déclare l’auteur-compositeur.

Il déplore d’ailleurs que l’apprentissage du français au Québec ne se fasse que dans une perspective fonctionnelle, que l’on n’apprenne pas davantage aux enfants à jouer avec les mots et avec cette langue. Tire le coyote, c’est ce qu’il fait avec plaisir quand il écrit ses chansons : il joue avec les mots, il les fait danser sur sa guitare, il les fait chanter.

La paternité, une inspiration

Le poète-chanteur s’inspire de tout ce qui touche à l’humain pour écrire ses chansons : « Avant de réussir à vivre de la musique, je travaillais dans le domaine social, donc j'ai côtoyé des gens qui ont eu un parcours plutôt atypique, difficile et ça m'a toujours intéressé de voir toute la psychologie des gens, de voir les gens réfléchir à leur existence et au monde dans lequel on vit. Les grandes questions existentielles m'ont intéressé très tôt dans ma vie, j'ai toujours eu ce besoin-là de creuser pour mieux me comprendre et de mieux comprendre ce qu'on fait ici finalement ».

Ce père de deux garçons de 6 et 8 ans a, par exemple, été inspiré par sa paternité dans son dernier album, Désherbage : « quand on devient parent, on a un retour sur notre propre enfance, je me rends compte que je revis beaucoup de mon enfance à travers mes deux enfants, ça m’a beaucoup inspiré et ça m’a permis de faire le bilan de ma propre existence alors que je suis dans la trentaine ». 

Une voix unique qui le distingue

Oubliez les voix fluettes de certains chanteurs français ou graves et sensuelles d’autres artistes : la voix de Tire le coyote va vers les aigus presque féminins. Cet homme n’a pas la voix de son physique et il sait que cette voix ne plait pas à tous. Il ne s’en formalise pas, bien au contraire : « On m'a souvent dit : "au départ, je n'étais clairement pas certain d'aimer l'interprétation et au final, au fur et à mesure, je lui donnais une 2e, 3e écoute et j'ai complètement oublié qu'il avait cette voix bizarre ou atypique". Du moment que j'ai compris que ça pouvait être une manière de me distinguer des autres, j'ai préféré voir ça comme un avantage. Donc, soit on aime beaucoup, beaucoup, soit on déteste, mais ça me va, je suis tout à fait à l'aise avec ça et puis en général je préfère une oeuvre d'art qui crée une émotion que l'indifférence ». 

Et un public fidèle et conquis, il l’a. Ses spectacles affichent complet partout où il passe au Québec, où il est en tournée depuis plus d’un an. Il a aussi séduit un public de professionnels qui l’a vu sur scène à Laval, dans l’ouest de la France, dans un festival dédié au monde de la scène.

Une tournée dans l’hexagone fait d’ailleurs partie de ses projets l’an prochain. En attendant, Tire le coyote est en train de rôder un spectacle intimiste : seul sur scène avec son guitariste, entouré par le public.

Un exercice exigeant, mais stimulant : « J’avais cette envie-là de trouver une formule qui rende justice à l'essence même des chansons dans leur plus simple appareil, j’avais ce besoin d'aller me mettre en danger, de retrouver ce qui a fait que j'ai commencé à faire ça dans la vie ». 

Influences musicales anglophones

Les influences musicales de Tire le coyote sont principalement anglophones : le rock, le folk, le blues. C’est avec l’artiste Richard Desjardins, bien connu au Québec pour notamment son remarquable disque, au début des années 90 « Tu m’aimes-tu ? », qu’il découvre, à l’adolescence, la musique francophone.

« En fait Tire le coyote c'est ça, c'est un mix entre les influences littéraires comme Desjardins et les influences musicales beaucoup plus anglophones et américaines », précise l’artiste qui a choisi ce nom de scène plutôt particulier de « Tire le coyote » pour contraster avec sa musique plutôt lente et mélancolique : « pour moi c'était comme le titre d'un film western « Tire le coyote », on voit souvent des coyotes dans ces films-là, c'était pour moi une façon d'imager le style musical qui m'avait interpelé quand j'ai commencé à écrire des chansons ». 

En nomination aux Junos

Désherbage, le dernier album de Tire le coyote – il en a cinq à son actif - est en nomination dans la catégorie meilleur album francophone aux Junos, le gala qui récompense tous les ans les artisans de la musique canadienne.

Tire le coyote se dit heureux de cette belle reconnaissance, mais il ne veut pas tomber dans le piège dans lequel tant d’autres artistes sont tombés, soit se mettre à faire de la musique pour plaire au plus grand nombre et remporter des prix : « quand l'artiste commence à travailler en ayant en tête l'envie de plaire aux gens, tu perds ta créativité et ça c'est un danger, un piège. Les créateurs qui restent totalement libres toute leur vie sont plus rares, et pourtant ce sont ceux qui m'interpellent le plus, ceux pour qui j'ai le plus de respect. Je me méfie des buzz instantanés. Dans une période où on consomme la culture à grande vitesse, les gens qui ont un parcours plus doux et plus lent, on ne les voit pas assez, ce ne sont pas ceux que l'on voit dans les premières pages dans les journaux. Je ne veux pas perdre mes repères ».

Il est intègre et authentique Tire le coyote. Alors sa carrière, il la mène doucement, mais sûrement : il va continuer à écrire des chansons, il a commencé à en écrire pour d’autres artistes et il travaille aussi sur un recueil de poésies : « je veux continuer à me mettre en danger, à essayer » conclut-il.