Culture

Trans Musicales: ATOEM, duo de machinistes explorateurs en quête de sons

Les membres du groupe français ATOEM le 28 novembre 2018, Gabriel Renault et Antoine Talon, à Cesson-Sévigné, en Ille-et-Vilaine
Les membres du groupe français ATOEM le 28 novembre 2018, Gabriel Renault et Antoine Talon, à Cesson-Sévigné, en Ille-et-Vilaine
afp.com - SEBASTIEN SALOM GOMIS
Les membres du groupe français ATOEM le 28 novembre 2018, Gabriel Renault et Antoine Talon, à Cesson-Sévigné, en Ille-et-Vilaine
Les membres du groupe français ATOEM le 28 novembre 2018, Gabriel Renault et Antoine Talon, à Cesson-Sévigné, en Ille-et-Vilaine
afp.com - SEBASTIEN SALOM GOMIS
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Ils se voient comme des "laborantins" et "machinistes": ATOEM, incarné par les Rennais Gabriel Renault et Antoine Talon et programmé pour la première fois aux Trans Musicales, défriche avec passion les possibilités quasi infinies de l'électro.

Rencontrés par l'AFP à quelques jours des "Trans" dans leur studio de Cesson-Sévigné, près de Rennes, Antoine Talon, 23 ans, et Gabriel Renault, 26 ans, savent qu'ils ont "la pression".

En session intensive, les deux hommes répètent à huis clos le "live" qu'ils joueront devant des centaines de festivaliers noctambules dans le Hall 9 du parc des expositions de Rennes - le plus haut lieu des "Trans" - vendredi à 4H20, après quatre autres concerts dans la région.

L'heure est aux derniers arrangements. Exercice de motricité fine et de concentration, les pouces et index pinçant les potentiomètres, Antoine joue debout du synthétiseur tandis qu'assis à ses côtés, Gabriel pianote sur les touches translucides d'un petit synthé modulaire qui s'illuminent comme une piste de danse.

"Cela promet d'être acide", explique le duo en présentant sa symphonie multipiste sur le séquenceur de leur ordinateur - un logiciel de musique, qui se déverse dans le torrent d'une techno énergique, cadencée au rythme binaire d'un métronome.

Les deux artistes qui disent "tout connaître de l'autre" se complètent. "L'ordinateur est à la base de tout", souligne Antoine, et "le travail du son, d'une partie à l'autre, est fait à la main", ajoute Gabriel.

Aux manettes, ils devront s'affairer à piloter les dizaines de filtres et effets sonores de leurs six synthétiseurs qu'ils emportent à chacun de leurs concerts.

S'ils ont créé leur groupe, qui porte le nom d'une divinité égyptienne (Atoum), il y a un an et demi, "Gab" et Antoine ont commencé il y a plus de sept ans, dans un groupe local avec des "vieux synthés" Roland et Korg.

Mais leur passion pour la musique n'a rien du hasard. Baccalauréat et diplôme de faculté d'économie digitale en poche, Gabriel Renault a grandi avec "un père artiste plasticien et une grande sœur pianiste". "Dans la famille on a tous un peu fait de la musique", explique le jeune homme lunettes rondes rétro et longs cheveux noirs sur les épaules.

Sweat-shirt noir et cheveux en bataille à la Martin Gore (Depeche Mode), Antoine Talon, 23 ans, qui a grandi avec "un père guitariste qui a monté de nombreux groupes de rock et de blues" est fraîchement diplômé d'une école d'ingénierie électronique.

En stage chez le fabricant français de synthétiseurs Arturia, il a fabriqué son propre synthé modulaire: un caisson d'où dépassent des dizaines de prises et câbles colorés.

- Entre Pink Floyd et Daft Punk -

Adolescents, ils écoutent les Floyd, Led Zeppelin, Depeche Mode, un héritage dont ils se revendiquent "à fond" multipliant les références sonores. Rock, blues, new wave, techno... "En une heure, on a le temps de raconter plein de trucs. On traverse les styles musicaux. On cherche surtout à faire ce qu'on veut", expliquent-ils.

"C'est une musique entre Pink Floyd et Daft Punk. Il y a cette énergie et cette musique est très vivante", souligne Jean-Louis Brossard, directeur artistique des Trans Musicales qui les a repérés il y a quelques mois.

Ils font "partie des artistes que j'ai le plus aimés ces dernières années" et "ce sont de gros bosseurs" avec des performances accompagnées de guitare, percussions, et aussi par la voix de Gabriel.

Ce "duo de machinistes" entend à travers ses compositions proposer des "explorations sonores" et une plongée "dans un océan de symphonies analogiques et spatiales". Leurs vidéos montrent des visuels dépouillés. Ici, la silhouette immobile d'une femme tendant une main soumise aux interférences de l'écran cathodique, là des images d'éléments de la nature déchaînés.

Baptiste Guillemet, programmateur du festival Sachô Galiero de Limoges, où il se sont produits en août, se souvient d'une "grosse claque". Leur musique, "difficile à classer, fait penser à Nicolas Jaar", "parce que ce sont des fadas de musiques, des gens qui écoutent. Quand on amasse beaucoup de musique, ce qu'on produit c'est une synthèse".