Culture

Un député belge repart à la conquête d’œuvres d’art pillées par la France

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Après plusieurs années de conflit culturel, le député libéral belge Richard Miller est passé à la vitesse supérieure en déposant début janvier 2018, une résolution visant à ouvrir un dialogue avec la France sur le vol d’œuvres d’art pendant la Révolution. 

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Près de 200 tableaux mais aussi des sculptures ont été dérobés par l’armée révolutionnaire française à ce qui n’était pas encore la Belgique. La raison ? La France envisageait, en 1794, d’ouvrir la plus grande exposition universelle publique au musée du Louvre à Paris. 

 
<em>Le Triomphe de Judas Macchabée </em>de Pierre Paul Rubens, exposé au musée des Beaux-Arts de Nantes, en France © Wikipedia/Libre de droits
Le Triomphe de Judas Macchabée de Pierre Paul Rubens, exposé au musée des Beaux-Arts de Nantes, en France © Wikipedia/Libre de droits
"Ces tableaux de Rubens, de Jordaens et d'autres peintres de cette période dite 'Ecole de Rubens' étaient la propriété d'édifices religieux (…)", racontait déjà Richard Miller, qui se bat depuis plusieurs années pour récupérer ces oeuvres, dans un communiqué le 18 mai 2017. 

Ces saisies se sont étendues jusqu’à la Restauration, où Napoléon décide d'attribuer par décret (décret Chaptal) certaines de ces œuvres à 15 grandes villes de France. A la chute de l’Empire en 1815, ces prises de guerre sont pour la plupart restituées. Mais environ 70 objets seraient toujours exposés dans des musées de provinces françaises, d'après l’Institut royal du patrimoine artistique belge (IRPA). 
 

Vols ou dons ?

Et si la Belgique avait fait des dons à la France ? "L’administration liégeoise (Belgique) de l’époque était clairement prorévolutionnaire, donc partisane de la France, et voulait participer à ce grand mouvement d’émancipation universelle des œuvres d’art. Ils étaient très fiers d’envoyer leurs tableaux (…) au musée du Louvre", explique à la RTBF Pierre-Yves Kairis, spécialiste du 18e siècle et chargé du répertoire des œuvres d’art spoliées à l'IRPA.

"Nous avons des titres de propriété"- R. Miller
Si certaines œuvres ont peut-être été données, d’autres ont bien été volées : "Nous avons des titres de propriété, notamment d’un Rubens appartenant à la cathédrale (Notre-Dame) de Tournai qui faisait partie d’un diptyque qui avait été commandé à Rubens par la fabrique. Ce sont les Tournaisiens qui avaient payé le travail de Rubens", affirme le député fédéral. 

Reste à savoir si ces traces écrites sont suffisantes pour voir ces oeuvres, entrées dans le domaine public en France, repartir sur les terres belges. "Accepter de restituer leurs biens, par exemple aux cathédrales de Tournai et d'Anvers, serait un geste à portée européenne qui, de plus, servirait d'exemple sur la scène internationale", espérait Richard Miller en mai dernier. Jusqu’à maintenant, l’Etat français n’a jamais donné suite.

"Accepter de restituer leurs biens serait un geste à portée européenne" - R. Miller

Autres conflits

Ce n’est pas la première fois que le territoire national est interpellé sur du pillage d’arts notamment datant de l’époque coloniale en Afrique. En juillet 2016, le gouvernement du Bénin demandait officiellement à la France de lui restituer des œuvres volées en 1892, actuellement exposées au musée du Quai-Branly à Paris. Une première demande pour une ancienne colonie africaine… que l’Etat a refusé en mars 2017. Dans un document destiné au ministre béninois de la Culture que le journal Libération a consulté, le ministère des affaires étrangères écrit : "Les biens que vous évoquez ont été intégrés de longue date, parfois depuis plus d’un siècle, au domaine public mobilier de l’Etat français. Conformément à la législation en vigueur, (...) leur restitution n’est pas possible."

L’arrivée d’Emmanuel Macron à la tête du pays peut-elle changer la donne ? Sa récente déclaration lors de sa première tournée africaine en décembre 2017, annonçant vouloir « le retour du patrimoine africain à l’Afrique d’ici cinq ans » peut laisser le supposer. Nul doute que le député belge Richard Miller suivra aussi ce dossier de près.