Culture

"Yuli", le fabuleux destin d'un danseur cubain

Un garçon né dans la pauvreté à Cuba et sauvé par la danse: le bouleversant biopic "Yuli" retrace l'incroyable parcours de Carlos Acosta, qui rêvait d'être un nouveau Pelé, avant de devenir l'une des plus grandes stars de ballet de sa génération.

"Yuli" --nom d'enfance de Carlos Acosta-- , qui sort en salles mercredi, est aussi la trajectoire d'un jeune Cubain qui, sans vraiment le vouloir, va briser les barrières et entrer dans l'Histoire comme le premier danseur étoile noir du prestigieux Royal Ballet de Londres.

"Tu vas devenir le meilleur danseur au monde", lui disait Pedro Acosta (Santiago Alfonso) son père camionneur et descendant d'esclaves qui malgré sa dureté -- il bat son fils dans une scène hors champ -- et son intransigeance, fera basculer le destin de Carlos Acosta en l'inscrivant contre son gré à la prestigieuse école nationale de ballet à La Havane.

"Je me suis réconcilié avec mon passé, avec mon père aussi", affirme Carlos Acosta dans un entretien avec l'AFP. "Je ne changerai rien de ce que j'ai vécu car la semence de ce succès se trouve dans ce passé traumatisant".

- "J'ai beaucoup pleuré" -

Le biopic de la réalisatrice Icíar Bollaín, basé sur l'autobiographie "No Way Home" (2008), apporte son lot d'émotions, notamment grâce au jeu spontané d'Edilson Manuel Olbera Nuñez qui incarne le petit Carlos, à la fois rebelle et facétieux: il s'échappe à plusieurs reprises de l'école, imite le moonwalk de Michael Jackson dans la rue, et se bagarre avec des gamins qui le traitent de "tapette".

En regardant le film, "j'ai beaucoup, beaucoup pleuré. Le garçon que j'étais m'a donné tant de peine. Aucun enfant de 13 ans ne doit passer par ça, être humilié devant 300 élèves", dit-il en référence à une scène où un professeur lui reproche son indiscipline devant ses camarades.

Dans le même temps, le succès né de ces souffrances "m'a permis d'améliorer la vie de mes parents (séparés depuis qu'il est petit). J'ai pu leur acheter une maison à chacun, je les ai emmenés voir le monde, tout ça, c'est grâce au ballet", indique M. Acosta qui a dansé sur les plus grandes scènes internationales.

Autre moment fort: lorsque Carlos adolescent (Keyvin Martínez) remporte le prix de Lausanne, considéré comme le meilleur concours de ballet au monde: "c'est comme si le premier Noir atterrissait sur la Lune... il a gagné la Coupe du monde!", explose avec fierté son père devant les --vraies-- images d'archives.

"Le mulâtre en or", avait titré à l'époque la presse. Carlos Acosta est le fils d'un père noir et d'une mère blanche.

Carlos Acosta apparaît lui-même par moment dans le film, construit comme un flash-back vers l'enfance tourmentée et solitaire du danseur aujourd'hui âgé de 46 ans, qui a été nommé en janvier directeur du Birmingham Royal Ballet en Grande-Bretagne.

"Dans le monde du ballet, on apprend à s'endurcir, à faire face mentalement à la douleur physique... mais c'est la douleur qui enseigne le plus", affirme M. Acosta, établi entre Londres et La Havane où est basée sa compagnie "Acosta Danza", qui s'apprête à faire une tournée à commencer par l'Espagne.

Il est le plus célèbre nom cubain du monde du ballet après Alicia Alonso, la légendaire ballerine qui a fondé le Ballet Nacional de Cuba. L'une des rares "prima ballerina assoluta" (titre accordé aux ballerines les plus exceptionnelles) encore vivante, elle a 98 ans.

Les événements du film se déroulent sous l'ère Castro, mais le biopic ne fait pas allusion à la politique; il montre toutefois une scène de Carlos Acosta établi à Londres en train de suivre ému les images à la télévision de Cubains fuyant le pays à bord de petits bateaux, au risque de leur vie.