RSF perd son directeur général Christophe Deloire, décédé à 53 ans

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Christophe Deloire, à la tête de Reporters sans frontières, à Paris, le 6 octobre 2023

Christophe Deloire, à la tête de Reporters sans frontières, à Paris, le 6 octobre 2023

AFP/Archives
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A la tête de Reporters sans frontières (RSF) depuis 12 ans, Christophe Deloire est mort samedi à 53 ans, "des suites d'un cancer fulgurant", laissant derrière lui un long combat pour la liberté de la presse.

Il "a transformé l’association (...) en un champion mondial de la défense du journalisme, durant douze ans", a salué RSF dans un communiqué transmis à l'AFP.

"Enquêteur, formateur, président d’ONG, Christophe Deloire avait le journalisme au cœur. Pour la liberté d’informer et le débat démocratique, cet esprit libre se battait, sans frontières, sans repos", a réagi sur X le président Emmanuel Macron.

Christophe Deloire était encore en février sur les plateaux de CNews face à Pascal Praud pour défendre la décision du Conseil d'État sur le renforcement du contrôle par l'Arcom de la chaine d'infos appartenant au milliardaire conservateur Vincent Bolloré, devenue "un média d'opinion", selon RSF.

On avait également pu apercevoir sa grande silhouette, cheveux grisonnants et lunettes rondes, aux côtés des grévistes du JDD, qui ont protesté pendant plus d'un mois à l'été 2023 contre l'arrivée de Geoffroy Lejeune, marqué à l'extrême droite, à la direction du titre de Lagardère.

"Nous allons dire non à un ogre qui dévore les médias d'information (...) et les transforme en médias d'opinion", avait lancé le visage de RSF à la tribune, lors d'une soirée de soutien organisée par l'ONG.

De l'ancienne ministre de la Culture Rima Abdul Malak au patron du régulateur de l'audiovisuel, Roch-Olivier Maistre, les réactions pleuvent pour lui rendre hommage.

Pour le journaliste Pierre Haski, président du conseil d’administration de RSF, "Christophe Deloire a dirigé l’organisation à un moment crucial pour le droit à l’information. Sa contribution à la défense de ce droit fondamental a été considérable".

"Il était un ardent défenseur de notre profession à un moment où notre travail et nos valeurs sont de plus en plus remises en question", a salué le directeur de l'information de l'AFP, Phil Chetwynd.

L'an dernier, Christophe Deloire avait été nommé délégué général des États généraux de l'information, une promesse de campagne d'Emmanuel Macron en 2022.

Lancés en octobre 2023, ceux-ci ont pour but "d'aboutir à un plan d'action" pour "garantir le droit à l'information à l'heure numérique", avait-il alors expliqué à l’AFP, alors que le processus est censé aboutir cet été.

Hommage aux Etats-Unis

Depuis 2018, il était également le président fondateur du Forum sur l’information et la démocratie.

A l'international, Christophe Deloire s'était engagé sur de nombreux dossiers, comme le meurtre à Istanbul du journaliste saoudien Jamal Khashoggi ou les atteintes à la liberté de la presse en Russie.

Aux Etats-Unis, l'organisation new-yorkaise Committee to Protect Journalists (Commission de protection des journalistes, CPJ), partenaire de RSF, a estimé sur X (ex-Twitter) que "le monde avait perdu un champion de la liberté de la presse". A Washington, le National Press Club a rendu hommage à “Christophe, grand ami des journalistes où qu'ils soient, profondément passionné par les droits des journalistes", saluant son implication sur le cas d'Austin Tice, reporter américain enlevé et disparu en Syrie en 2012.

Christophe Deloire mettait régulièrement en garde contre l'augmentation des violences contre les journalistes.

"Démultipliés par les réseaux sociaux, qui portent à cet égard une lourde responsabilité, ces sentiments haineux légitiment ces violences et affaiblissent, un peu plus chaque jour, le journalisme et, avec lui, la démocratie", dénonçait-il déjà en 2018.

Avant de prendre la tête de RSF, Christophe Deloire avait dirigé de 2008 à 2012 le Centre de Formation des Journalistes (CFJ) à Paris. Il avait également travaillé pour le magazine Le Point de 1998 à 2007.

En 2004, il avait publié chez Albin Michel, "Les islamistes sont déjà là", une enquête cosignée avec le journaliste Christophe Dubois, puis "Sexus Politicus" en 2006, toujours avec Christophe Dubois, sur la sexualité dans la vie politique française.

Lancée en 1985 en France par quatre journalistes, RSF est devenue au fil des décennies un fer de lance de la liberté de la presse et du droit d'informer dans le monde.

L'ONG, dont le siège est à Paris, est présente sur tous les continents, via des bureaux dans une dizaine de villes et des correspondants dans quelque 130 pays. Elle détecte et dénonce les entraves à la liberté d'informer et vient en aide aux journalistes emprisonnés ou menacés(assistance juridique, prêt de gilets pare-balles, pressions auprès d’États et d'institutions...).

Depuis 2002, RSF publie un bilan annuel des exactions commises contre les journalistes dans 180 pays. Ce classement mondial de la liberté de la presse" fait référence pour de nombreux médias et plusieurs institutions internationales.