Sauvetage d'Atos: l'offre de Onepoint et Layani choisie face à Kretinsky

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Le siège d'Atos à Bezons, près de Paris, le 26 avril 2024

Le siège d'Atos à Bezons, près de Paris, le 26 avril 2024

AFP
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Le verdict est tombé pour Atos après un long feuilleton: le conseil d'administration du groupe informatique français, lourdement endetté, a annoncé mardi choisir l'offre de reprise du consortium mené par Onepoint, son principal actionnaire, au détriment de l'homme d'affaires tchèque Daniel Kretinsky.

"Atos travaillera avec le consortium Onepoint (emmené par David Layani, NDLR) pour parvenir à un accord définitif de restructuration financière qui sera ensuite mis en oeuvre par le biais d'une procédure accélérée dédiée d'ici juillet 2024", a indiqué le groupe dans un communiqué.

L'offre bénéficie "du soutien d'un grand nombre de créanciers financiers d'Atos et assure ainsi avec plus de certitude la conclusion d'un accord définitif de restructuration financière", a-t-il ajouté.

A la Bourse de Paris, le cours d'Atos chutait de près de 13% à 13H00 à la suite de cette annonce qui entraînera une "dilution massive" pour les actionnaires existants, qui détiendraient "moins de 0,1% du capital social", a prévenu l'entreprise.

Embourbé dans une crise financière depuis près de trois ans, qui a fait chuter sa valorisation boursière sous les 2 euros, Atos avait enclenché en février une procédure de restructuration, sous l'égide de la spécialiste du sauvetage d'entreprises Hélène Bourbouloux, qui a notamment travaillé sur les dossiers Casino ou Orpéa.

Atos, pilier technologique des JO de Paris cet été, avait annoncé avoir besoin de 1,1 milliard d'euros de liquidités pour son activité en 2024-2025 et vouloir réduire de 3,2 milliards d'euros sa dette brute, de 4,8 milliards d'euros.

Le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, l e 22 janvier 2020 à Paris

Le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, l e 22 janvier 2020 à Paris

AFP/Archives

En concurrence avec celle d'EPEI, de Daniel Kretinsky, allié au fonds Attestor, l'offre menée par David Layani, patron de l'entreprise française Onepoint, allié à l'homme d'affaires Walter Butler, la société Econocom et des créanciers, a remporté son bras de fer après une intense bataille en coulisses qui a retardé à plusieurs reprises le calendrier fixé par la direction d'Atos.

Pilier informatique des JO-2024

Son offre prévoit un effacement de la dette à hauteur de 2,9 milliards d'euros, à convertir en fonds propres.

"Sous réserve d'ajustements finaux", elle est assortie de l'apport de 1,5 milliard d'euros sous forme de dette et d'une augmentation de capital de 250 millions d'euros, entraînant la répartition du capital suivante: 21% pour le consortium mené par Onepoint et 9% pour les titulaires d'obligations.

Après avoir échoué à racheter les activités stratégiques du groupe en 2022 et être devenu premier actionnaire d'Atos avec 9,9% puis 11,4% du capital fin 2023, David Layani réussit enfin son pari de reprendre le géant informatique aux 100.000 employés à travers le monde.

"Entièrement mobilisés pour qu'Atos redevienne un acteur majeur de la souveraineté numérique française et européenne sur la scène internationale", a-t-il déclaré, dans un communiqué.

Implantée dans 16 pays, Onepoint, qui compte 3.300 employés et revendique 500 millions d'euros de chiffre d'affaires, faisait pourtant figure de petit poucet face à M. Kretinsky, à la tête d'un empire dans l'énergie, la distribution et les médias, et d'une fortune de 8,6 milliards d'euros, selon Forbes.

Ce dernier, longtemps en discussions pour racheter une partie d'Atos avant rupture des négociations en février, a révisé à deux reprises son offre pour tenter de remporter l'adhésion des créanciers, jusque dans les dernières heures de négociations.

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire lors d'une conférence de presse à l'issue du conseil des ministres à l'Elysée, le 24 avril 2024 à Paris

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire lors d'une conférence de presse à l'issue du conseil des ministres à l'Elysée, le 24 avril 2024 à Paris

AFP

C'est un premier échec dans l'irrésistible ascension du milliardaire tchèque, qui devrait s'emparer de l'opérateur postal britannique en difficulté Royal Mail pour 4,2 milliards d'euros, après avoir acquis 20% des activités sidérurgiques de l'aciériste allemand Thyssenkrupp ou pris le contrôle du distributeur français Casino.

En parallèle de cette restructuration, l'État français a répété sa volonté d'acquérir les activités d'Atos jugées "stratégiques" (supercalculateurs utilisés pour la dissuasion nucléaire, contrats avec l'armée française et produits de cybersécurité), afin qu'elles ne tombent pas entre les mains d'acteurs étrangers.

Le cabinet du ministre de l'Economie Bruno Le Maire a indiqué à l'AFP mardi qu'une "offre plus précise" serait remise "dans les prochains jours". Le travail se poursuit "avec les partenaires pour finaliser le consortium et les reprises de sous éléments" avec "courant juillet" pour objectif, a-t-il ajouté.

L'émission d'une offre en vue d'acquérir 100% des branches "Advanced Computing", "Mission-Critical Systems" (MCS) et activités de cybersécurité, pour une valeur estimée "entre 700 millions et 1 milliard d'euros", était attendue pour mi-juin, avait précédemment indiqué Atos.

Le ministère de l'Economie a déjà octroyé un prêt de 50 millions d'euros à l'entreprise et acquis une "action de préférence" lui permettant de mettre son veto à certaines opérations au niveau de Bull, la filiale qui construit ses supercalculateurs.

Partenaire informatique mondial du Comité international olympique (CIO) depuis 2002, Atos sera l'un des piliers technologiques des Heux de Paris (26 juillet-11 août), avec pour missions la gestion des accréditations, la diffusion instantanée des résultats ou encore la cybersécurité.