Climat : peut-on vivre dans un monde à +2,7°C ?

Dans leur rapport publié le 20 mars, les experts du GIEC alertent sur la possibilité d’un monde où il fera 2,7°C de plus d’ici 2100. Est-il possible de vivre avec de telles températures ? Comment l'humanité peut-elle s’adapter ? Éléments de réponse.
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pompier portugal
Un pompier lutte contre les flammes dans une forêt à proximité du village de Rebolo, au Portugal, le 14 juillet 2022.
AP Photo/Armando Franca
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Les conséquences du réchauffement climatique vont-elles continuer à s’intensifier ? Ce 20 mars 2023, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publie la synthèse d’une série de rapports sur le changement climatique. Pensé comme un « guide de survie de l’humanité », ce rapport synthétise les travaux du groupe sur les neufs dernières années. 

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Les experts indiquent que le réchauffement climatique causé par l’activité humaine atteindra 1,5°C de plus par rapport à l’ère pré-industrielle dès les années 2030-2035. D’ici la fin du siècle, les températures devraient avoir augmenté de 2,7°C selon les experts de l’ONU. L'objectif de la COP 21 à Paris en 2015 était de limiter les effets du réchaufement climatique à 1,5°C.

À quoi correspondent les 2,7°C ? 

Selon Élise Naccarato, responsable de campagne climat chez Oxfam France et experte des conséquences sociales du réchauffement climatique, « ce n’est pas une hypothèse catastrophique ».

« Si tous les pays appliquent les programmes de réduction des émissions de gaz à effets de serre auxquels ils se sont engagés, on atteindra ce chiffre », poursuit-elle. Cela correspond donc à une éventualité « réaliste, voire plutôt optimiste. » 

Cependant, cela ne signifie pas que ce réchauffement de la température sera uniforme partout sur la planète. « Par exemple, +2,7°C au niveau mondial, cela signifie +4°C en Europe occidentale », poursuit Élise Naccarato. 

Des conséquences pas subies de la même manière par tous

  • La hausse des températures ne sera pas ressentie partout de la même manière. 
  • Par ailleurs,  « il y a des endroits dans le monde qui sont plus vulnérables géographiquement à certains phénomènes climatiques », explique Élise Naccarato. 
  • Par ailleurs, les inégalités sociales font que « les populations des pays les plus vulnérables n’ont pas toutes les mêmes capacités d’adaptation », analyse la responsable de campagne Climat d'Oxfam France.
  • « Ces deux grands paramètres font que tout le monde ne va pas être touché de la même manière », conclut-elle.

Une population plus pauvre va avoir moins de résilience. Elise Naccarato, responsable de campagne climat chez Oxfam France

Peut-on s’adapter à ces températures ? 

« Il n’y a pas que la température qui compte », analyse Élise Naccarato. « En fonction du niveau d’humidité, le ressenti de température n’est pas du tout le même », poursuit-elle. Au printemps 2022, le Pakistan et le nord de l’Inde ont connu une canicule inédite, avec des températures frôlant parfois les 50°C. Couplé à un taux d’humidité pouvant atteindre 50% à 60%, l’épisode caniculaire est beaucoup plus dangereux car « il n’y a plus de transpiration possible », expliquait Fabio D’Andrea, chercheur au CNRS au laboratoire de météorologie dynamique de l’Ecole normale supérieure de Paris, dans une interview au quotidien français Libération le 28 avril 2022.

Quelles répercussions pourrait avoir une hausse des températures de 2,7°C ? « En France, une trajectoire de +2,7°C à l’échelle globale se traduirait par jusqu’à 95 jours de canicule d’affilée en région parisienne par an, contre 7 jours en moyenne aujourd’hui », rappelle Élise Naccarato. Cette hausse de température se manifeste de deux manières différentes. « D’une part, il y a l’augmentation des événements climatiques extrêmes, comme les inondations, la sécheresse, les vagues de chaleur, les feux de forêts, … » énumère-t-elle. Ensuite, « cela a pour conséquences la désorganisation de nos systèmes sociaux », poursuit-elle. Cela se traduit par des perturbations au niveau « de l’agriculture, de nos villes, de nos transports », continue la responsable de campagne climat.  

Techniquement, on sait éteindre un incendie, mais on n’est pas organisé pour.Elise Naccarato, responsable de campagne climat chez Oxfam France

Comment est-ce que cela se traduit concrètement ? « Actuellement en France, les pompiers sont organisés pour gérer des feux de forêt intenses dans le sud-est du pays de mi-juillet à mi-août », explique Élise Naccarato. « En 2022, les feux de forêt intenses ont duré de mi-juin à mi-septembre, dans toute la France », rappelle-t-elle. Selon elle, cela montre que « les systèmes de préventions des incendies ne sont pas organisés pour des événements climatiques de cette ampleur. » « Techniquement, on sait éteindre un incendie, mais on n’est pas organisé pour », conclut-elle.

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Anticipation et atténuation

Est-il possible d’apprendre à vivre avec des températures plus élevées de 2,7°C ? « Il y a deux leviers qui sont indispensables dans l’adaptation », note Élise Naccarato. « La première chose, c’est l’anticipation. » « Aujourd’hui, on n’a pas de politique d’adaptation qui anticipe vraiment comment ça va se passer dans 20 ou 30 ans », déplore la responsable de campagne Climat d'Oxfam France. « Par exemple, si l’on construit un tramway, on ne prends pas en compte le fait que demain il fera 50°C pendant 2-3 mois par an », explique-t-elle. Une meilleure prise en compte des réalités futures représente donc un levier d’adaptation primordiales aux températures à venir. 

« Par ailleurs, l’adaptation ne peut pas aller sans l’atténuation », poursuit Élise Naccarato. À travers ce terme, la responsable de campagne climat chez Oxfam France fait référence à la réduction des émissions de gaz à effets de serre (GES). Selon elle, l’anticipation des effets du réchauffement climatique est inutile si elle n’est pas accompagnée de réduction des émissions de GES. Au contraire, « ça ne fera qu’aggraver la crise. » 

Tant qu’on continue à émettre tellement de gaz à effet de serre et à empirer les choses, c’est dérisoire.Martine Rebetez, professeure de climatologie à l’Université de Neuchâtel

Martine Rebetez, professeure de climatologie à l’Université de Neuchâtel, partage cet avis. Sur le plateau de TV5MONDE en juillet 2022, elle explique que, « le moins cher et le plus facile, ca serait de passer aux énergies renouvelables et renoncer aux énergies fossiles. » « Par exemple résoudre le problème d’une inondation dans une cave, la première chose à faire serait d’éteindre le robinet grand ouvert plutôt que d’évacuer l’eau », détaille-t-elle pour illustrer son propos. « Tant qu’on continue à émettre tellement de gaz à effet de serre et à empirer les choses, c’est dérisoire », estime-t-elle. 

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Ce qu’il s’est passé avec les feux et les canicules était prévu dans les scénarios du GIEC.Elise Naccarato, responsable de campagne climat chez Oxfam France

Élise Naccarato dénonce aussi le manque de réaction de la part des autorités. Selon elle, « concrètement, on sait ce qu’il va arriver, il n’y a pas de surprises. » « Ce qu’il s’est passé avec les feux et les canicules était prévu dans les scénarios du GIEC », explique-t-elle.  « Il faut choisir de s’organiser en conséquence. » 

Dans son rapport, le GIEC insiste sur la nécessité de réduire les émissions de GES. « Les émissions devraient déjà diminuer et devront être réduites de près de moitié d’ici 2030, si l’on veut limiter le réchauffement à 1,5°C », expliquent les auteurs du rapport. Pour y parvenir, ils suggèrent notamment de diminuer les émissions de méthane, qui a un pouvoir réchauffant beaucoup plus élevé que le CO2. Il est majoritairement émis par la production d'énergies fossiles.