Environnement : la vie de 2 milliards de personnes menacée par le réchauffement climatique

Une étude publiée par le journal scientifique Nature Sustainability indique que la hausse des températures menace la vie de près de deux milliards de personnes si rien n’est fait. Comment expliquer qu’autant de personnes soient concernées ? Ce nombre peut-il être limité ? Décryptage

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Climat Nigeria

Au Nigeria, près de 600 millions de personnes pourraient avoir leur vie en danger en raison de la hausse des températures d'ici la fin du siècle. 

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« D’ici la fin du siècle (2080-2100), les politiques actuelles conduisant à un réchauffement climatique de +2,7°C pourraient laisser un tiers de la population de la planète en dehors de la niche climatique ». Dans une étude intitulée « quantifier le coût humain du réchauffement climatique »  publiée le 22 mai dans la revue Nature Sustainability, des scientifiques alertent sur les conséquences potentiellement mortelles du réchauffement climatique sur deux milliards de personnes. 

Pourquoi la hausse des températures est-elle dangereuse ?

Le rapport dresse la liste de plusieurs conséquences de la hausse des températures. Les fortes températures ont ainsi des impacts sanitaires. Elles sont responsables de « conséquences négatives sur les grossesses et de la hausse de la mortalité », indique l’étude de Nature Sustainability.  Si la chaleur est associée à une hausse du taux d’humidité, elle devient plus dangereuse. Au printemps 2022, le Pakistan et le nord de l’Inde ont connu une canicule inédite, avec des températures frôlant parfois les 50°C. Couplé à un taux d’humidité pouvant atteindre 50% à 60%, l’épisode caniculaire est beaucoup plus dangereux car « il n’y a plus de transpiration possible », expliquait Fabio D’Andrea, chercheur au CNRS au laboratoire de météorologie dynamique de l’École normale supérieure de Paris, dans une interview au quotidien français Libération en avril 2022. La transpiration a pour fonction de refroidir le corps.

Celles-ci « diminuent la productivité au travail, la performance cognitive, l’apprentissage. » Interrogée par le quotidien français Le Figaro en juin 2021, la chercheuse à l’Organisation Internationale du Travail Catherine Saget explique que « à partir de 24-25 degrés, les études physiologiques montrent qu’il fait trop chaud pour travailler à un rythme normal. » Ainsi, plus la température augmente, moins la productivité est importante. 

Par ailleurs, l'étude indique que « les fortes températures peuvent aussi générer des conflits et des migrations vers des zones où la température est moins élevée. » En effet, la hausse des températures ne touche pas la planète de la même manière. En mars 2023, Élise Naccarato, responsable climat chez Oxfam France expliquait à TV5MONDE que « par exemple, +2,7°C au niveau mondial, cela signifie +4°C en Europe occidentale. » En même temps, « il y a des endroits dans le monde qui sont plus vulnérables géographiquement à certains phénomènes climatiques », explique-t-elle. 

En France, une consultation citoyenne pour réfléchir aux moyens d’adaptation

  • Le gouvernement français lance ce 23 mai une consultation citoyenne pour définir une nouvelle stratégie visant à adapter le pays aux enjeux du réchauffement climatique. 
  • Il s’agit de réfléchir aux manières de vivre dans un pays plus chaud de 4°C d’ici la fin du siècle. 
  • Cette consultation publique durera jusqu'à la fin de l'été pour définir la trajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptation de la France (TRACC), sur lequel le gouvernement basera le prochain plan d'adaptation français au changement climatique (PNACC). 
  • Ce plan est attendu pour la fin de l'année 2023.

Les experts de l’étude de Nature Sustainability ont identifié plusieurs pays où la hausse des températures sera ressentie de manière plus grave au sein de la population. En tête du classement, il y a l’Inde, où en 2100, près de 600 millions de personnes seront à risque. Vient ensuite le Nigeria, où 300 millions de personnes seront concernées, puis l’Indonésie (100 millions de personnes), les Philippines et le Pakistan (80 millions de personnes), les pays du Sahara et du Sahel et le Niger. 

La catastrophe peut-elle être évitée ? 

Selon les estimations des chercheurs, avec chaque 0,10°C supplémentaire, 140 millions de personnes en plus sont exposées à une chaleur dangereuse. L’étude précise toutefois que « lors de l’évaluation des risques, il est important d’envisager les scénarios les plus défavorables. » C’est pour cela qu’ils ont montré que si la tendance actuelle se poursuivait, la vie de 2 milliards de personnes serait menacée d’ici la fin du siècle. Cependant, ce n’est pas la seule alternative possible. 

« Globalement, passer d’un réchauffement de +2,7°C comme c’est le cas avec les politiques actuelles à la réalisation de l’objectif de +1,5°C de l’accord de Paris réduit l’exposition des populations aux fortes chaleurs de 22% à 5% », indiquent les scientifiques dans l’étude.

Pour rappel, l’accord de Paris est un traité sur le climat qui vise à maintenir la hausse de la température moyenne en dessous de 2°C par rapport à l’époque pré-industrielle, en limitant cette augmentation à 1,5°C. Ainsi, en suivant les objectifs fixés lors de la COP21, au lieu de 2,8 personnes laissées en dehors de la niche climatique, 1,3 milliard de personnes seraient concernées. 

« Ainsi, chaque diminution de 0,3 °C du réchauffement à la fin du siècle réduit l'exposition à la chaleur de 4,3 %, ce qui concerne 410 millions de personnes. » En résumé, si les dirigeants font en sorte de respecter les engagements pris lors de la COP21, moins de personnes seront mises en danger par la hausse des températures.