Environnement : le blanchissement des coraux va-t-il tuer les océans ?

Les océans sont actuellement concernés par un nouvel épisode de blanchissement des coraux. Ce phénomène est lié au réchauffement des océans. Qu’est-ce que cela signifie et quelles peuvent en être les conséquences ? 

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coraux

Un "Fort Corail" fait de pailles biodégradables, utilisé par les chercheurs pour éviter que les coraux cultivés en laboratoire deviennent de la nourriture pour les poissons.

Chris Gug/phade® by WinCup, Inc. via AP
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C’est la deuxième fois en dix ans que cela se produit. Un épisode massif de blanchissement des coraux du fait de températures océaniques records est actuellement en cours, alerte l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA).  "Alors que les océans continuent de se réchauffer, le blanchissement des coraux devient de plus en plus fréquent et grave", alerte le coordinateur de l'observatoire des récifs coralliens de la NOAA, Derek Manzello.

Pourquoi les coraux blanchissent-ils ? 

En raison de l'augmentation de la température de l'eau, le blanchissement des coraux se traduit par une décoloration. Il peut mener à la mort de ces organismes vivants en cas d'exposition prolongée ou sévère au stress thermique.

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Jean-Pierre Gattuso, chercheur au CNRS et au laboratoire d’océanographie de Villefranche-sur-mer explique que lorsque les coraux sont soumis à un stress, “essentiellement lié à des températures extrêmes, leur réponse est d'expulser des algues qui vivent à l'intérieur de leurs tissus.” L'évacuation de ces algues est ce qui va donner la couleur blanche au corail, car il ne restera que son squelette, en calcaire, de visible. Or ces algues sont nécessaires à la survie des coraux car “elles leur fournissent de la nourriture” poursuit le chercheur. 

Depuis les années 1980, les scientifiques constatent une augmentation de la fréquence, de l’intensité et de l’étendue des épisodes de blanchissement à travers le monde.

Plateforme Océans et Climat

Depuis les années 1980, les scientifiques constatent une augmentation de la fréquence, de l’intensité et de l’étendue des épisodes de blanchissement à travers le monde, indiquait en 2019 la Plateforme Océans et Climat. En cause, une hausse “record” de la température de surface des océans due au réchauffement climatique, combinée au renforcement du phénomène El Niño.” En résumé, le blanchissement des coraux est une autre conséquence du réchauffement climatique. 

Quelles conséquences cela peut avoir ? 

Il y a quelques années, sur la grande barrière de corail en Australie, 30% des coraux sont morts”, rappelle Jean-Pierre Gattuso. Selon lui, une dizaine voire une quinzaine d’années sont nécessaires au récif corallien pour revenir à la normale après un stress comme ça. Or, “avec ce qui se passe ces dernières décennies, la fréquence et l'intensité de ces épisodes de température extrême, ces canicules marines augmentent, analyse le scientifique. Et donc on conçoit facilement que les coraux et les récifs coralliens n’ont plus le temps de se remettre en bon état.

Si le stress dure trop longtemps, c’est-à-dire une dizaine ou une quinzaine de jours, les coraux vont mourir.

Jean-Pierre Gattuso, Chercheur au CNRS

Si le stress dure trop longtemps, c’est-à-dire une dizaine ou une quinzaine de jours, les coraux vont mourir” poursuit Jean-Pierre Gattuso. 

Les conséquences de tels phénomènes sont multiples. Cela peut affecter les écosystèmes océaniques, mais également les populations humaines en affectant leur sécurité alimentaire et les économies locales, via le tourisme.

Les récifs coralliens sont de formidables barrières contre les faits destructeurs des houles, des vagues, des tempêtes”, énumère le scientifique. Les récifs coralliens contribuent grandement à la sécurité alimentaire car des poissons ou mollusques pêchés par les populations locales vivent sur ces récifs. “Il y a aussi des poissons qui vivent au large, qui sont adultes mais qui viennent se reproduire dans les récifs”, poursuit le chercheur. En somme, il s’agit de “formidables réservoirs de biodiversité”, comparable à ce que peut être une forêt tropicale à terre. 

Enfin, les récifs de coraux peuvent être un attrait touristique dans la mesure où “les plongeurs dépensent beaucoup d'argent pour se rendre dans des récifs coralliens et voir des récifs en merveilleux états, note Jean-Pierre Gattuso. Ça génère une économie extrêmement importante.” 

Quelles solutions ? 

Bonne nouvelle, le blanchissement des coraux n’est pas irréversible. “Pour inverser le phénomène, il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre, puisque ce sont elles qui génèrent ces températures extrêmes”, explique Jean-Pierre Gattuso.

(Re)voir Égypte : les coraux de mer Rouge semblent résister au réchauffement climatique

Ensuite, “il y a une deuxième approche qui peut être utilisée localement, mais qui ne remplace pas la première, poursuit-il. C'est d'essayer de favoriser la résilience des coraux ou leur restauration.” Pour se faire, il est possible de “récupérer des coraux à un endroit ou les élever très jeunes en conditions contrôlées, pour après les repositionner sur un récif qui a été dévasté”, détaille le chercheur. 

Cette restauration a peu de chances de succès si les concentrations de CO2 dans l’eau continuent d’augmenter.

Jean-Pierre Gattuso, Chercheur au CNRS

Mais cette solution n’est pas sans risque. En septembre 2023, des cultivateurs de coraux de Floride ont subi de lourdes pertes en raison des hausses de températures dans l’eau, explique Jean-Pierre Gattuso. De ce fait, “cette restauration a peu de chances de succès si les concentrations de CO2 dans l’eau continuent d’augmenter.” 

(Re)voir L'éclosion des coraux, un signe encourageant face aux changements climatiques [LeMémo]

Par ailleurs, cette méthode est difficilement réalisable à grande échelle. “On peut restaurer l'équivalent d'un terrain de football chaque année, mais il est impossible de restaurer un récif corallien comme la Grande Barrière de Corail, qui fait 2 000 km de long”, précise le scientifique. Ainsi, “même au niveau des solutions, même si on diminue les émissions de gaz à effet de serre, cela reste assez limité, conclut-il. C'est difficile de réparer ce qui a déjà été cassé.