France : Emmanuel Macron annonce son "plan eau"

Emmanuel Macron dévoile son "plan de sobriété" sur l'eau pour tous les secteurs économiques mais aussi pour les particuliers qui pourraient payer plus cher s'ils consomment trop d'eau. Il a développé ce plan d’une cinquantaine de mesures à Savines-le-Lac, dans le sud de la France, dans le décor du plus grand réservoir d'eau douce d'Europe de l'Ouest
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Emmanuel Macron annonce son plan de sobriété pour l'eau à Sainte Savines-le-lac
Emmanuel Macron annonce son plan de sobriété pour l'eau à Sainte Savine-le-Lac ce 30 mars 2023.
© Sébastien Nogier, Pool via AP
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Ce plan de sobriété passe tout d’abord par une meilleure utilisation d’une ressource de plus en plus rare a déclaré le président. Emmanuel Macron a annoncé la mise en place d'un objectif de 10% de réutilisation des eaux usées d'ici 2030, le premier, alors que la France est très en retard sur ce sujet. 

Réutilisation de l’eau

Redoutant "des situations de grand stress l'été prochain" sur cette ressource menacée par le réchauffement climatique, il a souhaité la réutilisation de "300 millions de mètres cubes, soit 3 piscines olympiques par commune (...) ou 3.500 bouteilles d'eau par Français et par an".

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Emmanuel Macron a promis 180 millions d’euros par an pour résorber "en urgence" les fuites en France. En France, "un litre d'eau sur cinq est perdu en raison des fuites, c'est inacceptable", a-t-il déclaré en ajoutant que dans certaines zones cela atteint même un litre sur deux.

"C'est une situation aberrante qu'on doit corriger en urgence", estime le président, jugeant que cela est "le fruit d'un sous-investissement historique".

Pour y répondre et accompagner les territoires les plus vulnérables, 180 millions d'euros par an "d'aides supplémentaires des agences de l'eau seront dédiés au petit cycle de l'eau" dès 2024, est-il indiqué dans le plan. Des fonds qui "seront confirmés chaque année pour résorber les points noirs et nous permettre d'avancer", ajoute Emmanuel Macron. Le plan précise que ces aides aux collectivités seront "conditionnées à des objectifs de performance de gestion de leur patrimoine".

Ces "points noirs" où les taux de fuite sont supérieurs à 50%, sont au nombre de 170 en France, indique l'exécutif sans préciser exactement où ils se situent.

Modernisation des réseaux

Des travaux de sécurisation seront également réalisés dans les 2.000 communes qui se sont retrouvées proches d'une situation de rupture d'approvisionnement en eau potable lors de la sécheresse de l'été dernier.

Ces investissements visent plus globalement à moderniser les réseaux de transports de l'eau en France, qui pour la plupart datent des années 1950 ou 1960, avec pour objectif "d'organiser la sobriété au plus près des territoires".

En octobre 2022, une étude économique mandatée par l'Union des Industries de l'Eau (UIE) chiffrait à 4,6 milliards d'euros les besoins annuels supplémentaires pour moderniser et décarboner les infrastructures de l'eau, de l'assainissement et de la récupération des eaux de pluie.

L'été dernier, un document de l'Observatoire des services publics d'eau et d'assainissement et de l'Office de la biodiversité (OFB) indiquait que plus de 937 millions de mètres cubes d'eau avait été perdus sur l'année 2020 en raison des fuites, soit "l'équivalent de la consommation annuelle d'environ 18 millions d'habitants".

Responsabilisation de chacun

"Un plan de sobriété sur l'eau" sera demandé "à chaque secteur" d'"ici à l'été", a prévenu Emmanuel Macron appelant à la responsabilisation de chacun et pas seulement de l'agriculture, première consommatrice d'eau via l'irrigation (plus de 2 milliards de m3), pratiquée seulement sur 7% des surfaces cultivées mais le plus souvent en été, quand la ressource est rare.

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Après une canicule et une sécheresse historiques à l'été 2022, l'hiver en France a été particulièrement sec avec un record de 32 jours sans pluie, ce qui n'a pas permis de reconstituer les nappes phréatiques, pour 80% en dessous des normales au 1er mars.

"EcoWatt de l'eau"

Le président a cité "l'énergie, l'industrie, le tourisme, les loisirs" mais les particuliers seront également priés de limiter leur consommation, à l'aide d'un "EcoWatt de l'eau" sur le modèle de l'instrument mis en place pour réduire la consommation d'électricité pendant l'hiver. Ils y seront encouragés par la généralisation en France d'une "tarification progressive et responsable" de l'eau. Les "premiers mètres cubes" seront "facturés à un prix modeste, proche du prix coûtant", mais "au-delà d'un certain niveau, le prix du mètre cube sera plus élevé".

Adapter les centrales nucléaires

Emmanuel Macron a annoncé également un plan d'investissement - non encore chiffré - pour adapter au réchauffement climatique les centrales nucléaires, troisièmes consommatrices d'eau du pays, qui vont désormais devoir fonctionner "beaucoup plus en circuit fermé" pour se refroidir.

La production d'électricité est à l'origine de 51% des prélèvements d'eau en France, et de 12% de la consommation, a rappelé le président de la République. "On doit adapter nos centrales nucléaires au changement climatique en engageant un vaste programme d'investissement pour faire des économies d'eau et permettre de fonctionner beaucoup plus en circuit fermé", a-t-il détaillé.

Concernant le secteur hydro-électrique, et les barrages qui souffrent d'une baisse de leur niveau de remplissage avec les sécheresses, le président a souhaité que s'engage "un dialogue de territoire" pour "définir les règles les plus adaptées au partage du bien commun".

Plus globalement dans l'industrie, Emmanuel Macron a annoncé une réunion prochaine des "50 sites" industriels "qui ont le plus grand potentiel de baisse de consommation d'eau" pour "travailler avec eux sur un plan d'investissement pour faire des économies d'eau".

Il a notamment cité les secteurs émergents des productions de batterie et d'hydrogène qui auront "besoin de quantités importantes d'eau". "Nous allons intégrer dans les stratégies d'investissement la sobriété en eau", a-t-il dit.

Manifestations

Quelques jours après la violente manifestation contre la mégabassine de Saint-Soline (Deux-Sèvres), il a validé leur utilité, tout en disant vouloir mieux en "répartir les usages" et conditionner leur utilisation à des pratiques d'économies d'eau et de pesticides.

Attendu au lac de Serre-Ponçon par quelque 200 manifestants contre la réforme des retraites, qui scandaient "Macron démission" encadrés par la CGT et la Confédération paysanne, Emmanuel Macron a estimé que cette contestation "ne (l')empêche pas d'aller à la rencontre des Français".
 
Environ 200 manifestants attendaient Emmanuel Macron ce 30 mars au lac de Serre-Ponçon. 
Environ 200 manifestants attendaient Emmanuel Macron ce 30 mars au lac de Serre-Ponçon. 
© Ap Photo/Sébastien Nogier
"Il détourne l'attention, il sait très bien le faire, des vrais sujets", regrette Julie, une manifestante de 40 ans venue de la commune voisine de Guillestre. Deux manifestants ont été interpellés avant même l'arrivée du chef de l'État qui ne s'est quasiment pas déplacé dans le pays depuis la présentation en janvier de la réforme phare de son second quinquennat, prévoyant le recul à 64 ans de l'âge légal de départ à la retraite.
 
Dans le décor du plus grand réservoir d'eau douce d'Europe de l'Ouest, Emmanuel Macron a défendu la mise en place de bassines, qui pompent pendant l'hiver l'eau des nappes phréatiques afin que les agriculteurs puissent arroser leurs cultures l'été.

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"Il ne s'agit pas de privatiser l'eau ou de permettre à certains de se l'accaparer", a-t-il déclaré, mais il a demandé que les futurs ouvrages soient conditionnés à des "changements de pratiques significatifs", à commencer par des économies d'eau et une réduction de l'usage des pesticides par les agriculteurs.

Ces grands réservoirs à ciel ouvert braquent des écologistes et une partie du monde agricole, qui dénoncent un "accaparement" d'un "bien commun".

Samedi 25 mars, la manifestation contre une de ces bassines à Sainte-Soline a donné lieu à des affrontements d'une extrême violence entre militants et forces de l'ordre. Des milliers de gens étaient "simplement venus faire la guerre", a commenté Emmanuel Macron, condamnant des "violences inacceptables".

Cette stratégie de gestion de l'eau devait initialement être présentée par la Première ministre Élisabeth Borne. Mais le président, qui a fait de l'écologie, l'école et la santé ses prochaines priorités pour tenter de sortir de la crise des retraites, lui a finalement volé la vedette avec un déplacement annoncé au dernier moment.

Les experts climat anticipent une diminution de 10% à 40% de la ressource en eau, jusqu'ici abondante dans le climat tempéré de la France, dans les prochaines décennies.