Guyane : malgré les pontes, la survie des tortues marines est toujours menacée

La saison des pontes des tortues marines touche à sa fin en Guyane. Malgré une augmentation globale des pontes, l'année 2023 est marquée par une chute drastique des naissances et d'éclosion, alertent scientifiques et activistes de l’environnement. En cause : la pression humaine et le changement climatique.

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Photo d'illustration. Une tortue luth sur une plage en Guyane.

Communiqué Réseau tortues marines/Rachel Berzins
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"Des pontes en hausse, mais des menaces encore nombreuses", résume le Réseau tortues marines de Guyane dans son bilan 2023. C’est un sacré paradoxe. La Guyane, département français situé en Amérique du Sud, est un haut-lieu de reproduction des tortues marines. Pourtant, sur les quinze dernières années, le déclin de ces reptiles reste fort.

Même s'il estime "encourageant" le suivi des pontes réalisé cette année sur les deux principaux lieux de reproduction du littoral guyanais, - la plage d'Awala-Yalimapo à l'ouest et celles de l'agglomération cayennaise - le Réseau tortues marines de Guyane s’inquiète. 

Benoît de Thoisy, président de l'association Kwata, qui oeuvre pour la conservation des tortues marines, se montre lui aussi inquiet. Malgré une augmentation des pontes cette saison, le nombre d'émergences (naissances) est particulièrement faible, du "jamais vu" souligne-t-il. Avec un tel volume de pontes, "nous aurions dû voir quotidiennement des émergences. Or, pendant des semaines, nous n'en avons pas vu une seule. Une saison de pontes est morte dans le sable, il manque des milliers de tortues", indique-t-il à l'AFP.

La tortue luth va-t-elle disparaitre ? 

"Sur les deux, trois dernières années, nous assistons à une hausse des pontes. En revanche, sur une temporalité plus longue - la plus importante car les tortues vivent longtemps -, on distingue une forte diminution ces quinze dernières années de la tortue verte et une quasi-disparition de la luth", avertit aussi de son côté  Laurent Kelle, directeur du WWF Guyane.

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Dans le détail, les tortues luths, les plus menacées, ont pondu deux fois plus avec 1.715 nids recensés contre 828 en 2022. Les populations de cette imposante tortue ont reculé de 90% dans la région des Guyanes et ont frôlé l'extinction en 2020 avec 160 pontes recensées dans le département français alors que la plage d'Awala-Yalimapo était "le plus gros site de ponte" au monde dans les années 1980 avec des dizaines de milliers de pontes.

Selon le WWF, il y a urgence à agir, notamment pour les luths. Leur situation est si critique qu'une écloserie a été inaugurée en mai. Ce dispositif, qui mime des conditions naturelles et devrait durer "au moins trois ans", a permis l'émergence d'un cinquième des luths nées cette année dans la réserve naturelle de l'Amana, créée en 1998 pour sauvegarder cette espèce emblématique de la Guyane.

Quelles sont les espèces de tortues marines présentes en Guyane ? 

- la tortue luth : cette année, l'espèce a pondu deux fois plus avec 1.715 nids recensés contre 828 en 2022. Elle peut mesurer plusieurs mètres à l'âge adulte. Cette espèce est sérieusement menacée, notamment par la pêche illégale. Sa population a reculé de 90% dans la région des Guyanes et de 97% spécifiquement sur la plage d'Awala-Yalimapo en Guyane française. 

la tortue verte : se concentre à 94% à l'ouest du territoire. Cette année, l'espèce montre également des chiffres encourageants avec 1.945 nids recensés contre 1.727 l'année dernière. 

la tortue olivâtre : présente uniquement à l'est du territoire. Ses pontes sont quasiment égales avec la torture verte. 3.675 nids cette année contre 3.723 en 2022. 

Réchauffement climatique et surpêche illégale 

L’hécatombe qui touche les tortues marines serait due à des taux de mortalité très importants pendant la période d'incubation des œufs. La chaleur, particulièrement élevée cette année sous l'effet du phénomène El Niño, couplée au réchauffement climatique global, en serait responsable. 

Dans la zone de l'ouest transfrontalière avec le Suriname, la pression humaine sur les tortues est forte. Cette saison, 55 nids ont été braconnés et quatre individus interpellés pour ces faits.

Mais ce sont surtout les captures accidentelles de pêcheurs illégaux, "responsables de 30% des échouages" d'après le Réseau tortues marines, qui représentent la plus grande menace. "Comme il faut 1.000 œufs pondus pour un individu adulte, c'est ce stade qui est le plus critique pour la reproduction de l'espèce. L'enjeu est donc de protéger les individus adultes dans l'eau", explique encore Laurent Kelle.

Une zone de non-pêche a bien été instaurée il y a vingt ans dans l'estuaire du Maroni "mais elle n'est pas respectée faute de surveillance suffisante", poursuit Laurent Kelle. "On espère qu'il y aura plus de contrôles pour la saison 2024."