Mayotte : la pénurie d'eau potable met en péril les écoles

L'archipel français de l'océan Indien manque d'eau deux jours sur trois. Une situation sanitaire grave qui rend la vie quotidienne impossible et compromet la rentrée scolaire. À Mayotte, quand l'école n'a pas d'eau : tous les élèves sont renvoyés chez eux.

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A Mayotte, au près d'une pompe à eeau dans le quartier de Bandrajou à Mamoudzou, Mayotte, en février 2021

A Mayotte, au près d'une pompe à eau dans le quartier de Bandrajou à Mamoudzou, Mayotte, en février 2021.

© AP Photo/ Sony Ibrahim Chamsidine
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Le préfet Thierry Suquet anticipe "encore six à huit semaines" difficiles durant lesquelles "tout le monde" devra "faire des efforts".

Les autorités ont fait le point sur la grave crise qui frappe le petit archipel français de l'océan Indien lors d'un "comité de suivi de la ressource en eau" présidé par le ministre délégué chargé des Outre-mer, Philippe Vigier, en déplacement sur le territoire mahorais les 27 et 28 septembre.

Le département le plus pauvre de France est soumis à sa plus importante sécheresse depuis 1997, alors que son approvisionnement dépend largement des eaux pluviales.

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Coupures d'eau

Les déficits pluviométriques y sont aggravés par un manque d'infrastructures et d'investissements dans un territoire qui, sous pression de l'immigration clandestine venue notamment des Comores voisines, connaît une croissance démographique de 4% par an.

Pour y faire face, l'État a intensifié les coupures d'eau ces derniers mois. Depuis le 4 septembre, la population mahoraise (310.000 habitants au 1er janvier 2023, selon l'Insee) est privée d'eau deux jours sur trois.

Fermetures d'écoles

En ce jour de fin septembre, l'école de Tsingoni, dans l'ouest de Mayotte, doit encore fermer ses portes. "C'est au moins la quatrième fois qu'on vient nous voler l'eau des cuves !", peste Saïd Abdallah, instituteur sur cette île qui s'enfonce dans une très grave crise.

Même avec 700 élèves, l'école maternelle et élémentaire n'est pas raccordée au "chemin de l'eau", un raccordement mis en place pour desservir en continu la majorité des établissements scolaires et les centres de soins mahorais.
Comme dans une trentaine d'autres écoles selon le gouvernement, des cuves de 1.000 litres y ont été installées, et elles suscitent la convoitise.

Même s'ils sont alimentés en eau, les établissements sont parfois contraints de fermer. La plupart des collèges, lycées et écoles de Petite-Terre et des communes autour de Mamoudzou ont dû évacuer leurs élèves le 21 septembre. En cause : des analyses non conformes, indiquant que la potabilité ne peut être garantie.

"Cette alerte nous inquiète, c'est la deuxième sur le territoire", relevait auprès de l'AFP le recteur de l'académie de Mayotte, Jacques Mikulovic, en fin de semaine dernière.

Les analyses sont redevenues normales au cours du weekend, selon l'agence régionale de santé (ARS).

Potabiliser l'eau

Pour le rectorat, l'enjeu est d'anticiper "les éventuelles inconformités de longue durée" de la qualité de l'eau. Que faire ? Impossible d'acheminer des bouteilles en plastique en nombre suffisant pour tous les élèves... "Il faudrait six conteneurs d'eau par jour. La logistique portuaire ne permet pas ce mouvement", note le recteur, qui souhaite "s'équiper de matériels venus de métropole pour potabiliser l'eau".

Beaucoup d'élèves se plaignent de douleurs au ventre. Bruno Dezile, secrétaire général de la CGT Educ'action Mayotte.

Jacques Mikulovic envisage aussi de mettre en place une alternance d'élèves pour désengorger les établissements, en sureffectif. "Quand il y a 600 élèves dans un collège et 1.000 dans un lycée en métropole, c'est à peu près trois fois plus ici", remarque Bruno Dezile, secrétaire général de la CGT Educ'action Mayotte.

Crainte d'une crise sanitaire

Le responsable syndical craint surtout une crise sanitaire : "Beaucoup d'élèves se plaignent de douleurs au ventre. Et il y a de gros problèmes d'hygiène dans plusieurs établissements".

Ceux qui bénéficient du "chemin de l'eau" ne sont pas forcément épargnés, fait valoir le syndicat d'enseignants du second degré Snes-FSU. Cela "n'empêche pas les défaillances et la consommation d'eau non potable par les usagers et les personnels". "Quand on n'est plus en capacité de fournir de l'eau potable aux élèves, il faut fermer, ce n'est plus possible", exhorte Bruno Dezile (CGT).

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Mais pour le recteur, il serait "dramatique de fermer totalement les établissements".

"Ce ne sera le cas que si le chemin de l'eau ne peut plus être approvisionné", précise-t-il. Un scénario qui n'est pas envisagé à ce stade. "Cela doit tenir", veut croire Jacques Mikulovic. "Mais nous ne le saurons qu'à l'épreuve des faits, mi-novembre", avec le retour de la saison des pluies.

Situation critique à l'hôpital

Le ministre délégué s'est rendu au Centre hospitalier de Mayotte (CHM), soumis à de grandes difficultés en raison du manque d'effectif chronique, des violences et de la crise de l'eau. "J'ai senti une immense détresse chez les soignants", a confié à la presse Philippe Vigier.

Dans la matinée, quelque 400 personnes, selon une journaliste de l'AFP, avaient manifesté dans le centre de Mamoudzou pour faire entendre leur indignation face à la crise de l'eau.