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Affaire Benalla : la CNIL saisie suite au profilage politique de comptes Twitter par une ONG belge

L'étude de DisinfoLab sur le "gonflage" des tweets par des comptes twitter "russophiles" dans l'affaire Benalla n'était pas complète. La version finale et ses méthodes ont créé une vague d'indignation. L'ONG belge a rendu public un fichier contenant 55 000 comptes twitter affiliés à des orientations politiques. La CNIL a été saisie.

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C'est une étude très contestée et politiquement explosive par ses méthodes qui a été produite par une ONG belge spécialisée dans la réputation et la diffusion de l'information sur Internet : EU Disinfo Lab. Son objet ? Démontrer qu'une toute petite partie de comptes twitter ont produit à eux seuls la majorité des tweets traitant de l'affaire Benalla. Et que ces comptes étaient majoritairement "russophiles" avec pour vocation de "déstabiliser l'exécutif français".

> Lire notre article : "Affaire Benalla : un scandale qui éclabousse le sommet de l'Etat"

La première étude, bien que partielle, publiée début juillet sous le titre "Affaire Benalla sur les réseaux sociaux : où la résurrection des partis de l’opposition", a déclenché des réactions politiques dont celle de la majorité par la voix du porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, qui a alors demandé que « toute la transparence soit faite » sur ces messages [twitter]. Face aux critiques de tous bords sur les conclusions de cette étude incomplète, l'ONG a fini par publier sa version finale : "Affaire Benalla : les ressorts d'une hyperactivisme sur Twitter". Cette publication pose  de nombreux problèmes. Le premier est sa méthode et les biais qu'elle comporte (lire l'article des décodeurs du Monde : "L’impossible quête des « bots russes » de l’affaire Benalla"), le deuxième, bien plus inquiétant, est la création d'un "fichier politique" de 55000 internautes ayant tweeté sur l'affaire Benalla.

Russosphère, affiliation politique et fichage

Face aux contestations de la validité des conclusions de son étude, qui pointait un gonflement de l'activité des tweets par des comptes "pro-Mélenchon", "pro-Rassemblement national"et "russophiles", dont des "bots" (faux comptes twitter automatisés), Disinfo Lab a donc décidé de publier un rapport complet et admis qu'il n'y avait pas eu d"'ingérence russe" par Twitter durant l'affaire Benalla. Puis — par souci de transparence — l'ONG a mis à disposition un fichier de tableur en accès libre afin de dévoiler une partie des méthodes utilisées pour ses analyses. La surprise a été grande pour tous ceux qui sont allés consulter le fichier quand ils ont trouvé leur compte twitter avec le nombre de tweets correspondant à un engagement orienté politiquement, classé en 4 grandes catégories :
 

 
DisinfoLab a tenté de désamorcer le scandale en donnant des explications dans un tweet :
Ce classement "des plus actifs" dans l'affaire Benalla (lien pour accèder aux deux fichiers), relié à des critères de "désinformation russe" supposée, de "relais de rumeur présidentielle" ou aux "MacronLeaks" (comptes ayant relayé des vrais et faux mails de l'équipe d'Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle) n'est pas normalement autorisé, puisque les comptes ne sont pas anonymisés. La création d'un fichier de personnes, avec leur véritable identité ou même seulement celle de leur compte Twitter (facilement reliable à leur véritable identité et correspondant de toute manière à une activité en ligne personnelle) est visiblement en infraction avec la loi française et le nouveau Règlement général de protection des données (RGPD). Le fichage des 50 000 personnes actives sur Twitter opéré par DisinfoLab a donc de fortes chances d'être réprimandé. La Commission informatique et libertés (CNIL) a été débordée par de nombreuses plaintes et a annoncé s'être saisie de ce dossier épineux : 
 

Sur le site de la CNIL :