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Affaire Bygmalion : un an de prison ferme pour Nicolas Sarkozy, reconnu coupable de financement illégal

L'ancien président français, Nicolas Sarkozy, ici lors d'une cérémonie à l'Arc de Triomphe à Paris, le 11 novembre 2019, a été condamné à un an de prison ferme, jeudi 30 septembre, pour financement illégal de campagne. 
L'ancien président français, Nicolas Sarkozy, ici lors d'une cérémonie à l'Arc de Triomphe à Paris, le 11 novembre 2019, a été condamné à un an de prison ferme, jeudi 30 septembre, pour financement illégal de campagne. 
Ludovic Marin (AP)

L'ancien président français Nicolas Sarkozy a été déclaré coupable, jeudi 30 septembre, par le tribunal correctionnel de Paris, de financement illégal de sa campagne présidentielle de 2012, dans le dossier dit "Bygmalion". Il est condamné à un an ferme d'emprisonnement, une peine dont il va faire appel. 

La présidente du tribunal correctionnel de Paris a prononcé, jeudi 30 septembre, une peine d'un an ferme d'emprisonnement à l'encontre de l'ex-président, Nicolas Sarkozy.

Sa peine, supérieure aux réquisitions du parquet qui avait proposé un an dont six mois avec sursis, sera directement aménagée, a précisé le tribunal. 

Le président Sarkozy, avec qui je viens de m'entretenir au téléphone, m'a demandé de faire appel, ce que je vais faire immédiatement en sortant d'ici et, naturellement, le jugement ne sera pas exécutoire

Thierry Herzog, avocat de Nicolas Sarkozy

L'avocat de M. Sarkozy, Thierry Herzog, a indiqué, à la sortie de la salle d'audience, que l'ancien président comptait faire appel de la décision. 

"Le président Sarkozy, avec qui je viens de m'entretenir au téléphone, m'a demandé de faire appel, ce que je vais faire immédiatement en sortant d'ici et, naturellement, le jugement ne sera pas exécutoire. La cour d'appel, et c'est pour ça que les cours d'appel existent, dira le droit et nous aurons alors l'occasion d'en reparler."

Des peines allant de deux ans à trois ans et demi de prison, dont une partie avec sursis, ont été prononcées contre ses 13 coprévenus. 

L'ex-directeur-adjoint de la campagne présidentielle de 2012 Jérôme Lavrilleux a lui dit qu'il ne fera pas appel :"J'en ai marre, je ne pense pas avoir les ressources pour continuer longtemps à faire ça."

Le prévenu Nicolas Sarkozy, absent à l'audience jeudi 30 septembre, "a poursuivi l'organisation de meetings", après avoir été "averti par écrit du risque de dépassement" du plafond légal, a indiqué la présidente Caroline Viguier. "Ce n'était pas sa première campagne, il avait une expérience de candidat", a poursuivi la magistrate. 

M. Sarkozy encourt un an d'emprisonnement et 3.750 euros d'amende. Une peine d'un an de prison dont six mois avec sursis avait été requise à son encontre.

En mars, il était devenu le premier ancien président français (2007-2012) à être condamné à de la prison ferme (trois ans dont un ferme), pour corruption et trafic d'influence. Cette condamnation, dont il a fait appel, concernait l’affaire dite "des écoutes", dans laquelle il était poursuivi pour une tentative présumée de corruption d'un juge.

"La condamnation de Nicolas Sarkozy marque une étape dans l'indépendance de la justice"

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"Candidat désinvolte"

Pendant la campagne pour sa réélection à la tête de la France en 2012, Nicolas Sarkozy a été un "candidat désinvolte", demandant "un meeting par jour", des "shows à l'américaine" et a laissé filer les dépenses sans s'en préoccuper, avait soutenu le parquet dans son réquisitoire.

Un montage illégal entre le parti de la majorité d'alors, l'UMP, rebaptisé Les Républicains (LR) par M. Sarkozy par la suite, et la société organisatrice de meetings Bygmalion, aurait couvert cette campagne somptuaire.

Contrairement à ses 13 coprévenus (anciens cadres de la campagne et de l'UMP ainsi que de la société Bygmalion), Nicolas Sarkozy n'était pas mis en cause pour le système de double facturation imaginé pour masquer l'explosion des dépenses de campagne autorisées. 

Il n'était jugé que pour "financement illégal de campagne".

Mais il a "incontestablement" bénéficié de la fraude, disposant de moyens bien supérieurs à ceux que la loi autorisait, soit au moins 42,8 millions, près du double du plafond légal à l'époque.

Nicolas Sarkozy avait lui tout nié en bloc. "Une fable !", s'était-il emporté à la barre.

" Elle est où la campagne qui s'emballe ? Elle est où la campagne en or massif ? ", avait-il scandé, prenant tout le monde à partie.

La défense plaide la relaxe

"Il y a eu des fausses factures et des conventions fictives, c'est avéré". Mais "l'argent n'a pas été dans ma campagne, sinon ça se serait vu", avait martelé l'ancien président français, estimant que Bygmalion, fondé par des très proches de son rival Jean-François Copé, alors patron de l’UMP, s'était "goinfré" sur sa campagne.

Sa défense avait plaidé la relaxe. "Il n'a signé aucun devis, il n'a signé aucune facture, il a accepté toutes les restrictions qu'on lui a demandées. Il est loin d'être un candidat hystérique, insatiable", avait mis en avant son avocate Me Gesche Le Fur.

Contrairement à ses coprévenus présents tous les jours, Nicolas Sarkozy n'était venu à l'audience que pour son interrogatoire. Une façon de se placer "au-dessus de la mêlée" qui avait ulcéré le parquet.

La "totale désinvolture" de celui qui "ne regrette visiblement rien" est "à l'image de la désinvolture dans sa campagne", avait lancé la procureure Vanessa Perrée.

(Re)voir : France : le procès de l'affaire Bygmalion s'est ouvert sans Nicolas Sarkozy

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Une question en suspens

Révélé deux ans après la défaite de M. Sarkozy, le scandale avait entraîné des déflagrations politiques en série à droite.

"Il y a quatorze prévenus et presque autant de versions". La plupart "n'ont rien vu, rien su, rien entendu, ils ont été victimes de manipulations ou ont servi de fusibles", avait moqué le parquet, pour qui leur culpabilité ne "fait aucun doute". 

Une question, centrale, restera pourtant en suspens, avait admis la procureure. "Qui a ordonné le système? Nous n'avons pas assez d'éléments pour le démontrer".