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Affaire Carlos Ghosn : une fuite qui tourne au feuilleton

Carlos Ghosn, l'ex PDG de Renault-Nissan, sort du centre de détention de Tokyo, encadré de gardiens. Le tribunal de la capitale nippone avait alors approuvé sa requête de libération sous caution, puis rejeté l'appel du parquet. Tokyo, Japon, 25 avril 2019.
Carlos Ghosn, l'ex PDG de Renault-Nissan, sort du centre de détention de Tokyo, encadré de gardiens. Le tribunal de la capitale nippone avait alors approuvé sa requête de libération sous caution, puis rejeté l'appel du parquet. Tokyo, Japon, 25 avril 2019.
© AP / Eugene Hoshiko

Après des perquisitions au Japon, plusieurs arrestations en Turquie, les autorités japonaises ont officiellement condamné la fuite de Carlos Ghosn ce 5 janvier. N’ayant  aucune trace d’une sortie du territoire, elles soupçonnent l’ancien patron de Renault-Nissan d’avoir utilisé « des moyens illégaux » pour quitter le Japon. Retour sur cette fuite digne des plus grands feuilletons hollywoodiens.

Nouveaux rebondissements d'une histoire rocambolesque. Ce dimanche 5 janvier 2020, les autorités japonaises prennent la parole. La ministre de la Justice, Masako Mori, a officiellement condamné la fuite de Carlos Ghosn. Elle a également rejeté les accusations d’une justice japonaise "partiale" et bafouant les droits humains : "Le système judiciaire pénal de notre pays dispose de procédures appropriées pour établir la vérité dans des affaires et il est administré correctement, tout en garantissant les droits humains fondamentaux. La fuite d'un accusé sous caution est injustifiable", a-t-elle déclaré dans un communiqué.

"Il est extrêmement regrettable que nous soyons arrivés à cette situation", a encore déploré la ministre. Elle a par ailleurs confirmé l'annulation de la caution de Carlos Ghosn et l'émission d'une "notice rouge" d'Interpol pour demander son arrestation.

Samedi 4 janvier, la Turquie annonçait que deux "étrangers" étaient impliqués dans le transit via Istanbul du magnat déchu de l'industrie automobile.

"Il y a deux "étrangers" impliqués dans le transit", avait alors déclaré le ministre turc de la Justice, Abdülhamit Gül, dans un entretien avec la chaîne CNN Turk. Il n'a fourni aucun détail sur leur nationalité ou le rôle exact qu'ils avaient joué.
 

"Monsieur Tout-le-monde "


"L'affaire Carlos Ghosn n'est pas une affaire française", a affirmé vendredi 3 janvier la Secrétaire d'État française aux Affaires européennes, Amélie de Montchalin. "S'il y a un sujet légal, il est entre le Liban et le Japon", a ajouté la Secrétaire d'État. Carlos Ghosn fait toutefois l'objet de plusieurs chefs d'accusation, au sujet notamment de deux soirées organisées au château de Versailles en échange d'une convention de mécénat entre le constructeur automobile Renault et l'établissement qui gère le château.

Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat française à l'Economie s'est d'ailleurs exprimée à ce sujet. "Nous appliquons à Monsieur Ghosn les mêmes règles qu'à Monsieur Tout-le-Monde", a t-elle affirmé sur RMC.

"La France [n'extrade] jamais ses nationaux (...) la nationalité française protège ses ressortisants", a-t-elle ajouté. Une affirmation qui repose sur un principe inscrit dans la loi. Rappelons que Carlos Ghosn, franco-libano-brésilien, possédait, entre autres, deux passeports français.
 

Tokyo, avant le Liban

Jeudi matin également, les procureurs ont mené une perquisition au domicile de Carlos Ghosn à Tokyo où il était assigné à résidence, dans l'attente de son procès en 2020. L'ex-PDG de Renault-Nissan est accusé de malversations financières et a été inculpé quatre fois avant d'être libéré de sa détention provisoire, après le paiement de sa caution en avril 2019. Il pouvait librement circuler à travers le Japon, même s'il devait remplir quelques conditions.

Carlos Ghosn a pourtant décidé de fuir vers le Liban, où il a annoncé être arrivé le lundi 30 décembre, dans un bref communiqué. Une nouvelle qui a choqué à travers le monde et sidéré son avocat japonais, Junichiro Hironaka. Ce dernier s'est dit "choqué et confus" face à une situation qu'il n'a pas su maîtriser.
L'ex-PDG de Renault a ajouté s'être libéré d'un pays où il était "l'otage d'un système judiciaire japonais partial où prévaut la présomption de culpabilité".

Mardi, le ministère des Affaires étrangères à Beyrouth a indiqué que Carlos Ghosn était "entré légalement au Liban", alors que la Direction générale de la sûreté générale libanaise a précisé qu'aucune mesure n'imposait "l'adoption de procédures à son encontre» et que rien ne "l'exposait à des poursuites judiciaires".

Malgré cette déclaration des autorités libanaises et même s'il n'y a pas d'accord d'extradition entre les deux pays, le Liban a reçu, ce jeudi, une demande d'arrestation d'Interpol. Comme l'impose la procédure, Carlos Ghosn devrait être convoqué la semaine prochaine pour être entendu par le Parquet général. La justice libanaise décidera ensuite, si elle veut l'arrêter ou non.

Ses soucis judiciaires ne sont pour autant pas terminés, malgré son arrivée au Liban. Des avocats libanais ont demandé jeudi, au parquet général d'entamer des poursuites contre l'ex-patron de Renault-Nissan pour un déplacement en Israël, pays voisin où les ressortissants libanais n'ont pas le droit de se rendre.
 
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Dans un communiqué de presse, Carlos Ghosn nie toute implication familiale : “Les allégations dans les médias selon lesquelles mon épouse Carole et d'autres membres de ma famille auraient joué un rôle dans mon départ du Japon sont fausses et mensongères. C’est moi seul qui ai organisé mon départ. Ma famille n'a joué aucun rôle”,a t-il affirmé jeudi 2 janvier. Cette déclaration a d'ailleurs été confirmée par les images d'une caméra de vidéosurveillance placée devant son domicile tokyoïte.
 

Escale turque

Carlos Ghosn est soupçonné, par les Japonais, d’avoir utilisé un jet privé parti de l’aéroport du Kansai. Les médias japonais ont annoncé qu'un avion de ce type a décollé le 29 décembre vers 23 h (heure locale) en direction d’Istanbul.

Selon le célèbre quotidien turc Hürriyet, l'ex-PDG de Renault-Nissan aurait atterri à l’aéroport Atatürk, avant de prendre la direction du Liban, peu de temps après, à bord d’un autre jet privé.

Vendredi, la compagnie aérienne privée turque MNG, dénonce une utilisation "illégale" de deux de ses appareils dans la fuite de Carlos Ghosn. La compagnie a d'ailleurs porté plainte.

D'après l'agence de presse DHA, la police turque a interpellé et placé en garde à vue sept personnes, dont quatre pilotes, soupçonnées d’avoir aidé Carlos Ghosn dans sa fuite.

Ankara a ouvert une enquête pour déterminer les conditions dans lesquelles Carlos Ghosn a pu transiter par la capitale économique turque, a également rapporté la chaîne d’information NTV.

Une histoire de passeports

Selon deux membres de son entourage, Carlos Ghosn aurait bénéficié de l'aide d'une société privée dans sa fuite. Surtout, une source proche du dossier a affirmé à l'AFP qu'il possédait deux passeports français. L'un sur lui, l'autre dans une sacoche, fermé à clef, que seuls ses avocats semblaient pouvoir ouvrir.

C'est une autorisation exceptionnelle du tribunal qui aurait permis à Carlos Ghosn d'en garder un.

Selon la source contactée par l'AFP, ils conservaient également un passeport libanais et brésilien.

Le nombre d'acteurs qu'impliquerait cette fuite reste encore inconnu. Les autorités japonaises pourraient-elles y avoir participé ?
Carlos Ghosn pourrait bientôt s'expliquer et répondre à certaines de ces questions. Son avocat a annoncé qu'il tiendra une conférence de presse depuis Beyrouth le mercredi 8 janvier.