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Affaire Huawei : Trudeau congédie l'ambassadeur du Canada en Chine

Au centre, John McCallum assiste a une conférence commemorant le 40ème anniversaire de la politique de réformes et d'ouverture en Chine, dans le Grand Hall des Personnes, à Pékin, le 18 décembre 2018.  
Au centre, John McCallum assiste a une conférence commemorant le 40ème anniversaire de la politique de réformes et d'ouverture en Chine, dans le Grand Hall des Personnes, à Pékin, le 18 décembre 2018.  
(AP Photo/Mark Schiefelbein)

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a annoncé samedi avoir congédié l'ambassadeur du Canada en Chine, John McCallum, quelques jours après ses commentaires controversés sur la demande américaine d'extradition d'une dirigeante de Huawei. 

"Hier soir, j'ai demandé à John McCallum de me remettre sa démission de son poste d'ambassadeur du Canada en Chine et je l'ai acceptée", a indiqué Justin Trudeau dans un communiqué. 

Meng Wanzhou, fille du fondateur de Huawei, a été arrêtée le 1er décembre à Vancouver à la demande de la justice américaine, qui l'accuse d'avoir contourné les sanctions américaines contre l'Iran. Son interpellation a provoqué une crise diplomatique sans précédent entre Pékin et Ottawa.

Mercredi, alors qu'il s'exprimait devant des journalistes chinois près de Toronto, M. McCallum avait déclaré que la défense de la dirigeante chinoise disposait d'"un dossier très solide" pour s'opposer à son extradition. Il avait énuméré plusieurs points plaidant selon lui en sa faveur, évoquant notamment "l'implication politique de Donald Trump" dans le dossier.

Ces propos peu diplomatiques avaient fait grand bruit au Canada, et M. McCallum avait dû faire machine arrière jeudi en affirmant qu'il s'était "mal exprimé" et qu'il regrettait ses déclarations. 

Le chef de l'opposition conservatrice Andrew Scheer avait appelé M. Trudeau à limoger le diplomate, mais le Premier ministre avait alors estimé que rappeler son ambassadeur à Pékin n'aiderait pas à obtenir la libération des deux Canadiens arrêtés en Chine depuis l'interpellation de Mme Meng. 

Selon le quotidien canadien Star Vancouver, l'ambassadeur a déclaré vendredi, en marge d'un dîner caritatif, que ce serait "très bien pour le Canada" si Washington renonçait à demander l'extradition de Mme Wanzhou.

Il avait ajouté que tout accord entre Pékin et Washington dans cette affaire devrait inclure la libération de deux Canadiens arrêtés en Chine depuis l'interpellation de Mme Meng. 

"Nous devons nous assurer que si les États-Unis passent un tel accord, il inclura la libération de nos deux ressortissants, et les États-Unis en ont parfaitement conscience", a-t-il ajouté, selon le journal qui a publié ces commentaires vendredi en début de soirée.
C'est au même moment que M. Trudeau demandait sa démission. 

"On n'aurait jamais dû en arriver là", a regretté Andrew Scheer sur Twitter. "Justin Trudeau aurait dû congédier son ambassadeur dès qu'il s'est mêlé de cette affaire. (...) Plus de faiblesse et d'indécision de la part de Trudeau avec la Chine", a-t-il ajouté.
 


En liberté surveillée depuis début décembre à Vancouver, où elle possède deux luxueuses demeures, Meng Wanzhou doit comparaître devant un juge canadien le 6 février pour une première audience dans le cadre de la procédure d'extradition lancée par les États-Unis.

Washington a confirmé qu'une demande formelle d'extradition serait déposée avant la date limite du 30 janvier.

En attendant, M. McCallum sera remplacé par le chef de mission adjoint à l'ambassade du Canada à Pékin, Jim Nickel, en tant que chargé d'affaires

M. Trudeau a rendu hommage à la longue carrière de John McCallum qui "a occupé divers postes au Conseil des ministres au fil des ans, dont ceux de ministre de la Défense nationale, ministre des Anciens Combattants et, dernièrement, ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté".