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Afghanistan : comment expliquer la progression des talibans ?

Un drapeau taliban flotte sur la place principale de la ville de Kunduz. Ils ont pris la ville ce dimanche 8 août, se rapprochant encore plus du pouvoir en Afghanistan.
Un drapeau taliban flotte sur la place principale de la ville de Kunduz. Ils ont pris la ville ce dimanche 8 août, se rapprochant encore plus du pouvoir en Afghanistan.
Abdullah Sahil / AP

Ces derniers jours, la progression des talibans en Afghanistan est de plus en plus rapide. Ce dimanche à 8h en temps universel, ils s’étaient emparés de quatre capitales de provinces en trois jours. Ainsi, les talibans se rapprochent dangereusement du pouvoir. Mais pourquoi cette progression est-elle aussi fulgurante ?

Zaranj et Sheberghan vendredi 6 et samedi 7 août, Kunduz et Sar-e-Pul ce dimanche 8 août… les grandes villes de provinces en Afghanistan commencent à tomber aux mains des talibans. “Ces capitales régionales sont extrêmement importantes”, explique Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques et spécialiste du Moyen-Orient. Pourquoi la progression des talibans est-elle aussi importante ?

(Re)voir : Afghanistan : Quelle est la stratégie des talibans ?

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Où en est leur progression ?

Au moment de l’annonce du retrait des troupes américaines, 19,35% du territoire afghan était contrôlé par les talibans, doit 77 districts, selon le site longwarjournal. 127 districts étaient toujours contrôlés par le gouvernement et 194 étaient contestés. Lors de la dernière mise à jour du site, le 29 juillet dernier, 223 districts districts étaient contrôlés par les talibans, 68 par le gouvernement et 116 contestés.

Après avoir conquis plusieurs territoires ruraux, les talibans tentent de s’emparer de zones urbaines. Plusieurs districts de provinces proches de Kaboul, la capitale du pays, sont tombés aux mains des talibans. Ils s’étaient aussi emparés de postes-frontières avec le Turkménistan, le Tadjikistan et l’Iran, ce qui compliquait l’approvisionnement du pays. “À partir du moment où les marges sont conquises une à une avec une telle facilité de manière tout aussi déconcertante, on anticipe hélas à un moment ou à un autre la tombée de Kaboul”, estime le spécialiste du Moyen-Orient.

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Par ailleurs, de nombreux pays, dont la France, le 14 juillet dernier, ont demandé à leurs ressortissants de quitter le pays. Après la prise des deux premières capitales provinciales, les États-Unis et l’Angleterre ont également demandé à leurs ressortissants de quitter le pays, faute de pouvoir garantir leur sécurité.

Pourquoi ça a l’air si facile pour eux de reprendre du terrain ?

Jusqu’ici, l’armée afghane bénéficiait du soutien des troupes étrangères, présentes dans le pays depuis vingt ans. Le 14 avril, le président américain Joe Biden a annoncé que les troupes américaines allaient se retirer du pays d’ici la fin de l’été. Ce retrait s’accompagne également de celui des alliés de l’OTAN, ce qui représente au total environ 10 000 militaires.


On voit bien que l’État Afghan est complètement impuissant face à la percée extraordinaire des talibans.

- Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques et spécialiste du Moyen-Orient

Depuis le début de l’année, les talibans menaient une offensive de grande ampleur pour reprendre du terrain dans le pays. Celle-ci s’est renforcée au moment où les troupes étrangères ont entamé leur retrait du pays. Or, les soldats de l’armée afghane ne peuvent pas faire face seuls aux offensives des talibans, plus puissants que jamais.

On a l’impression d’assister au mauvais scénario d’une série puisque l’on pouvait pratiquement tout anticiper”, estime Sébastien Boussois. Pour lui, il n’y a aucune surprise dans ce qui est en train de se passer dans le pays : “maintenant que le champ est pour le moment libre avec le retrait des américains prévus jusqu’au 1er septembre, on voit bien que les talibans ont une emprise locale extrêmement forte.” Et de conclure : “on voit bien que l’État Afghan est complètement impuissant face à la percée extraordinaire des talibans.