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Afghanistan : les talibans menacent les États-Unis en cas de non-retrait des troupes

Le président Joe Biden lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, ce samedi 22 août 2021. Il a notamment abordé la question de l'évacuation d'Afghanistan.
Le président Joe Biden lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, ce samedi 22 août 2021. Il a notamment abordé la question de l'évacuation d'Afghanistan.
(AP Photo/Manuel Balce Ceneta)

Les talibans menacent les États-Unis de “conséquences” si ces derniers retardent leur départ d’Afghanistan, prévu pour le 31 août. C’est ce qu’a annoncé Suhail Shaheen, l'un des portes-parole des talibans, prévenant qu'ils n'annonceraient la constitution d'aucun gouvernement avant leur départ.

À Kaboul, la situation restait chaotique et tendue autour de l'aéroport, où des milliers d'Afghans effrayés par le retour des islamistes au pouvoir attendent d'être en mesure de quitter leur pays à bord des avions affrétés par les Occidentaux. Des échanges de tirs y ont eu lieu dans la matinée entre militaires américains et allemands d'un côté et assaillants non identifiés de l'autre.

Des "conséquences" au delà du 31 août

Le président Joe Biden a évoqué ce week-end la possibilité de prolonger au-delà du 31 août la présence américaine à l'aéroport de Kaboul, où sont retranchés les derniers soldats et diplomates occidentaux qui coordonnent les évacuations. Il avait auparavant fixé cette date pour l'achèvement du retrait des forces américaines d'Afghanistan et donc la fin d'une guerre de 20 ans, la plus longue qu'aient connue les Etats-Unis.

Mais les talibans ont haussé le ton lundi 23 août contre un possible allongement de ce délai. Suhail Saheen, un porte-parole du mouvement a déclaré auprès de la chaîne de télévision britannique Sky News que "La réponse est non", sinon "il y aura des conséquences".

Deux sources au sein du nouveau régime ont, elles, déclaré que les talibans n'annonceraient pas la constitution d'un gouvernement tant qu'il resterait des militaires américains en Afghanistan.

Joe Biden avait souligné dimanche 22 août au soir ne pas exclure de repousser l'échéance du 31 août de quelques jours pour finir d'évacuer les milliers de personnes qui veulent quitter à tout prix ce pays.

À l'aéroport de Kaboul, un garde afghan a été tué et trois blessés, ce lundi 23 août au matin dans les fusillades survenues avec des inconnus, selon l'armée allemande sur Twitter.

Des soldats américains gardent le périmètre de sécurité à l'aéroport international de Kaboul, en Afghanistan, le 16 août 2021. Des millies d'Afghans surpris par la prise soudaine de la ville par les talibans ont cherché à fuir. <br />
 
Des soldats américains gardent le périmètre de sécurité à l'aéroport international de Kaboul, en Afghanistan, le 16 août 2021. Des millies d'Afghans surpris par la prise soudaine de la ville par les talibans ont cherché à fuir. 
 
 (AP Photo/Shekib Rahmani)

Depuis leur soudaine prise du pouvoir en Afghanistan le 15 août, les talibans tentent de convaincre la population qu'ils ont changé et que leur régime sera moins brutal que le précédent, entre 1996 et 2001. 

Mais cela n'endigue pas le flot de ceux qui ne croient pas en leurs promesses et veulent à tout prix partir.

De son côté, la France juge "nécessaire" un "délai supplémentaire", au-delà du 31 août, pour mener à bien les évacuations de personnes à risque d'Afghanistan, après la prise de pouvoir des talibans, selon le ministre français des Affaires étrangères.

Ce lundi 23 août, Jean-Yves Le Drian était présent sur la base aérienne 104 d'Al-Dhafra, à 30 kilomètres d'Abou Dhabi, où l'armée de l'Air française a mis en place un pont aérien vers Kaboul. Il a déclaré à la presse : "Nous sommes préoccupés de la date-butoir fixée par les Etats-Unis le 31 août. Un délai supplémentaire est nécessaire pour mener à bien les opérations en cours". 

(Re)voir Afghanistan : "Le dispositif d'évacuation de la France est totalement sous-dimensionné"

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Quelque 30.300 personnes ont été évacuées par les États-Unis depuis le 14 août, a fait savoir dimanche la Maison Blanche, qui espère exfiltrer jusqu'à 15.000 Américains mais aussi 50.000 à 60.000 Afghans et leurs familles. 

Des milliers de citoyens d'autres nationalités, mais aussi des Afghans menacés ou ayant travaillé pour les alliés, ont également été évacués par les puissances occidentales ou sont en attente d'exfiltration. L'Allemagne a ainsi aidé plus de 2.500 personnes à partir et le Royaume-Uni plus de 5.700.

Calme dans les rues de Kaboul

Le gouvernement britannique a annoncé lundi 23 août qu'il allait plaider pour une prolongation des opérations d'évacuation à Kaboul au-delà du 31 août, à l'occasion d'un sommet virtuel du G7 consacré mardi à l'Afghanistan.

Devant l'urgence de la situation, Washington a réquisitionné les avions de plusieurs compagnies aériennes privées. Ils ne décolleront pas de l'aéroport de Kaboul mais aideront à transporter les personnes ayant été évacuées vers des pays tiers, comme le Qatar et les Émirats arabes unis.

Les images fortes de gens écrasés dans la mêlée, de jeunes hommes accrochés au fuselage d'un avion américain sur le départ ou de ce bébé passé à bout de bras au-dessus d'un mur à des soldats américains, ont fait le tour du monde.

Joe Biden a reconnu la douleur provoquée par la vision de ces scènes. Mais "il n'y a aucun moyen d'évacuer autant de gens, sans causer de peine ni de pertes, ni les images déchirantes que vous voyez", a-t-il estimé.

Espérant toujours un miracle, des familles demeurent massées entre les barbelés qui entourent le périmètre séparant les talibans des troupes américaines et l'accès à l'aéroport reste très difficile.

M. Biden a expliqué que ce périmètre avait été étendu, avec l'accord des talibans. "Nous avons fait un certain nombre de changements, y compris en étendant l'accès autour de l'aéroport et dans la zone sécurisée" et les islamistes ont été "coopératifs", a déclaré le président américain.

(Re)voir Afghanistan : Joe Biden reconnaît les difficultés face à "la plus grande opération d'évacuation de l'histoire"

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Dimanche 22 août, un haut responsable taliban, Amir Khan Mutaqi, a toutefois fait reposer la responsabilité du chaos à l'aéroport sur les États-Unis et prévenu que cela ne pourrait durer très longtemps. Il a averti : "L'Amérique, avec toute sa puissance et ses équipements (...), n'est pas parvenue à ramener l'ordre à l'aéroport. Il y a la paix et le calme dans tout le pays, mais il n'y a que le chaos à l'aéroport de Kaboul (...) Cela doit cesser le plus tôt possible".

Dans le reste de la capitale, la situation demeurait en effet plutôt calme, des combattants talibans en armes patrouillant dans les rues et étant déployés à des postes de contrôle.