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Afghanistan : qui sont les dirigeants talibans ?

Les talibans ont investi le palais présidentiel afghan après que la fuit du président ce dimanche 15 août.
Les talibans ont investi le palais présidentiel afghan après que la fuit du président ce dimanche 15 août.
aP/ Zabi Karimi

Vingt ans après été chassé du pouvoir, les talibans sont à nouveau maître du pays. Ils ont investi le palais présidentiel à Kaboul ce dimanche 15 août après la fuite du président Ashraf Ghani. Mais que sait-on des hommes à la tête des talibans ? Tentative de trombinoscope.

Ces anciens insurgés sont désormais à nouveau à la tête d'un pays que ni l'Empire britannique, ni l'Union soviétique, ni les États-Unis, première puissance militaire au monde, n'ont su redessiner. Les nouveaux hommes forts du régime taliban  aiment cultiver la discretion. Les clichés des visages des nouveaux mâitres de Kaboul restent rares. Seules quelques photos présentaient déjà à l’époque le mollah Omar, le co-fondateur du mouvement, décédé en 2013. 
 

Haibatullah Akhundzada, le leader suprême

 
Haibatullah Akhundzada, sur un cliché datant de 2016, est le leader des talibans.
Haibatullah Akhundzada, sur un cliché datant de 2016, est le leader des talibans.
AP

 

Le mollah Haibatullah Akhundzada est nommé à la tête des talibans en mai 2016 lors d'une rapide transition du pouvoir. Son intronisation intervient quelques jours après la mort de son prédécesseur, Mansour, tué par une frappe d'un drone américain au Pakistan.

Avant sa nomination, on savait peu de choses d'Akhundzada, jusque-là plus versé dans les questions judiciaires et religieuses que dans l'art militaire.

Cet érudit jouissait d'une grande influence au sein de l'insurrection, dont il dirigeait le système judiciaire. Certains analystes estimaient toutefois que son rôle à la tête du mouvement serait davantage symbolique qu'opérationnel.

Fils d'un théologien, originaire de Kandahar, cœur du pays pachtoune dans le sud de l'Afghanistan et berceau des talibans, Akhundzada a rapidement obtenu une promesse de loyauté de la part d'Ayman al-Zawahiri, le chef d'Al-Qaïda.

L’Égyptien l'a qualifié d'"émir des croyants", une appellation qui lui a permis d'asseoir sa crédibilité dans l'univers djihadiste.

Akhundzada a eu la délicate mission d'unifier les talibans, fracturés par une violente lutte pour le pouvoir après la mort de Mansour et la révélation qu'ils avaient caché pendant des années la mort du fondateur du mouvement, le mollah Omar.

Il a réussi à maintenir la cohésion du groupe et s’est montré plutôt discret, se limitant à diffuser de rares messages annuels lors des fêtes islamiques.

Le mollah Baradar, le cofondateur

Le mollah Abdul Ghani Baradar a été un l'un des bras droits du mollah Omar. Il a été le cofondateur du mouvement.
Le mollah Abdul Ghani Baradar a été un l'un des bras droits du mollah Omar. Il a été le cofondateur du mouvement.
Capture d'écran AFPTV

 

Abdul Ghani Baradar, né dans la province d'Uruzgan (sud), a grandi à Kandahar. Il est le co-fondateur des talibans avec le mollah Omar, décédé en 2013 mais dont la mort avait été cachée deux années durant.

Comme nombre d'Afghans, sa vie a été transformée par l'invasion soviétique en 1979, qui en a fait un moujahid. Il aurait ainsi combattu aux côtés du mollah Omar.

En 2001, après l'intervention américaine et la chute du régime taliban, il aurait fait partie d'un petit groupe d'insurgés prêts à un accord dans lequel ils reconnaissaient l'administration de Kaboul. Mais cette initiative s'est révélée infructueuse.

Il était le chef militaire des talibans au moment de son arrestation à Karachi, au Pakistan, en 2010. Il a été libéré en 2018, sous la pression en particulier de Washington.

Écouté et respecté des différentes factions talibanes, il a ensuite été nommé chef de leur bureau politique, situé au Qatar.

De là, il a conduit les négociations avec les Américains menant au retrait des forces étrangères d'Afghanistan, puis aux pourparlers de paix avec le gouvernement afghan, qui n'ont rien donné.

(Re)voir : Afghanistan : retour sur l'offensive éclair des talibans

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Sirajuddin Haqqani, le chef du réseau Haqqani et le numéro deux des talibans

Il existe peu de clichés du numéro deux des talibans. Les autorités américaines ont publié des portraits robots.
Il existe peu de clichés du numéro deux des talibans. Les autorités américaines ont publié des portraits robots.
FBI

 

Fils d'un célèbre commandant du djihad anti-soviétique, Jalaluddin Haqqani, Sirajuddin est à la fois le numéro deux des talibans et le chef du puissant réseau portant son nom de famille.  Aucun cliché de son visage est dispoboble. Il n'existe que des portraits robots du FBI

Le réseau Haqqani, fondé par son père, est qualifié de terroriste par Washington. Les Etats-Unis qui l'ont toujours considéré comme l'une des plus dangereuses factions combattant les troupes américaines et de l'Otan ces deux dernières décennies en Afghanistan.

Le réseau est connu pour son recours à des kamikazes. Certaines des attaques les plus violentes perpétrées en Afghanistan ces dernières années lui ont été attribuées.

Il a aussi été accusé d'avoir assassiné certains hauts responsables afghans et d'avoir retenu en otage des Occidentaux, avant de les libérer contre rançon ou des prisonniers. A l’instar du soldat américain, Bowe Bergdahl, relâché en 2014, en échange de cinq détenus afghans de la prison de Guantanamo.

Connus pour leur indépendance, leur habileté au combat et leurs affaires juteuses, les Haqqani seraient en charge des opérations talibanes dans les zones montagneuses de l'est afghan, et auraient une forte influence sur les décisions du mouvement.

Le mollah Yaqoub, le fils du mollah Omar 

Fils du mollah Omar, Yaqoub est le chef de la puissante commission militaire des talibans. Celle-ci décide des orientations stratégiques dans la guerre contre le gouvernement afghan.

Son ascendance et ses liens avec son père en font une figure unificatrice au sein d'un mouvement large et diverse.

Les spéculations sur son rôle exact dans le mouvement sont toutefois persistantes. Certains analystes estiment que sa nomination à la tête de cette commission en 2020 n'était que purement symbolique.

(Re)voir : Afghanistan : la crainte d'un "génocide"

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