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Afrique de l'Ouest : les fablabs promoteurs des "Low Tech" et des "communs" se développent

Les membres du fablab de Ouagadougou, pour la semaine de la science au Burkinafaso en 2018 (Copie d'écran de la page Facebook de OuagaLab)

Le mouvement des "fablabs" a débuté dans les années 2000 aux Etats-Unis. Il se développe aujourd'hui en Afrique en parallèle de la France. Fortement influencés par les fondamentaux de l'éducation populaire à l'origine du concept, les fablabs et les "makerspaces" d'Afrique de l'Ouest  répondent à des enjeux sociétaux locaux  où la formation des jeunes et des femmes est centrale. 

Développer l'art du "Fais-le-Toi-Même" (Do it Yourself en anglais, DiY) et permettre le partage de connaissances avec le plus grand nombre était parfaitement logique et naturel pour l'Afrique, ce que les fablabs et makerspace (ateliers de fabrication numérique) proposent depuis les années 2000, grâce à leur invention par un chercheur du MIT aux Etats-Unis.


Les fablabs (contraction de "Fabrication laboratory", Laboratoire de fabrication) sont des ateliers de fabrication numérique, qui sont équipés de machines, d’ordinateurs, d’un outillage et d’un matériel électronique. Le principe des fab labs est similaire à celui des hackerspace et makerspace, c'est-à-dire le partage libre d'espaces, de machines, de compétences et de savoirs. Les makerspace sont une forme de fablab plus ouvert et axé sur l'éducation et le partage non commercial : "Lieux communautaires où des outils sont présents. Les makerspaces combinent des outils de fabrication, une communauté et des moyens éducatifs afin de permettre aux membres de cette communauté de dessiner, prototyper et créer des objets manufacturés qu'il ne serait possible de créer pour une personne travaillant seul. Ces espaces peuvent se créer aussi bien autour d'individus souhaitant partager lieux et machines qu'au sein d'une association à buts lucratifs ou non, écoles, universités, bibliothèques, etc. Mais tous sont unis dans le but de fournir l'accès à l'équipement, à la communauté et à l'éducation et tous sont uniques en fonction des besoins de la communauté formant le lieu." 

L'Afrique connaît l'art de "la bidouille", et ce avec une qualité incomparable, particulièrement dans le domaine de la mécanique automobile,  l'électricité, le travail du bois et du métal, etc. Il n'y avait donc aucune raisson que l'informatique, l'électronique et la fabrication numérique échappent à cette faculté africaine à fabriquer et modifier soi-même, avec peu de moyens ou en recyclant, avec une très grande efficacité, le tout sans facilités industrielles. Les fablabs/makerspaces proposent exactement ça.  Ils se développent donc de plus en plus en Afrique, dont l'Afrique de l'Ouest, renouant avec les origines du concept — parfois un peu perdues en Europe où les fablabs basculent souvent dans la seule innovation sur les technologies de pointe, financés et poussés dans cet objectif par leurs gouvernements. 

"Low Tech" et apprentissage collectif

Au Burkina Faso, un premier laboratoire de fabrication numérique a vu le jour en novembre 2011 à Ouagadougou, en marge de la 3ème édition du forum Innovafrica : OuagaLab. En 7 ans, le petit fablab a fait du chemin pour devenir un véritable tiers-lieu de fabrication numérique et de formation populaire aux "low tech". 
 

Que sont les low tech ?

Littéralement en opposition sémantique avec le qualificatif de "high tech" (les hautes technologies ou technologies de pointe), les low tech (ou basses technologies) puisent leurs ressources dans des matériaux recyclés et s'organisent pour répondre à des problématiques vitales en s'efforçant de consommer le moins d’énergie possible. Les low tech sont simples, pratiques, économiques et populaires mais sont aussi une philosophie de vie : pour sortir du consumérisme, en récupérant, recyclant, de la technologie, en donnant des deuxièmes vies à des appareils déclarés obsloètes ou en créant de nouveaux objets utiles au quotidien. Le mouvement des des low tech est lié à celui du "Do it Yourself" et par ricochet… aux fablabs "tendance makerspace".


L'intelligence collective au service de l'innovation utileDéfinition des low Tech par le "Low-Tech Lab"

Le projet Jerryschool de fabrication d'ordinateurs portables dans des bidons a été mené à bien par le OuagaLab

Comme de nombreux espaces de fabrication numérique africains, OuagaLab anime des ateliers pour les enfants, les adolescents, et même les étudiants — qui manquent de formation adéquates dans les universités — ou encore les femmes, pour faciliter leur insertion sociale et professionnelle. Le projet Jerry Do-It-Together, récemment mené à bien, est une suite d'ateliers de construction d'ordinateurs à partir de composants électroniques recyclés et fixés dans un jerrican de 20 litres, puis équipés du système d'exploitation libre GNU/Linux. Le principe est à la fois de permettre d'initier les plus jeunes à l'informatique, comme de leur permettre d'acquérir un ordinateur qui ne coûte quasiment rien. 

Carte intéractive des pôles technologiques, hackerspaces et  principaux fablabs du continent africain (liste non exhaustive) : 

Développer les "Communs " et éduquer au numérique

Le développement de "communs" à visée éducative est au cœur de la démarche des low tech déployée dans la plupart des fabLabs/makerspaces d'Afrique de l'Ouest : fabrication de fourneaux solaires, de dessalinisateurs d'eau, d'éoliennes, de stations météos, d'ordinateurs… Le principe des "communs" est celui de la mise en commun des outils et machines au sein des lieux de fabrication mais aussi et surtout des connaissances. Les "communs" sont au centre des fablabs africains pour aider au développement de la connaissance numérique, son partage, sa diffusion, et au final sa conservation via des sortes de "bibilothèques web".

La création du premier "réseau francophone des fablabs d’Afrique de l’Ouest" a été annoncée à Cotonou, au Bénin, lors du "Make Africa 2018" : le rendez-vous sur 3 jours offrait des conférences autour du thème "Éduquer, former et innover avec le numérique", des ateliers de "formation tech et DoItYourself", des démos, et même un hackathon…

Au Sénégal, le fablab Defko Ak Niep  ("faisons-le-ensemble" en Wolof), met la question des communs et de l'action sociale au centre de son action. Ce fablab accompagne des porteurs de projets d'autres fablabs à Dakar mais aussi en milieu rural. En Mauritanie c'est le Sahel Fablab, le Minodoo au Togo et le Blolab au Bénin. 

Les fablabs d'Afrique de l'Ouest sont devenus des structures d'action sociale, de formation, de réinsertion qui intéressent les universités : certaines commencent à envoyer leurs étudiants pratiquer en leur sein, comme c'est le cas au Sénégal. Un projet de création d'ateliers de fabrication numérique sénégalais au sein des universités est en cours et ailleurs en afrique francophone, pour parler correctement français : "le numérique s'installe et se transmet de plus en plus via les basses technologies, en "fais-le-toi-même",  grâce aux communs dans des ateliers de fabrication collectifs ouverts à tous."