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Allemagne : 5 jours pour trouver un gouvernement

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Commentaire de Karine Henry

Pour la deuxième fois depuis les élections législatives de septembre 2017, Angela Merkel repart en quête d'un gouvernement. Conservateurs et sociaux-démocrates entament leurs consultations ce 7 janvier à Berlin. Parviendront-ils à s'allier ?

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"Ce sera dur. Nous resterons ferme", prévenait le chef du SPD (parti social-démocrate), Martin Schulz, à la veille de cinq jours de pourparlers qui ont commencé ce dimanche entre les principaux dirigeants des formations au siège du SPD à Berlin.

Optimisme forcé

Même si les partenaires potentiels répètent qu'ils attaquent ces tractations "avec optimisme", les discussions promettent d'être tendues, notamment sur la politique migratoire. L'Union chrétienne-sociale (CSU), allié bavarois de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière, a réclamé ces derniers jours un net durcissement à l'égard des réfugiés dans le pays, alors que les démocrates du SPD demandent, au contraire, un assouplissement sur le regroupement familial.

"Le SPD pourrait s'entendre rapidement avec la CDU de Merkel. Avec la CSU, cela va être difficile", estime le quotidien Die Welt.  Le parti chrétien-social bavarois affronte une élection dans son fief régional à l'automne et risque d'y perdre sa majorité absolue face à la poussée de l'extrême droite. Du coup, tout compromis avec le SPD qui le fragiliserait dans cette optique "n'a quasiment aucune chance", estime Die Welt.

Grande coalition ?

Angela Merkel, sortie victorieuse mais affaiblie des élections, voit, elle, sa marge de manoeuvre réduite. En novembre, la chancelière a déjà échoué à trouver un terrain d'entente avec les écologistes et les libéraux. Pour former un exécutif disposant d'une majorité à la chambre des députés - solution qui a sa préférence -, il ne reste que le SPD, qui avance à reculons. Une majorité des Allemands reste sceptique à l'idée d'une poursuite d'une coalition déjà en place à deux reprises au cours des douze années de pouvoir d'Angela Merkel : 52% la jugent "pas très bonne" ou "mauvaise", selon un sondage publié cette semaine.

Notre dossier ►  L'Allemagne en quête d'un gouvernement

Le SPD est, lui, très divisé sur la marche à suivre : beaucoup de ses membres préfèreraient une cure d'opposition après avoir été laminés aux législatives. 
Ils redoutent de voir leur parti menacé dans son existence comme en France en cas de nouvelle participation à un gouvernement avec les conservateurs. "Les sociaux-démocrates sont vraiment dans une position peu enviable", juge Rachel Tausendfreund, du "think tank" German Marshall Fund dans une analyse. Mais s'ils arrivent à imposer leurs vues, notamment sur la réforme de l'Europe, alors cela peut valoir la peine pour eux de s'allier de nouveau avec Angela Merkel, juge-t-elle.

Silence radio jusqu'au 11 janvier

Martin Schulz, ancien président du Parlement européen, a déjà déclaré endosser les idées françaises d'une réforme de la zone euro, avec la création d'un budget européen et d'un grand argentier pour la région, reçues avec grande réserve par l'équipe d'Angela Merkel. Et un accord avec les sociaux-démocrates est "important pour la survie" politique de la chancelière, ce qui la contraint aux concessions, juge de son côté l'hebdomadaire Die Zeit

Angela Merkel a promis lors de son allocution de fin d'année d'oeuvrer à la formation "rapide d'un gouvernement stable". Dans le meilleur des cas, elle ne devrait toutefois intervenir que vers la fin mars. Car après les premières consultations, le SPD doit encore obtenir, lors d'un congrès extraordinaire le 21 janvier, le feu vert de ses militants pour finaliser une coalition. Et rien ne dit qu'ils suivront leur direction au cas où cette dernière recommanderait un nouveau gouvernement avec Angela Merkel. 
Dans ce cas ne resterait pour la chancelière que l'issue d'un gouvernement minoritaire, à la capacité de survie très incertaine et qu'elle a refusée jusqu'ici. Ou de nouvelles élections, dont seule l'extrême droite pourrait profiter.

Les partis se sont au moins déjà mis d'accord sur une chose, à savoir l'obligation de silence des négociateurs jusqu'à la fin des discussions jeudi, affirme le magazine Der Spiegel.  Et ce pour ne pas reproduire la cacophonie des consultations entre conservateurs, écologistes et libéraux, qui avait en partie contribué à leur échec.