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Allemagne : entre commémoration de la Seconde Guerre mondiale et progression de l'extrême droite

Le président allemand Frank-Walter Steinmeier pendant la cérémonie de commémoration des 80 ans du début de la Seconde Guerre mondiale en Pologne. 
Le président allemand Frank-Walter Steinmeier pendant la cérémonie de commémoration des 80 ans du début de la Seconde Guerre mondiale en Pologne. 
(AP Photo/Czarek Sokolowski)

Alors que le président allemand Frank-Walter Steinmeier, demande pardon à la Pologne et aux victimes de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale lors d'une cérémoinie, des élections régionales ont lieu aujourd'hui dans la région de la Saxe et du Brandebourg (à l’Est de l'Allemagne). L'extrême droite, avec l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) vient de réaliser une vraie percée, en doublant ou triplant son score par rapport aux dernières élections régionales.

En 1939, l’Allemagne bombarde la petite ville de Wielun, en Pologne, où vivent alors un peu plus de 15 000 habitants, en grande majorité juifs. L'ordre de bombarder Wielun, a été donné par le général Wolfram von Richthofen, militaire ayant déja fait ses preuves pendant  la Première guerre mondiale. Il participa également au bombardement de Guernica en Espagne en 1937 dans la légion Condor. 

Quatre vingt-ans plus tard, une cérémonie spéciale a eu lieu en Pologne, aujourd'hui, 1er seprembre 2019, durant laquelle le président allemand Frank-Walter Steinmeier s’est exprimé à l’heure exacte de l’explosion des premières bombes tombées en 1939. "Je m'incline devant les victimes de l'attaque de Wielun. Je m'incline devant les victimes polonaises de la tyrannie allemande. Et je demande pardon", a-t-il déclaré en allemand et en polonais. "Ce sont les Allemands qui ont commis un crime contre l'humanité en Pologne. Quiconque prétend que c'est fini, que le règne de terreur des national-socialistes sur l'Europe est un événement marginal dans l'histoire allemande se juge lui-même", a poursuivi M Steinmeier. La référence à l'AfD, “l’Alternative pour l’Allemagne” et sa potentielle victoire ce soir lors d’élections régionales en Saxe et en Brandeboug est à peine voilée. 

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La cérémonie s’est poursuivie avec une intervention du président polonais Andrzej Duda, qui a affirmé être “convaincu que cette cérémonie passera dans l'histoire de l'amitié polono-allemande”. Plus tard dans la journée, le vice président américain, Mike Pence devrait prononcer un discours devant le tombeau du Soldat inconnu à Varsovie. Il remplace le président Donald Trump qui a dû annuler sa visite pour ne pas quitter les Etats-Unis, menacés par l’ouragan Dorian. 

Menace de l'extrême droite allemande

La menace de l’extrême droite est pourtant toujours présente en Allemagne. En septembre 2017, pour la première fois, depuis la création de la République fédérale allemande (RFA), en 1949, un parti d’extrême droite fait son entrée au Parlement. L’AfD devient alors le 3ème parti d’Allemagne en réalisant 12,6 % des suffrages. Avant cela, c’est dans des parlements régionaux que des députés d’extrême droite (Parti national-démocrate d’Allemagne, NPD), avaient obtenu des sièges. Après la chute du mur de Berlin et  la réunification des deux Allemagne, l’ancienne Allemagne de l’Est (RDA) devient le terreau d’une renaissance de l’idéologie néonazie. Le travail de mémoire y a été moins intense qu’en Allemagne de l’Ouest et une pensée plus “antisystème” s’affirme alors. 

L’AfD voit le jour en 2013, en réponse à la politique d’Angela Merkel sur la crise économique en Grèce. Le parti dénonce les aides de l’UE aux pays en crise, et les dangers supposés de l’immigration, ainsi que la présence de musulmans en Allemagne. La direction du parti se radicalise encore plus en 2015, avec l’arrivée de Frauke Petry. L’instrumentalisation des agressions sexuelles de Cologne à la Saint-Sylvestre 2015 en est une démonstration.

Jeu politique compliqué

L'AfD a atteint en Saxe 27,5% des voix, derrière les conservateurs (CDU) de la chancelière Angela Merkel (32%), selon des estimations. Dans le Brandebourg (autour de Berlin), le parti d'extrême droite obtient 22,5%, devancé par les sociaux-démocrates (SPD, 27,5%). Le parti d'extrême droite finit deuxième et devient le premier parti d'opposition. Mais, malgré les progressions importantes, cela ne suffira toutefois sans doute pas à l'AfD pour accéder au pouvoir dans ces régions. En effet, les partis établis, surtout la CDU ont déjà prévenu qu’ils ne formeraient aucune coalition avec l’AfD. Des alliances entre partis de droite et de gauche devraient voir le jour, ce qui compliquerait d’autant plus le jeu politique de ces Länder. Selon l’AFP, les jeunes de l’ex-Allemagne de l’Est continuent d'émigrer chaque année vers l'ouest de l'Allemagne et ses salaires plus alléchants, souffrant d'un sentiment de déclassement, malgré une forte baisse du chômage depuis 10 ans. La politique d'accueil des réfugiés menée depuis 2015 par Angela Merkel a ainsi heurté une partie de la population qui a eu le sentiment que l'Etat s'occupait davantage des migrants que de leur sort. C’est d’ailleurs sur ces peurs que l’AfD a joué pendant sa campagne électorale. Et ces scrutins régionaux pourraient encore plus fragiliser la coalition au pouvoir en Allemagne, dirigée par la chancelière Angela Merkel. 


Retrouvez l'analyse de notre correspondant, David Philippot, en duplex de Berlin pour le 64' :

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Cette situation politique qui remet en perspective la déclaration de fin de discours du président Frank-Walter Steinmeier en fin de cérémonie de commémoration à Wielun aujourd’hui : “Nous n’oublierons pas. Nous voulons nous souvenir et nous nous souviendrons”.