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Allemagne : "Le scénario le plus probable c’est ce qu’on appelle la Ampel-Koalition qui rassemble le SPD, les Verts et le FDP"

Les trois principaux candidats des dernières législatives allemandes, avec de gauche à droite, Armin Laschet de l’union conservatrice CDU-CSU, Annalena Baerbock des Verts et Olaf Scholz des sociaux-démocrates du SPD, lors du premier débat télévisé le 26 septembre 2021.<br />
 
Les trois principaux candidats des dernières législatives allemandes, avec de gauche à droite, Armin Laschet de l’union conservatrice CDU-CSU, Annalena Baerbock des Verts et Olaf Scholz des sociaux-démocrates du SPD, lors du premier débat télévisé le 26 septembre 2021.
 
© Michael Kappeler/Pool via AP

Selon les résultats officiels provisoires annoncés ce lundi 27 septembre 2021, le SPD, le parti social-démocrate, a remporté les élections fédérales en Allemagne avec 25,7% des suffrages. Il devance l’union conservatrice CDU-CSU qui recueille 24,1% des voix, et qui, pour la première fois, tombe sous le seuil de 30%. Les Verts arrivent en troisième position avec 14,8%, suivis par les libéraux du FDP. Pourquoi un tel émiettement des votes ? Quelle sera la future coalition gouvernementale ? Comment expliquer la déroute des conservateurs ? Agathe Bernier-Monod, maîtresse de conférences en études germaniques à l’université Le Havre Normandie répond à nos questions.  
 

TV5MONDE : D’après les résultats officiels provisoires, les sociaux-démocrates du SPD ont gagné les élections fédérales avec 25,7% des suffrages, contre 24,1% pour l’union conservatrice CDU-CSU. Les Verts arrivent en troisième position avec 14,8%, suivis par les libéraux du FDP à 11,5%. Pourquoi un tel émiettement des votes ?

Agathe Bernier-Monod : La campagne a été assez spéciale, parce que parmi les trois candidats en tête, il n’y en a aucun qui emportait vraiment l’assentiment des populations. Olaf Scholz, le leader du SPD, a été la surprise de cette campagne. Il a réussi à gagner la sympathie et à persuader les électeurs. Mais les trois principaux candidats que sont Olaf Scholz [des sociaux-démocrates du SPD], Armin Laschet [de l’union conservatrice CDU-CSU] et Annalena Baerbock [les Verts], sont restés dans l’ombre d’Angela Merkel.

Ils ne se sont pas vraiment affirmés en tant que personnalités. Ils étaient très prudents, craignant sans doute de commettre des erreurs ou de ne pas plaire aux électeurs. Dans la presse allemande, on parle même d’élections fantômes, c’est-à-dire sans personnalités très affirmées. Et c’est peut-être le poids des seize années de pouvoir d’Angela Merkel qui a jeté une ombre sur cette élection.

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TV5MONDE : Pour la première fois depuis 1949, il faudra non pas deux mais trois partis pour constituer la coalition gouvernementale. Quel est, selon vous, le scénario le plus probable ?

Agathe Bernier-Monod : Le scénario le plus probable c’est ce qu’on appelle la Ampel-Koalition, autrement dit une coalition en feu tricolore, qui rassemble le SPD dont la couleur est le rouge, les libéraux du FDP dont la couleur est le jaune et les Verts. C’est la solution qui est plébiscitée par le SPD et les Verts. A priori, l’union conservatrice CDU-CSU a peu de chances d’être au gouvernement.

Cela étant, ça risque d’être difficile de trouver un compromis, car le FDP est en désaccord avec le SPD et les Verts sur pas mal de sujets, en particulier sur la conception de l’économie. Le FDP est persuadé qu’il faut lever le moins d’impôts possibles, là où le SPD et les Verts mettent en avant des politiques sociales et donc une taxation potentiellement accrue.

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TV5MONDE : Avec 24,1% des suffrages, l’union conservatrice CDU-CSU enregistre un score historiquement bas, sous le seuil de 30% pour la première fois. Comment peut-on expliquer une telle déroute ?

Agathe Bernier-Monod : C’est en partie dû à la suprématie d’Angela Merkel. Elle a vraiment fait le vide autour d’elle dans son parti. Sa succession à la tête de la CDU avait déjà été problématique parce qu’il y avait une première dauphine, Annegret Kramp-Karrenbauer, qui a dirigé le parti et qui s’est finalement retirée. Armin Laschet a été désigné assez tardivement, en janvier 2021, et il a fait une assez mauvaise campagne.

Il a commis plusieurs erreurs, la plus grave étant son hilarité pendant le discours du président allemand, Frank-Walter Steinmeier, à l’occasion des inondations meurtrières dans l’ouest du pays. Cette image a beaucoup circulé dans les médias et sur les réseaux sociaux. Elle a été interprétée par l’opinion comme un manque de sérieux, et plus grave, comme une absence de compassion pour les victimes des inondations.

Son image d’homme compétent et sympathique a été durablement entachée. Par ailleurs, il s’est montré agressif pendant le premier débat télévisé. Et ça, en Allemagne, c’est assez malvenu ; on préfère que les hommes et les femmes politiques soient mesurés, conciliants, et qu’ils sachent trouver des compromis.

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TV5MONDE : Lors des dernières législatives, le rejet des grands partis avait surtout profité au parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui était même devenu la première force d’opposition avec une centaine de député. Comment expliquer le recul des extrêmes lors du scrutin de ce week-end ?

Agathe Bernier-Monod : Je me demande si la pandémie de la Covid19 n’a pas joué en leur défaveur. Le fait que le pays ait traversé, comme le monde entier, cette crise à la fois sanitaire et économique, a peut-être contribué à donner l’idée qu’il fallait un gouvernement solide et un pouvoir rationnel. Il y a en Allemagne un mouvement anti-masque, anti-vaccin, et anti-passe sanitaire qui est assez puissant, et qui agrège l’extrême droite, les néonazis… Il est possible que ce mouvement ait finalement créé un effet repoussoir.

L’extrême droite est peut-être apparue moins rationnelle. En plus, parmi les trois principaux candidats, il y avait vraiment un consensus qui se dégageait sur une question comme le droit d’asile. Tous les trois défendaient le droit d’asile. Armin Laschet a toujours soutenu la décision d’Angela Merkel d’accueillir les réfugiés en 2015. Finalement, c’est comme si l’AfD avait perdu sur le terrain des idées ; parce que la question de l’immigration a été très peu abordée pendant la campagne.