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Allemagne: verdict historique pour les crimes imputés au régime syrien de Assad

Des femmes syriennes montrent des photos de leurs proches, morts en Syrie, devant la Cour de Coblence, en Allemagne, le 13 janvier 2022.
Des femmes syriennes montrent des photos de leurs proches, morts en Syrie, devant la Cour de Coblence, en Allemagne, le 13 janvier 2022.
AP/ Martin Meissner

Le régime syrien est la cible de plusieurs actions en justice lancées en Europe, en particulier en Allemagne où un ancien colonel accusé de crimes contre l'humanité a été condamné à la perpétuité.

Dans un verdict historique, la Cour de Coblence, ville de l'ouest de l'Allemagne, a reconnu coupable le Syrien Anwar Raslan, 58 ans, de la mort de prisonniers et de la torture de milliers d'autres dans un centre de détention secret du pouvoir à Damas, entre 2011 et 2012.

Ce procès, scindé en deux, s'est déjà conclu par la condamnation le 24 février 2021 d'un ex-membre des renseignements d'un grade subalterne à quatre ans et demi de prison pour "complicité de crimes contre l'humanité".

Voir aussi : Syrie : Bachar Al-Assad, indéboulonnable ?

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27 000 photos de corps torturés

Les plaintes de Syriens affirmant avoir été torturés dans les geôles du régime se sont multipliées en Allemagne, qui applique le principe juridique de la "compétence universelle" permettant à un État de poursuivre les auteurs des crimes les plus graves, quels que soient leur nationalité et l'endroit où ils ont été commis.

En mars 2017, sept Syriens réfugiés pour la plupart en Allemagne déposent plainte contre des responsables des services secrets syriens.

En septembre, près de 27 000 photos inédites exfiltrées de Syrie par "César", un ex-photographe de la police militaire qui s'était enfui en 2013 avec 55 000 photographies de corps torturés dans les prisons du régime, sont remises au Parquet fédéral. Deux mois plus tard, deux nouveaux recours sont déposés par 13 Syriens pour actes de torture.

Yasmen Almashan tient les photos de ses cinq frères morts en Syrie, devant  la Cour de Coblence en Allemagne le 13 janvier 2022.
Yasmen Almashan tient les photos de ses cinq frères morts en Syrie, devant  la Cour de Coblence en Allemagne le 13 janvier 2022.
AP/Martin Meissner

En juin 2020, l'ONG allemande ECCHR annonce que sept Syriens et Syriennes victimes ou témoins de viols et d'agressions sexuelles dans des centres de détention du régime ont déposé plainte.

Celle-ci vise nommément neuf hauts responsables du gouvernement et des services de renseignement de l'Armée de l'air. Parmi eux, un proche du président Assad, Jamil Hassan, ancien chef des services de renseignements de l'armée de l'Air en poste jusqu'en 2019, qui fait déjà l'objet d'un mandat d'arrêt international de l'Allemagne et de la France.

Fin juillet 2021, la justice a mis en accusation un ex-médecin syrien d'une prison militaire de Homs, poursuivi pour crimes contre l'humanité pour avoir torturé des détenus. Son procès doit s'ouvrir le 19 janvier à Francfort.

Voir aussi : Syrie : la guerre aura-t-elle une fin ?

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Crimes contre l'humanité  

En septembre 2015, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour "crimes contre l'humanité", visant des faits d'enlèvements et de tortures commis par le régime.

En juillet 2016, la famille d'un médecin syrien mort à 37 ans dans une prison du régime porte plainte à Paris pour torture et assassinat.

Fin octobre, une enquête est ouverte sur la disparition de deux Franco-Syriens arrêtés en Syrie en 2013, qui n'ont jamais donné signe de vie depuis. Selon les plaignants, les victimes, Mazen Dabbagh et son fils Patrick, ont été arrêtés par des officiers déclarant appartenir aux services de renseignement de l'armée de l'air. 

Voir aussi : Syrie : Raqqa revit dix ans après le début de la guerre et l'enfer de Daech

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En novembre 2018, un juge d'instruction français lance des mandats d'arrêt internationaux contre trois hauts responsables du régime, soupçonnés d'implication dans des exactions ayant notamment visé ces deux citoyens.

Il s'agit de l'ex-chef des renseignements devenu directeur du bureau de la sécurité nationale Ali Mamlouk, de Jamil Hassan et du directeur de la branche de Bab Touma (Damas) du service de renseignement de l'armée de l'air, Abdel Salam Mahmoud.

En avril 2021, trois ONG, qui avaient porté plainte avec constitution de partie civile, ont obtenu l'ouverture d'une information judiciaire sur des attaques chimiques perpétrées en 2013 et imputées au régime. Ces ONG avaient déjà saisi la justice en Allemagne pour les faits de 2013, mais aussi pour une attaque au gaz sarin en 2017.

Fin décembre, un Franco-Syrien a été inculpé et incarcéré, soupçonné d'avoir fourni des matériels à l'armée syrienne, dont des composants pouvant servir à la fabrication d'armes chimiques. C'est la première fois qu'une inculpation intervient dans une enquête en France sur des soupçons de soutien à l'armée d'Assad, selon une source proche du dossier.

Voir aussi : Syrie : "Le conflit s'est installé dans la durée"

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Ailleurs en Europe 

Des plaintes ont aussi été déposées en Autriche, en Norvège ou en Suède qui fut en 2017 le premier pays à condamner un ex-soldat du régime pour crime de guerre.

Toujours en Suède, quatre ONG ont porté plainte en avril 2021 contre le président Bachar al-Assad et plusieurs hauts responsables après deux attaques chimiques en 2013 et en 2017.

En Espagne, la justice a rejeté une plainte déposée par une citoyenne d'origine syrienne contre neuf hauts responsables du régime pour la détention forcée, la torture et l'exécution présumées de son frère en 2013.

Enfin, un "Mécanisme international chargé de faciliter les enquêtes sur les violations les plus graves du droit international" commises depuis mars 2011, mis sur pied fin 2016 par l'ONU, poursuit un travail de compilation de preuves pour faciliter d'éventuels jugements de leurs responsables.